Catherine Jackson répond à Bambou

Dans le cadre de ses différents entretiens réalisés avec des enseignants-chercheurs et des professionnels des bibliothèques, Bambou a le plaisir de recevoir en cette rentrée Catherine Jackson, qui nous livre son regard éclairé sur la réalité de la littérature professionnelle et sur ses perspectives d’évolution.

Catherine Jackson, votre parcours professionnel* n’est pas sans exprimer une forme de complémentarité entre la fonction de praticienne des bibliothèques et celle, présente, de chargée de mission pour les Presses de l’Enssib. La collection La Boite à outils, que vous dirigez depuis 2009, n’est-elle pas à l’image de cette double expérience, qui associe praxis et méthode, action et réflexion ?

Cette double articulation est à l’origine de la collection et correspond au profil de son
fondateur, Bertrand Calenge [1]. Alors directeur de l’IFB (qui rejoindra l’Enssib), il crée la collection la Boîte à outils (BàO) en 1995 dans le prolongement de l’activité pédagogique de l’institut, en particulier de la formation continue [2]. Sa double expérience, alors très singulière à l’échelle d’une collection, caractérisait fortement son activité de conservateur des bibliothèques, praticien de terrain et auteur de nombreux ouvrages de réflexion.
Le fait de créer une collection exclusivement dédiée à la profession et aux sciences de l’information et des bibliothèques, portée par l’école même, qui par-là inaugurait une fonction éditoriale inédite, témoigne de la relation fondamentalement pédagogique qu’il entretenait avec sa communauté professionnelle. Le titre même de la collection, la Boîte à outils, assumait la rupture avec la littérature universitaire traditionnelle tout en redéfinissant, métaphoriquement, l’entreprise didactique qu’il proposait.

Bertrand Calenge était une « boîte à idées », un inventeur de formes et un visionnaire. Par bien des aspects, la BàO a fait matrice pour un ensemble d’autres publications dans notre champ, qui s’en inspirent ou s’en distinguent.
Le cadre qu’il a déterminé dès la création de la collection reste opérant, et je me plais à le reconnaitre régulièrement :
– un prix fixe (actuellement 22€ pour la version imprimée), un nombre de pages régulier, des auteur-es payé-es et sous contrat
– un ouvrage thématique, toujours collectif, coordonné par un ou une professionnel-le des bibliothèques, la prise en compte à la fois des bibliothèques territoriales et des bibliothèques universitaires, voire d’autres lieux de la documentation (CDI, archives, fonds spécialisés…), des apports méthodologiques et techniques associés à des retours d’expériences concrets, attachés à tel ou tel établissement ou territoire.

En prenant la direction de cette collection [3], j’ai souhaité maintenir ce montage de registres et de variétés d’interventions. C’est à mon sens ce qui fait l’originalité de cette collection. Au fil des ans, et à mesure de l’émergence de thématiques plus transversales, mais toujours rapportées à la bibliothéconomie (comme l’innovation, le jeu, ou l’accueil des migrants) j’ai encouragé la participation et l’écriture d’autres acteurs, associés à nos activités ou partenaires – des journalistes, des personnels de musée ou de collectivités, des chercheur- es, des formateurs et formatrices, des artistes, des designers…


En parcourant la très grande richesse et diversité des titres qui composent à ce jour le catalogue de La Boite à outils, on mesure non seulement le nombre et la qualité des contributions ainsi réalisées, mais aussi, à travers elles, le cheminement et la vitalité d’un métier, dans ses composantes de plus en plus multiformes. Après 12 ans de publication continue, que retenez-vous de ce foisonnant parcours éditorial ? Que révèle-t-il de la réalité et de l’évolution de notre métier ?  

