Bertrand Calenge répond à Bambou (republication)

En ce jour anniversaire du décès -le 3 janvier 2016-, de notre très cher et regretté collègue Bertrand Calenge, Bambou veut à nouveau lui rendre hommage, en republiant ce bel entretien, en date du 12 novembre 2015.

En vous invitant également à (ré)écouter cette conférence (du 26 nov. 2018 à la fondation Gulbenkian) consacrée à la publication de l’ouvrage « Calenge par Bertrand, parcours de lecture dans le Carnet d’un bibliothécaire. Du blog au book. »

Catherine Jackson répond à Bambou

Dans le cadre de ses différents entretiens réalisés avec des enseignants-chercheurs et des professionnels des bibliothèques, Bambou a le plaisir de recevoir en cette rentrée Catherine Jackson, qui nous livre son regard éclairé sur la réalité de la littérature professionnelle et sur ses perspectives d’évolution.

Catherine Jackson, votre parcours professionnel* n’est pas sans exprimer une forme de complémentarité entre la fonction de praticienne des bibliothèques et celle, présente, de chargée de mission pour les Presses de l’Enssib. La collection La Boite à outils, que vous dirigez depuis 2009, n’est-elle pas à l’image de cette double expérience, qui associe praxis et méthode, action et réflexion ?

Cette double articulation est à l’origine de la collection et correspond au profil de son
fondateur, Bertrand Calenge [1]. Alors directeur de l’IFB (qui rejoindra l’Enssib), il crée la collection la Boîte à outils (BàO) en 1995 dans le prolongement de l’activité pédagogique de l’institut, en particulier de la formation continue [2]. Sa double expérience, alors très singulière à l’échelle d’une collection, caractérisait fortement son activité de conservateur des bibliothèques, praticien de terrain et auteur de nombreux ouvrages de réflexion.
Le fait de créer une collection exclusivement dédiée à la profession et aux sciences de l’information et des bibliothèques, portée par l’école même, qui par-là inaugurait une fonction éditoriale inédite, témoigne de la relation fondamentalement pédagogique qu’il entretenait avec sa communauté professionnelle. Le titre même de la collection, la Boîte à outils, assumait la rupture avec la littérature universitaire traditionnelle tout en redéfinissant, métaphoriquement, l’entreprise didactique qu’il proposait.

Bertrand Calenge était une « boîte à idées », un inventeur de formes et un visionnaire. Par bien des aspects, la BàO a fait matrice pour un ensemble d’autres publications dans notre champ, qui s’en inspirent ou s’en distinguent.
Le cadre qu’il a déterminé dès la création de la collection reste opérant, et je me plais à le reconnaitre régulièrement :
– un prix fixe (actuellement 22€ pour la version imprimée), un nombre de pages régulier, des auteur-es payé-es et sous contrat
– un ouvrage thématique, toujours collectif, coordonné par un ou une professionnel-le des bibliothèques, la prise en compte à la fois des bibliothèques territoriales et des bibliothèques universitaires, voire d’autres lieux de la documentation (CDI, archives, fonds spécialisés…), des apports méthodologiques et techniques associés à des retours d’expériences concrets, attachés à tel ou tel établissement ou territoire.

En prenant la direction de cette collection [3], j’ai souhaité maintenir ce montage de registres et de variétés d’interventions. C’est à mon sens ce qui fait l’originalité de cette collection. Au fil des ans, et à mesure de l’émergence de thématiques plus transversales, mais toujours rapportées à la bibliothéconomie (comme l’innovation, le jeu, ou l’accueil des migrants) j’ai encouragé la participation et l’écriture d’autres acteurs, associés à nos activités ou partenaires – des journalistes, des personnels de musée ou de collectivités, des chercheur- es, des formateurs et formatrices, des artistes, des designers…


En parcourant la très grande richesse et diversité des titres qui composent à ce jour le catalogue de La Boite à outils, on mesure non seulement le nombre et la qualité des contributions ainsi réalisées, mais aussi, à travers elles, le cheminement et la vitalité d’un métier, dans ses composantes de plus en plus multiformes. Après 12 ans de publication continue, que retenez-vous de ce foisonnant parcours éditorial ? Que révèle-t-il de la réalité et de l’évolution de notre métier ?  

