la MIOP choisit WebKiosk

La MIOP a mis en service la dernière brique open source de son système d’information documentaire avec le logiciel WebKiosk, une solution (conçue par la société Aésis Conseil) qui présente de nombreuses qualités techniques et fonctionnelles* et qui offre des perspectives de développement communautaire sur le moyen terme (à l’image, en France, des 3 sociétés supports autour de Koha).

Et comme ce fut le cas avec lesdites sociétés (voir ici et ), Bambou a souhaité mieux connaître ces nouveaux acteurs du libre en interrogeant Franck Goirand et Marco Simondot, les 2 dirigeants de la société Aésis Conseil

Bambou : Quels sont vos domaines d’expertise, vos profils ?

Franck Goirand : De formation ingénieur informatique industrielle, j’ai d’abord été administrateur système pendant 6 ans dans une société de télécommunication puis chef de projet grands comptes chez un éditeur de logiciel propriétaire pendant 5 ans. Une faillite de cette société éditrice, laissant par conséquent tous ses clients sans aucun support sur la solution vendue, m’a amené à réfléchir sérieusement sur le fonctionnement des logiciels dits « propriétaires ». A partir de cette réflexion, nous avons créé avec Marco la société Aesis Conseil en septembre 2003, spécifiquement dédiée à la promotion du logiciel libre aussi bien dans les sociétés privées que dans les administrations. Le logiciel AesisGDM devenu par la suite WebKiosk (distribué sous en GPL) est né en 2004 par la demande de l’un de nos clients historiques.

Marco Simondo : De formation « analyste développeur », j’ai d’abord été développeur pendant 3 ans dans une société de télécommunication (la même que Franck). Ensuite, j’ai été administrateur système pendant 6 ans chez un éditeur d’un logiciel propriétaire spécialisé dans la télédistribution et la gestion de parc. Dans cette fonction j’ai acquis une bonne connaissance des systèmes Unix des différents éditeurs (IBM, SUN, HP). Après la mise en liquidation de la société, nous avons décidé avec Franck de fonder Aesis Conseil, en profitant de l’essor et de la professionnalisation des solutions libres pour les entreprises et les administrations. L’esprit communautaire et le bouillonnement permanent de cet univers constituent pour moi un magnifique défi à relever au quotidien.

Bambou : Vous avez résolument opté pour les solutions libres. Pour quelle(s) raison(s) ?

Marco Simondo : Nous pouvons dire que les logiciels libres apportent une valeur ajoutée incontestable en matière de contenu fonctionnel et de « développement technique durable ». Il est en effet possible de proposer aujourd’hui des solutions clé-en-main s’articulant autour de composants divers, tous issus du libre (le système d’exploitation, les applications proposées aux usagers, l’application métier, etc.). Les destinataires de ces solutions ne sont pas de simples acheteurs de prestations mais des partenaires avec lesquels il faut évaluer les besoins, les contraintes, les attentes des usagers et du personnel des bibliothèques. Le logiciel libre permet de faire évoluer ces besoins dans le sens d’une plus grande autonomie et d’une meilleure qualité des services proposés à tous les acteurs (DSI, personnel, usagers, élus).

Franck Goirand : D’un point de vue personnel, cela vient principalement de mon expérience personnelle passée dans une boite éditrice de logiciels professionnels qui, en faisant faillite, a laissé des employés et des clients sur le carreau. Pour ces derniers, c’était un grand désarroi de se retrouver avec des solutions logicielles sans aucun support. L’aventure m’a donc apporté une grande remise en question et d’autres considérations entrent dans ma réflexion. Imaginons, par exemple, que l’on souhaite acheter une voiture et que le vendeur tienne le discours suivant :

  • Vous ne pourrez pas sortir de la région avec votre voiture.
  • Vous devrez obligatoirement faire le plein dans nos stations services.
  • Dites-nous combien vous prévoyez de passagers car vous devez payer un montant supplémentaire pour chacun.
  • L’entretien devra être effectué seulement dans notre garage.