L’enthousiasme des auteur-es. Pour partager leurs pratiques, les stratégies qui ont fonctionné, les écueils à éviter, les outils utilisés, rendre compte du travail de terrain, renouveler les approches. Ce qui me frappe, dans nos ouvrages collectifs, c’est certes la diversité des établissements représentés mais plus encore le caractère humain de chaque projet exposé, l’investissement incroyable des professionnel-les dans leur activité, dans les grands établissements comme dans les petites bibliothèques. J’espère aussi que cet exercice d’intelligibilité de nos activités, qui passe par l’écriture et la tenue d’une collection, contribue à préserver une capacité d’expérimentation ou de décentrement, car il est difficile de composer avec les logiques de la reproduction institutionnelle.

Titres de la BaO

Comment éviter la tentation de la simplification, de la modélisation systématique ?

L’idée de la collection n’est pas d’éditer des « manuels », d’ériger ou de sanctifier seulement des « bonnes pratiques ». Ces apports sont nécessaires et étayent nos doctrines professionnelles mais nos titres s’attachent également à analyser la réalité du terrain, donnent à voir les contraintes, qui tiennent aux choix économiques et politiques de la tutelle, mais aussi aux structures, historiquement construites, et aux dispositions de la communauté professionnelle.
Je constate aussi combien il n’est pas inné de transposer une compétence professionnelle en un écrit intelligible, didactique.


De la genèse du projet à la production de l’objet éditorial (physique ou numérique), la chaîne de publication est un processus complexe qui comprend des phases de conceptualisation, de structuration, de concertation, de relecture, etc. Comment se détermine le choix d’un sujet ? Quelles sont pour vous les étapes les plus stimulantes de ce parcours éditorial ?

Chaque thématique est soumise et débattue au comité éditorial des Presses de l’Enssib, comme pour les autres collections [4]. Une partie des projets nous arrive directement par des collègues, avec leur note d’intention, parfois un pré-sommaire. La ou le collègue a en général mené à bien un ou plusieurs projets, au sein d’un établissement ou d’un réseau et souhaite partager son expérience, rendre compte des processus et des compétences à l’œuvre.
De mon côté, je suis toujours ravie quand une BàO se construit sur une proposition de collègue, car coordonner un ouvrage de cette nature est un gros travail et demande un engagement personnel conséquent. 

Il faut compter environ une année entre la construction du sommaire, le recrutement de l’équipe d’auteur-es, la mise en écriture, puis les relectures partagées, mises à jours des versions, pour aboutir à un tapuscrit prêt à entrer en fabrication (viendra ensuite l’étape de mise en page, relecture BAT, impression et commercialisation, puis la « vraie vie du livre » commencera avec sa diffusion et sa promotion).  Mon rôle est d’accompagner au mieux les responsables scientifiques de chaque titre pour construire un ouvrage dans l’esprit de la collection, d’entretenir un dialogue autour de l’écriture du livre.

Titres de la BaO

Une autre partie des titres provient de thématiques que je soumets au comité. C’est une démarche différente, au moins au départ. Pour cela, je fais feu de tout bois, avec une veille continue très large – d’informations, lectures et discussions professionnelles à l’observation des institutions politiques, culturelles et sociales en passant par les domaines de la recherche et des publication en SIB, et la fréquentation de la création contemporaine.

J’essaie d’identifier des sujets qui, soit n’ont pas été réinterrogés dans leur évolution depuis quelques années (la réinformatisation des bibliothèques, ou les résidences d’artistes par exemple), soit sont présents explicitement dans les pratiques des bibliothécaires et pour lesquels un ouvrage de première synthèse paraît pertinent (par exemple l’éducation artistique et culturelle ou le projet d’établissement), soit encore un thème émergent, pour les bibliothèques, mais documenté, saillant à l’échelle de la société (comme les pratiques participatives, les fake news, ou, à paraître, genre et bibliothèques).

Espérer répondre à des besoins professionnels, forcément plus ou moins bien identifiés, et proposer des titres plus exploratoires est un exercice qui me plaît, c’est toute la tension d’un catalogue d’éditeur, et, à mon sens, le rôle de l’éditeur-rice.