L’enthousiasme des auteur-es. Pour partager leurs pratiques, les stratégies qui ont fonctionné, les écueils à éviter, les outils utilisés, rendre compte du travail de terrain, renouveler les approches. Ce qui me frappe, dans nos ouvrages collectifs, c’est certes la diversité des établissements représentés mais plus encore le caractère humain de chaque projet exposé, l’investissement incroyable des professionnel-les dans leur activité, dans les grands établissements comme dans les petites bibliothèques. J’espère aussi que cet exercice d’intelligibilité de nos activités, qui passe par l’écriture et la tenue d’une collection, contribue à préserver une capacité d’expérimentation ou de décentrement, car il est difficile de composer avec les logiques de la reproduction institutionnelle.

Titres de la BaO

Comment éviter la tentation de la simplification, de la modélisation systématique ?

L’idée de la collection n’est pas d’éditer des « manuels », d’ériger ou de sanctifier seulement des « bonnes pratiques ». Ces apports sont nécessaires et étayent nos doctrines professionnelles mais nos titres s’attachent également à analyser la réalité du terrain, donnent à voir les contraintes, qui tiennent aux choix économiques et politiques de la tutelle, mais aussi aux structures, historiquement construites, et aux dispositions de la communauté professionnelle.
Je constate aussi combien il n’est pas inné de transposer une compétence professionnelle en un écrit intelligible, didactique.


De la genèse du projet à la production de l’objet éditorial (physique ou numérique), la chaîne de publication est un processus complexe qui comprend des phases de conceptualisation, de structuration, de concertation, de relecture, etc. Comment se détermine le choix d’un sujet ? Quelles sont pour vous les étapes les plus stimulantes de ce parcours éditorial ?

Chaque thématique est soumise et débattue au comité éditorial des Presses de l’Enssib, comme pour les autres collections [4]. Une partie des projets nous arrive directement par des collègues, avec leur note d’intention, parfois un pré-sommaire. La ou le collègue a en général mené à bien un ou plusieurs projets, au sein d’un établissement ou d’un réseau et souhaite partager son expérience, rendre compte des processus et des compétences à l’œuvre.
De mon côté, je suis toujours ravie quand une BàO se construit sur une proposition de collègue, car coordonner un ouvrage de cette nature est un gros travail et demande un engagement personnel conséquent. 

Il faut compter environ une année entre la construction du sommaire, le recrutement de l’équipe d’auteur-es, la mise en écriture, puis les relectures partagées, mises à jours des versions, pour aboutir à un tapuscrit prêt à entrer en fabrication (viendra ensuite l’étape de mise en page, relecture BAT, impression et commercialisation, puis la « vraie vie du livre » commencera avec sa diffusion et sa promotion).  Mon rôle est d’accompagner au mieux les responsables scientifiques de chaque titre pour construire un ouvrage dans l’esprit de la collection, d’entretenir un dialogue autour de l’écriture du livre.

Titres de la BaO

Une autre partie des titres provient de thématiques que je soumets au comité. C’est une démarche différente, au moins au départ. Pour cela, je fais feu de tout bois, avec une veille continue très large – d’informations, lectures et discussions professionnelles à l’observation des institutions politiques, culturelles et sociales en passant par les domaines de la recherche et des publication en SIB, et la fréquentation de la création contemporaine.

J’essaie d’identifier des sujets qui, soit n’ont pas été réinterrogés dans leur évolution depuis quelques années (la réinformatisation des bibliothèques, ou les résidences d’artistes par exemple), soit sont présents explicitement dans les pratiques des bibliothécaires et pour lesquels un ouvrage de première synthèse paraît pertinent (par exemple l’éducation artistique et culturelle ou le projet d’établissement), soit encore un thème émergent, pour les bibliothèques, mais documenté, saillant à l’échelle de la société (comme les pratiques participatives, les fake news, ou, à paraître, genre et bibliothèques).

Espérer répondre à des besoins professionnels, forcément plus ou moins bien identifiés, et proposer des titres plus exploratoires est un exercice qui me plaît, c’est toute la tension d’un catalogue d’éditeur, et, à mon sens, le rôle de l’éditeur-rice.

Cette programmation au long cours s’inscrit en priorité dans les domaines privilégiés de l’Enssib, école et éditeur académique [5] : les lignes de force de l’école (projet d’établissement, formations, initiale et tout au long de la vie, recherche, domaines d’expertises…) et les 2 autres collections de nos Presses (la collection Papiers, également relancée en 2008 et la collection La Numérique, créée en 2016). Par exemple, un ouvrage sur la science ouverte et les bibliothèques correspondrait mieux à la collection Papiers, qui publie des titres sur un spectre éditorial plus large (essais, état de l’art, recherche appliquée…), l’inclusion numérique, abordée dans la collection La Numérique via des études d’Emmaüs Connect, pourrait se décliner pour la collection la BàO, avec une dimension pratique ; l’axe historique est aussi à interroger, si les domaines de l’histoire du livre sont présents chez plusieurs éditeurs, publics et privés, l’histoire des bibliothèques, et de ses métiers, avec son volet prospectif, bénéficie de peu de visibilité.