Soyons honnêtes, personne n’accepterait de telles conditions d’utilisation, pourtant elles sont souvent rencontrées dans le monde du logiciel propriétaire.
D’un point de vue économique, le marché global des logiciels a profondément évolué, nul ne peut le nier. Le modèle dit « propriétaire » qui s’est imposé pendant des années soulève divers problèmes éthiques et financiers. Se posent en effet les questions de la dépendance du client aux technologies du prestataire (pas d’accès au code source) ainsi que celle d’une obsolescence parfois programmée dans l’optique avouée de maintenir des licences à jour et (trop ?) compétitives, ce qui nuit fortement aux intérêts des acquéreurs et des « petits » prestataires.

Bambou : Le logiciel WebKiosk est manifestement très adapté au monde des bibliothèques. Pourquoi avoir ciblé ce type d’environnement professionnel ?

Franck Goirand : Le modèle Open Source est doublement favorable aux bibliothèques publiques et privées. Non seulement les coûts liés à l’acquisition d’un logiciel libre ne portent pas sur une quelconque licence, mais de surcroît les acquéreurs sont en mesure de disposer des sources de la solution. Les quatre libertés du logiciel libre que sont celles d’exécuter, d’adapter, de redistribuer et d’améliorer les programmes sont un gage de liberté et d’identité pour les bibliothèques. Étant des lieux de culture par excellence, nous savons que les considérations bibliothéconomiques engagent les différents acteurs du numérique à prendre en compte les spécificités de chaque établissement.

Marco Simondo : Il faut bien comprendre que WebKiosk n’est pas seulement une solution de sécurisation des postes. Du moment qu’un usager s’installe devant un ordinateur dans sa médiathèque, tout le confort est disponible. Qui sont les utilisateurs finaux de nos solutions ? Ce sont les adhérents et le personnel des médiathèques ! Ces personnes ne sont pas forcément des informaticiens : d’un côté, ce sont des usagers auxquels cette simple formule doit s’appliquer : 1 besoin = 1 application. De l’autre côté, les personnels des médiathèques sont notamment des bibliothécaires et des animateurs d’espace multimédia. Comme ce sont les utilisateurs finaux de nos solutions, ils doivent se sentir à l’aise et utiliser des outils bien conçus en terme d’ergonomie. Malheureusement, nous avons constaté que la plupart des offres propriétaires n’étaient pas toujours satisfaisantes à ce niveau car elles répondent à des objectifs commerciaux rigides.

Bambou : Au-delà de vos actions de prestataire, comptez-vous favoriser un développement communautaire autour du logiciel WebKiosk ?

Franck Goirand : Chaque bibliothèque est unique et désire à cet effet proposer des services singuliers à ses usagers. Favoriser un développement communautaire autour du logiciel WebKiosk ne peut se faire qu’en mutualisant les demandes les plus fréquentes parmi nos clients. Pour les divers contributeurs, notre plate-forme communautaire de développement est ouverte à tout le monde par le biais du forum sur le site du projet WebKiosk.

Marco Simondo : Je complèterai la remarque de Franck en précisant que le développement de WebKiosk s’articule autour de fonctionnalités et de modules complémentaires. Les fonctionnalités répondent à une logique pratique commune. Nous estimons que tous les utilisateurs de WebKiosk ont intérêt à bénéficier de ces outils, c’est le cas par exemple de la consultation des statistiques d’utilisation des postes. Toutefois, les modules complémentaires n’intéressent pas forcément tous les utilisateurs, c’est le cas de la gestion d’un « BiblioBus », de l’interfaçage avec tel ou tel SIGB (comme Koha) ou bien encore du portail captif WiFi pour le public. Toutes les médiathèques n’ont pas les mêmes besoins, nous concentrons donc nos efforts en fonction des demandes les plus récurrentes et pertinentes afin d’assurer une solution de base fonctionnelle et évolutive.

Bambou : Quel regard portez-vous sur l’évolution de WebKiosk et, plus largement, sur celui des produits open source en bibliothèque ?