Cette programmation au long cours s’inscrit en priorité dans les domaines privilégiés de l’Enssib, école et éditeur académique [5] : les lignes de force de l’école (projet d’établissement, formations, initiale et tout au long de la vie, recherche, domaines d’expertises…) et les 2 autres collections de nos Presses (la collection Papiers, également relancée en 2008 et la collection La Numérique, créée en 2016). Par exemple, un ouvrage sur la science ouverte et les bibliothèques correspondrait mieux à la collection Papiers, qui publie des titres sur un spectre éditorial plus large (essais, état de l’art, recherche appliquée…), l’inclusion numérique, abordée dans la collection La Numérique via des études d’Emmaüs Connect, pourrait se décliner pour la collection la BàO, avec une dimension pratique ; l’axe historique est aussi à interroger, si les domaines de l’histoire du livre sont présents chez plusieurs éditeurs, publics et privés, l’histoire des bibliothèques, et de ses métiers, avec son volet prospectif, bénéficie de peu de visibilité.

Mais, heureusement, il n’y a pas d’algorithme pour monter une collection et développer un catalogue d’éditeur spécialisé, ni pour construire un livre, même avec un cahier des charges aussi contraignant que celui de la BàO. Il y a toujours une part de risque à prendre et à assumer, et une confiance à donner à ses auteur-es et aux lecteurs et lectrices de nos ouvrages, surtout dans nos niches de lectorat.

Cette collection publie une moyenne de 3 nouveautés par an, ce qui suppose beaucoup de sélection dans les sujets traités, et d’anticipation pour les différentes étapes d’élaboration. En effet, lorsqu’un thème, ses enjeux, son périmètre principal et angle d’attaque est validé par le comité, j’ai parfois du mal à trouver un-e coordinateur-rice partant-e pour s’engager dans l’aventure éditoriale.

Les collègues semblent, au fil des ans, de plus en plus submergé-es par leurs missions, et manquent de temps pour écrire et coordonner une publication, se permettre un pas de côté.

Par ailleurs, conduire des projets au cours d’une carrière, maitriser la gestion de projet, se spécialiser dans l’informatique documentaire ou le jeu vidéo, la médiation culturelle, l’encadrement ou les ressources électroniques … n’est pas forcément gage d’une posture réflexive sur ces activités et leur contexte, ou d’aptitude à coordonner une équipe d’une douzaine et plus de rédacteur-rices.
Participer à un livre, même « pratique », de type professionnel, relève du vaste ordre de l’écriture. La relation à l’écriture des collègues qui acceptent d’écrire est très variable, pour certain-es il y a des craintes à passer à l’acte, d’autres sont plus familier-es avec l’exercice. J’encourage beaucoup celles et ceux qui ne se « sentent pas capables » à se prêter à cette forme d’écriture, à se lancer, ré-écrire, faire relire, toutes catégories de personnels confondues. En général, l’exercice est profitable, apprécié et permet de prendre du recul sur sa pratique. Et « l’aptitude à l’écriture » [6] s’acquiert, je l’ai vérifié chez nombre de collègues ou d’auteur-es « récidivistes », au fil des ans et des livres.[7]

Le plus souvent, les titres de cette collection sont ensuite l’occasion de construire un stage Enssib de formation continue, avec une partie de l’équipe du livre, sur plusieurs sessions parfois. C’est ainsi un repartage de ses contenus, et une forme d’usage concret du travail effectué pour construire l’ouvrage. Cette collaboration régulière avec le service de FTLV de l’école témoigne d’une pertinence de notre collection.

Titres de la collection La Numérique
Titres de la collection La Numérique

Vous avez pu travailler avec un très grand nombre d’auteurs, aux profils très variés : chercheurs, enseignants, bibliothécaires, documentalistes, formateurs… Quels enseignements tirez-vous de ces multiples rencontres ? Peut-on considérer qu’il existe toujours un « vivier » de contributeurs potentiels ?    

Oui, bien sûr, potentiellement chaque bibliothécaire pourrait écrire. C’est aussi l’enjeu pour moi de cette petite collection originale : diversifier et renouveler les contributeur-rices, varier les profils. De même, rester vigilante à l’écart entre la doxa de la profession et la réalité des établissements.