Mais, heureusement, il n’y a pas d’algorithme pour monter une collection et développer un catalogue d’éditeur spécialisé, ni pour construire un livre, même avec un cahier des charges aussi contraignant que celui de la BàO. Il y a toujours une part de risque à prendre et à assumer, et une confiance à donner à ses auteur-es et aux lecteurs et lectrices de nos ouvrages, surtout dans nos niches de lectorat.

Cette collection publie une moyenne de 3 nouveautés par an, ce qui suppose beaucoup de sélection dans les sujets traités, et d’anticipation pour les différentes étapes d’élaboration. En effet, lorsqu’un thème, ses enjeux, son périmètre principal et angle d’attaque est validé par le comité, j’ai parfois du mal à trouver un-e coordinateur-rice partant-e pour s’engager dans l’aventure éditoriale.

Les collègues semblent, au fil des ans, de plus en plus submergé-es par leurs missions, et manquent de temps pour écrire et coordonner une publication, se permettre un pas de côté.

Par ailleurs, conduire des projets au cours d’une carrière, maitriser la gestion de projet, se spécialiser dans l’informatique documentaire ou le jeu vidéo, la médiation culturelle, l’encadrement ou les ressources électroniques … n’est pas forcément gage d’une posture réflexive sur ces activités et leur contexte, ou d’aptitude à coordonner une équipe d’une douzaine et plus de rédacteur-rices.
Participer à un livre, même « pratique », de type professionnel, relève du vaste ordre de l’écriture. La relation à l’écriture des collègues qui acceptent d’écrire est très variable, pour certain-es il y a des craintes à passer à l’acte, d’autres sont plus familier-es avec l’exercice. J’encourage beaucoup celles et ceux qui ne se « sentent pas capables » à se prêter à cette forme d’écriture, à se lancer, ré-écrire, faire relire, toutes catégories de personnels confondues. En général, l’exercice est profitable, apprécié et permet de prendre du recul sur sa pratique. Et « l’aptitude à l’écriture » [6] s’acquiert, je l’ai vérifié chez nombre de collègues ou d’auteur-es « récidivistes », au fil des ans et des livres.[7]

Le plus souvent, les titres de cette collection sont ensuite l’occasion de construire un stage Enssib de formation continue, avec une partie de l’équipe du livre, sur plusieurs sessions parfois. C’est ainsi un repartage de ses contenus, et une forme d’usage concret du travail effectué pour construire l’ouvrage. Cette collaboration régulière avec le service de FTLV de l’école témoigne d’une pertinence de notre collection.

Titres de la collection La Numérique
Titres de la collection La Numérique

Vous avez pu travailler avec un très grand nombre d’auteurs, aux profils très variés : chercheurs, enseignants, bibliothécaires, documentalistes, formateurs… Quels enseignements tirez-vous de ces multiples rencontres ? Peut-on considérer qu’il existe toujours un « vivier » de contributeurs potentiels ?    

Oui, bien sûr, potentiellement chaque bibliothécaire pourrait écrire. C’est aussi l’enjeu pour moi de cette petite collection originale : diversifier et renouveler les contributeur-rices, varier les profils. De même, rester vigilante à l’écart entre la doxa de la profession et la réalité des établissements.

Faire l’effort aussi d’aller chercher des collègues pas ou peu visibles sur les réseaux sociaux, qui n’ont pas eu l’occasion d’écrire. Je suis aussi vigilante à la présence de femmes dans les sommaires.

La question de « l’écriture professionnelle » m’intéresse beaucoup, c’est un sujet sensible. Je ne saurais la définir que par distinction : ce n’est pas une écriture « privée » ou littéraire, ni une écriture universitaire ou scientifique, les textes des BàO ne sont pas non plus des « Écrits au travail » [8], comme la pratique de l’écrit en situation de travail pour rédiger des rapports, règlements, documents d’évaluation, notes administratives, etc.
Peut-être des écrits « avec » et « à distance » du travail ? Et adressés prioritairement non pas à ses tutelles, hiérarchies mais à des confrères-lecteurs et lectrices dans une relation plus horizontale.