Marco Simondo : WebKiosk, comme toute solution Open Source, évolue vers davantage de progrès technique. Ce modèle ne suppose pas de brider les utilisateurs (finaux ou acquéreurs) dans l’unique but d’accroître une dépendance qui les enfermerait davantage dans leur solution. Et plus le temps passe, plus ce sentiment d’interdépendance prend de l’ampleur. Les élus, les responsables informatiques, les directeurs de bibliothèques et de médiathèques prennent de plus en plus conscience de ce « sac de nœud » involontaire dans lequel ils se retrouvent trop souvent liés. L’objectif d’une bibliothèque n’est pas de dépenser l’intégralité de son budget dans une solution non pérenne. Son objectif, c’est notamment celui d’apporter la culture et l’accès à l’informatique à ses usagers.

Franck Goirand : Effectivement, nous parlons d’évolution au sens générique et non d’une évolution, votre formulation est bien choisie. A l’heure où les gouvernements ouvrent les données publiques, où l’interopérabilité devient une règle de plus en plus normalisée, et où les bibliothèques tendent vers plus de médiation numérique, alors WebKiosk, Koha et tous les logiciels Open Source en général constituent et constitueront sans cesse cette évolution qu’attendent les bibliothèques publiques pour relancer la fréquentation de leurs établissements dans le cadre d’une expérience orientée usager.

A ce sujet, nous profitons de cette petite entrevue pour vous livrer l’un de nos développements futurs : le support de WebKiosk sur les tablettes tactiles numériques ! Si vous voulez voir un aperçu de ce projet, nous vous invitons à regarder cette vidéo de présentation du système Ubuntu sur tablette.

* Caractéristiques techniques et fonctionnelles du logiciel Webkiosk

Accès Internet avec session individuelle et conservation des données utilisateurs.

Attribution de temps limites d’utilisation afin de garantir une bonne rotation des usagers sur les postes.

Filtrage d’Internet contre les sites avec des contenus inappropriés aux jeunes.

Statistiques d’utilisation des postes (Affichage en temps réel des statistiques hebdomadaires d’un utilisateur).

Gestion des comptes utilisateur via une interface d’administration Web.

Attribution de quotas temps (temps de consultation Internet, temps d’utilisation de la bureautique), de quotas disque et d’un forfait de pages à imprimer (hebdomadaire ou renouvelable).

Alertes notifiées aux utilisateurs lors du dépassement d’un des seuils (temps de connexion épuisé, nombre de pages disponibles insuffisantes pour l’impression demandée, place sur disque insuffisante, …).

Mise à jour quotidienne des filtres Internet. Gestion de listes blanches et listes noires en temps réel.

Gestion des postes par espace offrant une vue organisé de la médiathèque.

Système de contrôle des temps de réservations journalier et hebdomadaire.

Visualisation en temps réel de la disponibilité des postes.

Service d’impressions : filtrage par utilisateur ; visualisation des documents au format PdF ; envoi des documents par email ; choix de l’imprimante de sortie pour les opérateurs.

Paramétrages spécifiques à la Médiathèque Ouest Provence :

  Synchronisation des identifications d’accès avec la base des adhérents Koha
  Durée des sessions journalières : 105 minutes par jours (1h15 + 30m)
  Pages d’impression : forfait hebdomadaire, 10 pages gratuites / jour, 70 par semaine
  Espace disque personnel: 100 Mo par usager
  Wi-Fi : développement de la gestion d’une QoS spécifique intégrée à la solution WebKiosk pour les postes connectés en Wifi au travers du portail captif ; limitation de la bande passante globale affectée aux usagers en Wifi (priorisation de la navigation pour les postes publics) ; limitation du temps de connexion des usagers en Wifi ; limitation du nombre d’usagers simultanés connectés en Wifi ; Possibilité de mettre en place un monitoring de l’usage de la bande passante via des outils de type Ntop ou autres afin d’ajuster en suite le paramétrage de QoS.

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3 Réponses

  1. […] logiciel open source de gestion des postes publics WebKiosk (connecté avec Koha) et dont Bambou a récemment vanté les qualités techniques et […]

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