Faire l’effort aussi d’aller chercher des collègues pas ou peu visibles sur les réseaux sociaux, qui n’ont pas eu l’occasion d’écrire. Je suis aussi vigilante à la présence de femmes dans les sommaires.

La question de « l’écriture professionnelle » m’intéresse beaucoup, c’est un sujet sensible. Je ne saurais la définir que par distinction : ce n’est pas une écriture « privée » ou littéraire, ni une écriture universitaire ou scientifique, les textes des BàO ne sont pas non plus des « Écrits au travail » [8], comme la pratique de l’écrit en situation de travail pour rédiger des rapports, règlements, documents d’évaluation, notes administratives, etc.
Peut-être des écrits « avec » et « à distance » du travail ? Et adressés prioritairement non pas à ses tutelles, hiérarchies mais à des confrères-lecteurs et lectrices dans une relation plus horizontale.

Je suis attentive au vocabulaire utilisé, à la clarté des titres et intertitres, aux effets de mode dans le style ou aux termes très connotés « administration », à la tentation parfois de normaliser les propos, de gommer l’ambiguïté de certaines situations ou leur complexité.

Le sommaire est longuement travaillé pour permettre une exploration du thème proposé, par facettes, qui doit permettre aux lecteur-rices de comprendre les enjeux à l’œuvre et d’établir leur propre feuille de route pour démarrer ou réactiver le projet dans son établissement. Il ne s’agit donc pas d’une addition de textes visant à épuiser la thématique mais d’un parti pris de départ, défini en amont avec la ou le responsable du volume. Pour autant, les formes d’écriture, les choix stylistiques des différentes contributions peuvent varier.  

Il y a parfois de belles surprises. Par exemple, le Mémento final, qui a pour but de reprendre les grandes étapes du projet, est traité de façon très inventive selon les coordinateur-rices.
J’avais relevé dans plusieurs Mémentos la récurrence de l’expression « À vous de jouer ! », qui caractérise bien l’esprit de la collection. Permettre, à partir de savoirs situés, une prise en main d’un sujet pour agir sur son territoire. 

Titres de la BaO

De ce point de vue, faire contribuer des personnes qui ne travaillent pas dans les bibliothèques est fructueux ; forcément, leur forme d’écriture décale, leur cadre de référence ouvre d’autres perspectives.

Les Glossaires font l’objet de beaucoup d’attention, et je propose parfois un Index, autant de facilitateurs de parcours de lecture. Faire tenir un programme aussi exigeant en 200 pages est une gageure. La BàO est une collection modeste dans ses moyens et son format et très ambitieuse dans ses attendus. Chaque titre édité est un beau tour de force pour la coordinatrice, ou le coordinateur du livre et son équipe d’auteur-es.

Il y aurait une étude à faire sur cette collection, qui rassemble plus de 600 auteur-es et va bientôt publier son cinquantième opus, et sur d’autres collections de cette nature. Qu’est-ce qui est dit ou se révèle de l’institution, de ses publics et de ses personnels, des métiers, qu’est-ce qui manque aussi… ?

Donc un vivier de contributeurs et de contributrices, oui. C’est plutôt la question du lectorat qui se pose, et de l’utilité de ce type de collection aujourd’hui.


Le paysage éditorial professionnel connaît aujourd’hui une mutation importante, marquée à la fois par des « suspensions » de collection (ex. la collection Bibliothèques du Cercle de la Librairie) et par une diversification de l’offre (avec notamment le développement des éditions pure player, à l’image de la collection La Numérique aux Presses de l’Enssib). Cette transformation à l’œuvre, en partie liée à l’évolution des pratiques de lecture, n’est pas sans provoquer une perte de lisibilité des différents modèles et processus éditoriaux, dans les secteurs de la littérature scientifique et professionnelle tout particulièrement. Quel regard portez-vous sur cette mutation ? Quel peut-être le rôle/la place de l’institution (à l’instar des Presses de l’Enssib) dans un tel contexte ?

Ce serait intéressant de disposer de données sur l’évolution des « pratiques de lecture » quant à la littérature de connaissance ou littérature professionnelle, dans nos domaines. Les usages, et les besoins, en prenant en compte plusieurs générations peut-être. Il y a peu d’études sur le sujet. Clotilde Vaissaire, formatrice et éditrice (éditions Klog) a fait un sondage, en 2019, à ce sujet : L’écrit, c’est fini ?
Elle livre ses impressions d’experte de l’information, et même si l’échantillon était faible, sa synthèse est à méditer.
Cela interroge l’évolution des compétences des professionnel-les des bibliothèques, les choix des organismes de formation et la nature des concours. De ce point de vue, le rôle de l’institution publique est bien sûr déterminant. Ce qui comprend la dimension économique d’une fonction éditoriale. Qui paie quoi, quel type de rentabilité souhaite-t-on, comment se fait la diffusion-distribution des ouvrages … ?

Les questions en vrac que je me pose :

La notion de « fonds pro » a-t-elle encore une réalité ? Y’a-t-il un budget fléché « fonds pro » dans les établissements ? Pour rester sur la collection de la BàO, comment circulent ces livres dans les établissements, qui les lit ou les consulte, hors préparation de concours, y’a-t-il des expériences d’appropriation collective dans les équipes ? Et maintenant que le Cercle de la librairie a mis fin à sa branche éditoriale, en particulier sa collection Bibliothèques, qu’est-ce qui va manquer aux collègues, et où va le budget précédemment accordé à ces acquisitions (imprimées) ?
Qui seront les éditeurs d’un futur « Le Métier de bibliothécaire » ? Comment les URFIST et les CRFCB utilisent la littérature professionnelle et nos ouvrages ? Idem pour les Bibliothèques de département, les responsables formations, et les BU ? Comment nous, école, et éditeur, pourrions-nous mieux faire connaître les contenus de cette collection, créer un «désir de lecture », un nouveau public peut-être ?

Les réseaux sociaux, mémoires d’élèves et d’étudiant-es ou mémos, dossiers des services régionaux du livre ou des associations professionnelles, les revues (comme Archimag ou Arabesques qui se consolide ces derniers temps), les rapports de l’IGB… ne sont-ils pas plus conformes aux attentes et besoins de la profession que des ouvrages [9] ?

D’autant que ces pratiques de lectures professionnelles, qui se concurrencent entre elles, avec une veille qui s’élargit aux podcasts, vidéo, flux divers, s’inscrivent dans une sphère d’accès gratuit, très plébiscitée.

A titre personnel, je suis convaincue de la nécessité de la bibliodiversité pour assurer une « autre » [10] mémoire de l’histoire du métier et surtout garder vivant l’écosystème de nos bibliothèques.  Ne pas se suffire de la littérature grise mais soutenir des collections exigeantes, qui prennent des risques, des revues solides, est une condition de survie à mon avis pour les bibliothèques, si elles veulent exister activement dans la bataille des politiques publiques. Les bibliothécaires ne sont pas naturellement du côté de la transmission des savoirs, la diffusion des connaissances, il s’agit bien de choix institutionnels. Et l’éditeur public spécialisé est aussi là pour soutenir les efforts de réinvention [11] de son champ d’investigation et participer à la production de savoirs des bibliothèques.

Pour revenir à l’Enssib, sa direction est justement en train de repenser la nature de ses Presses et de ses collections, en prenant en compte les priorités stratégiques de l’établissement ainsi que l’évolution du paysage éditorial en science de l’information et des bibliothèques. Rendez-vous en 2021 !


Je tiens à remercier chaleureusement Jérôme Pouchol qui s’intéresse depuis longtemps, et de près, aux questions de l’édition et de la transmission, de m’avoir invitée à cet entretien et contrainte… à écrire sur ma pratique professionnelle.


*Après une formation en lettres modernes, un DEA d’études cinématographiques et différents postes dans le domaine des bibliothèques en lecture publique puis en BU, Catherine Jackson a été cheffe de projet pour la création du service Questions ? Réponses ! de l’Enssib, puis chargée de mission pour les Presses de l’Enssib, où elle dirige plus particulièrement la collection La Boite à Outils et est assistante d’édition pour la collection La Numérique.


[1] Voir notre ouvrage, paru dans la collection La Numérique, qui lui est consacré 

[2] « …/… L’objectif de cette collection est tout entier dans son titre : nous ne vous proposerons ni état exhaustif d’une question, ni synthèse d’une recherche. Ces petits manuels ont la modeste ambition d’offrir un cadre de réflexion, une méthodologie étayée par quelques analyses, procédures, avertissements, témoignages, échéancier. Nous espérons qu’ils seront manipulés, annotés, confrontés aux réalités des projets que vous menez dans vos bibliothèques. Bertrand Calenge, Directeur de l’IFB ». Note d’intention insérée dans le premier titre publié de la collection, Organiser le libre accès, François Larbre (dir.) 

[3] Mise en sommeil quelques années, la collection est relancée en 2008 par Anne-Marie Bertrand, alors directrice de l’Enssib.

[4] https://presses.enssib.fr/presses-en-quelques-mots

[5] L’Enssib publie les ouvrages des 3 collections des Presses, 2 revues : le Bulletin des bibliothèques de France (BBF) et Balisages et un carnet : DLIS

[6] On peut écouter l’intervention de Martine Poulain sur son activité d’éditrice – son texte gagnerait à être publié – avis aux revues et éditeur-rices !

[7] Passés les concours, la compétence rédactionnelle est peu valorisée chez les bibliothécaires, sauf curieusement lorsque qu’il s’agit « d’écrire sur le web ».

[8] Josiane Boutet, « Écrits au travail », in Béatrice  Fraenkel (dir.), Illettrismes. Variations historiques et anthropologiques, Paris, BPI-Centre Georges Pompidou, 1993

[9] « Le problème, c’est que lire un livre demande un temps fou. Or nous vivons dans une culture de la citation, pas de l’engagement. Le nouveau contenu, c’est le contexte. », Kenneth Goldsmith : https://usbeketrica.com/article/interview-kenneth-goldsmith

[10] Pour paraphraser le titre du formidable livre de Jean-Yves Mollier, Une autre histoire de l’édition française (La Fabrique, 2015).

[11] Je renvoie à un début de réflexion sur ces questions, abordée lors d’une journée d’étude organisée par l’Enssib : « Publier le métier, quelles perspectives ? » (Estivales, 2019, Enssib) 

Calenge par Bertrand […] – Conférence enregistrée

Pour celles et ceux qui n’ont pu assister à la très belle rencontre professionnelle (à la fondation Gulbenkian, le 26 nov. 2018) autour du blog et de la mémoire de Bertrand Calenge, vous pouvez l’écouter ici dans son intégralité

FireShot Capture 001 - Calenge par Bertr_ - https___gulbenkian.pt_paris_evento_calenge-par-bertrand_

Baromètre 2016 des prêts et des acquisitions (livres) en bibliothèque publique

La MIOP a une nouvelle fois participé* à une enquête du Ministère de la Culture et de la Communication, portant sur les titres les plus empruntés et les plus acquis en 2016 en bibliothèque publique. Le baromètre qui résulte de cette enquête comporte également plusieurs palmarès regroupant les 100 livres les plus empruntés et les plus acquis pour chacune des grandes catégories retenues : fiction adulte, documentaire, bande dessinée, jeunesse. Bambou se fait l’écho de ces principaux** résultats :

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Palmarès général des auteurs les plus empruntés

En synthèse, on observe que ces différents résultats attestent d’une adéquation de plus en plus forte entre les pratiques des emprunteurs et l’offre des bibliothèques publiques, avec quelques nuances cependant : part plus importante du documentaire dans les acquisitions que dans les emprunts, part moindre des bandes dessinées dans les acquisitions que dans les prêts. Concernant les comparatifs par catégories des titres les + acquis/+empruntés/+vendus, on peut noter également des écarts importants, tels que :
– l’ouvrage de Ivan Jablonka (« Laetitia ou la fin des hommes »), qui se classe au 3ème rang des essais les plus acquis mais qui ne figure pas dans le palmarès des 100 titres les plus empruntés,
– le roman de Joël Dicker (« Le livre des Baltimore »), qui se classe au 3ème rang des titres les plus empruntés (et 18ème des meilleures ventes) mais qui ne figure qu’au 93ème rang des romans les plus acquis.
– le roman de Leïla Slimani (« Chanson douce ») au 2ème rang des ventes 2016 ainsi que celui de Gaël Faye (« Petit pays »), au 4ème rang des ventes 2016, ne figurent pas parmi les auteurs des 100 titres les plus empruntés en 2016.

Notons qu’une stricte comparaison entre emprunts et achats des bibliothèques d’une part, et ventes au détail d’autre part reste difficile en raison du décalage plus ou moins important selon les bibliothèques entre la date de parution d’un ouvrage et sa disponibilité effective sur les étagères des bibliothèques

* parmi un échantillon de 146 établissements, représentatif de la typologie des bibliothèques françaises ainsi que des volumes (8,6 millions de prêts et plus de 340 000 acquisitions) de population (3,5 millions d’habitants) qu’elles desservent. Les médiathèques de Limoges, de Nîmes, de la MIOP et de Roubaix, équipées du logiciel Koha, ont procédé elles-mêmes à l’extraction et à la transmission de leurs données

** voir le rapport complet de l’enquête

En complément de l’enquête, les emprunts 2016 de la MIOP pour les supports CD et DVD

Emprunts CD

Emprunts DVD.png

Produire des contenus documentaires en ligne

Couverture BAO n° 30Un ouvrage à ne pas manquer ! (en toute objectivité ;)) que ce dernier opus de la Boite à Outils paru ces derniers jours aux Presses de l’ENSSIB, sous le titre « Produire des contenus documentaires en ligne : quelles stratégies pour les bibliothèques ? ».

Dont voici la présentation :

« Les bibliothèques sont confrontées à des nécessités d’exploitation de leurs collections qui ne passent plus seulement par la gestion du stock mais par l’appropriation et la restitution de contenus documentaires. Le plan de l’ouvrage s’articule autour de quatre parties : exploiter les collections ; la curation et la production de contenus ; produire en réseau, et enfin, connaître le contexte juridique et écrire pour le web. Ainsi, le professionnel est devenu médiateur, producteur et éditeur de matières documentaires élaborées. Chaque partie traite aussi des nouvelles compétences relationnelles et techniques à acquérir pour ce faire. Une quinzaine de professionnels abordent ces différents aspects, en s’appuyant sur des réalisations concrètes menées dans les bibliothèques, de lecture publique comme des universités. »

 

Et le sommaire :

PARTIE I – Exploiter les collections et repenser les accès en ligne

1 – Le positionnement stratégique des bibliothèques dans la production de contenus en ligne, quels impacts sur les métiers ?, par Lionel Dujol

2 – Contenus documentaires en ligne : une typologie en huit produits, par Christelle Di Pietro

3 – Sign@l: valoriser les contenus de périodiques en sciences humaines et sociales, par Carole Tilbian

4 – Concevoir une plate-forme d’autoformation à la recherche documentaire : Arbradoc, par Isabelle Breuil

5 – Intégration des fonctionnalités d’OPENCAT au catalogue en ligne de la bibliothèque municipale de Fresnes, par Pierre Bournerie

PARTIE II – Les produits documentaires de synthèse : curation et production

1 – Les dossiers documentaires numériques de la Médiathèque intercommunale Ouest Provence, par Jérôme Pouchol

2 – Les agrégateurs de contenus et la curation à la médiathèque de Bagnolet, par Dominique Macé

3 – Numérisation de masse, métadonnées et bibliothèque numérique : l’exemple de Numelyo à la Bibliothèque municipale de Lyon, par Magali Haettiger

4 – Balises, le webmagazine de la Bibliothèque publique d’information, par Nathalie Nosny

PARTIE III – Produire en co-construction et en réseau

1 – Les réseaux sociaux : le Fonds Trutat de la Bibliothèque municipale de Toulouse sur Flickr, par Jocelyne Deschaux et Patrick Hernebring

2 – Les réseaux sociaux : dis-moi qui tu aimes et je te dirai qui tu es : élaborer une politique de contenus sur Facebook, l’exemple de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, par Magalie Le Gall

3 – Construire un dispositif participatif de production de contenus en musée, par Gonzague Gauthier et Sébastien Magro

4 – Fabriquer des livres numériques : l’expérimentation du Centre du livre et de la lecture en Poitou-Charentes, par Bruno Essard-Budaïl

PARTIE IV – Les outils et le droit

1 – Production de contenus en ligne : mises en garde juridiques, par Michèle Battisti

2 – Écrire pour le web, par Isabelle Rouquet

3 – Panorama des outils de production en ligne, par Lionel Dujol

 

Mémento, par Christelle Di Pietro

« De l’imprimé au numérique » / Lorenzo Soccavo

Après les communications de Pierre Mounier sur “La culture est-elle soluble dans l’e-book? Les enjeux de la métamorphose du livre à l’ère numérique”, de Dominique Cardon sur “les sociabilités numériques” et de Thierry Baccino sur “la lecture numérique”, Bambou vous recommande de visionner celle de Lorenzo Soccavo, que nous avons eu le plaisir d’accueillir, le 7 juillet dernier, à la Médiathèque de Miramas. Une communication qui avait pour titre « De l’imprimé au numérique : enjeux et perspectives pour les bibliothèques »

*Lorenzo Soccavo est consultant indépendant (PLE-Consulting) en prospective du livre et de l’édition à Paris. Il travaille avec les professionnels de la filière graphique et avec ceux des filières numériques, afin de les rapprocher et de les accompagner dans l’évolution du livre et de son marché. Son Livre Blanc sur la Prospective du Livre et de l’Edition est consultable sur le site de la bibliothèque numérique de L’ENSSIB.

Les plateformes de Lorenzo Soccavo :

Ouvrages disponibles à la MIOP :

 Articles et livres en ligne :

Pour aller plus loin (ou à côté), voir aussi :

un label de « librairie indépendante de référence »

Le Conseil d’État a validé le décret relatif au « label de librairie indépendante de référence« . Le texte a été signé par la Ministre de la Culture et de la Communication et devrait être promulgué rapidement.
Dès la parution du décret au Journal officiel, le formulaire de demande de labelisation et le dossier d’accompagnement seront mis en ligne sur le site du CNL.

Les entreprises concernées peuvent être constituées en entreprises individuelles ou en sociétés commerciales.  Dans ce cas, elles doivent être « indépendantes », c’est-à-dire que l’actionnaire majoritaire doit être personnellement impliqué dans le fonctionnement de l’entreprise et le financement du projet.

La mesure concernera les établissements :
–  classifiés petites ou moyennes entreprises au sens de la réglementation européenne
–  réalisant au moins 50 % de leur chiffre d’affaire annuel avec la vente de livres neufs au détail
–  détenant en stock une offre, selon les cas : d’au moins 6 000 titres (librairies d’assortiment général ou librairies spécialisées jeunesse ou bandes dessinées), 3 000 titres (autres librairies spécialisées) ou 10 000 titres (librairies générales au C.A. de plus de 600 000 € de vente de livres au détail)
–  affectant au moins 12,5 % du chiffre d’affaires aux frais de personnel
–  proposant une animation culturelle régulière et de qualité (jugée par la commission qui sera instituée spécialement et comprendra des représentants de l’État, des collectivités locales et des professions du livre, dont trois libraires).

Les bénéficiaires de ce titre pourront disposer d’une aide directe des éditeurs et du Centre National du Livre pour l’acquisition d’un fonds d’ouvrages, mais aussi d’une réduction des charges salariales et d’une exonération de la taxe professionnelle consentie par les collectivités territoriales (communes, départements, région)

Le label sera attribué pour 3 ans.

Pour plus d’informations, voir l’édition spéciale de l’arald tribune

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