Je suis attentive au vocabulaire utilisé, à la clarté des titres et intertitres, aux effets de mode dans le style ou aux termes très connotés « administration », à la tentation parfois de normaliser les propos, de gommer l’ambiguïté de certaines situations ou leur complexité.

Le sommaire est longuement travaillé pour permettre une exploration du thème proposé, par facettes, qui doit permettre aux lecteur-rices de comprendre les enjeux à l’œuvre et d’établir leur propre feuille de route pour démarrer ou réactiver le projet dans son établissement. Il ne s’agit donc pas d’une addition de textes visant à épuiser la thématique mais d’un parti pris de départ, défini en amont avec la ou le responsable du volume. Pour autant, les formes d’écriture, les choix stylistiques des différentes contributions peuvent varier.  

Il y a parfois de belles surprises. Par exemple, le Mémento final, qui a pour but de reprendre les grandes étapes du projet, est traité de façon très inventive selon les coordinateur-rices.
J’avais relevé dans plusieurs Mémentos la récurrence de l’expression « À vous de jouer ! », qui caractérise bien l’esprit de la collection. Permettre, à partir de savoirs situés, une prise en main d’un sujet pour agir sur son territoire. 

Titres de la BaO

De ce point de vue, faire contribuer des personnes qui ne travaillent pas dans les bibliothèques est fructueux ; forcément, leur forme d’écriture décale, leur cadre de référence ouvre d’autres perspectives.

Les Glossaires font l’objet de beaucoup d’attention, et je propose parfois un Index, autant de facilitateurs de parcours de lecture. Faire tenir un programme aussi exigeant en 200 pages est une gageure. La BàO est une collection modeste dans ses moyens et son format et très ambitieuse dans ses attendus. Chaque titre édité est un beau tour de force pour la coordinatrice, ou le coordinateur du livre et son équipe d’auteur-es.

Il y aurait une étude à faire sur cette collection, qui rassemble plus de 600 auteur-es et va bientôt publier son cinquantième opus, et sur d’autres collections de cette nature. Qu’est-ce qui est dit ou se révèle de l’institution, de ses publics et de ses personnels, des métiers, qu’est-ce qui manque aussi… ?

Donc un vivier de contributeurs et de contributrices, oui. C’est plutôt la question du lectorat qui se pose, et de l’utilité de ce type de collection aujourd’hui.


Le paysage éditorial professionnel connaît aujourd’hui une mutation importante, marquée à la fois par des « suspensions » de collection (ex. la collection Bibliothèques du Cercle de la Librairie) et par une diversification de l’offre (avec notamment le développement des éditions pure player, à l’image de la collection La Numérique aux Presses de l’Enssib). Cette transformation à l’œuvre, en partie liée à l’évolution des pratiques de lecture, n’est pas sans provoquer une perte de lisibilité des différents modèles et processus éditoriaux, dans les secteurs de la littérature scientifique et professionnelle tout particulièrement. Quel regard portez-vous sur cette mutation ? Quel peut-être le rôle/la place de l’institution (à l’instar des Presses de l’Enssib) dans un tel contexte ?

Ce serait intéressant de disposer de données sur l’évolution des « pratiques de lecture » quant à la littérature de connaissance ou littérature professionnelle, dans nos domaines. Les usages, et les besoins, en prenant en compte plusieurs générations peut-être. Il y a peu d’études sur le sujet. Clotilde Vaissaire, formatrice et éditrice (éditions Klog) a fait un sondage, en 2019, à ce sujet : L’écrit, c’est fini ?
Elle livre ses impressions d’experte de l’information, et même si l’échantillon était faible, sa synthèse est à méditer.
Cela interroge l’évolution des compétences des professionnel-les des bibliothèques, les choix des organismes de formation et la nature des concours. De ce point de vue, le rôle de l’institution publique est bien sûr déterminant. Ce qui comprend la dimension économique d’une fonction éditoriale. Qui paie quoi, quel type de rentabilité souhaite-t-on, comment se fait la diffusion-distribution des ouvrages … ?

Les questions en vrac que je me pose :

La notion de « fonds pro » a-t-elle encore une réalité ? Y’a-t-il un budget fléché « fonds pro » dans les établissements ? Pour rester sur la collection de la BàO, comment circulent ces livres dans les établissements, qui les lit ou les consulte, hors préparation de concours, y’a-t-il des expériences d’appropriation collective dans les équipes ? Et maintenant que le Cercle de la librairie a mis fin à sa branche éditoriale, en particulier sa collection Bibliothèques, qu’est-ce qui va manquer aux collègues, et où va le budget précédemment accordé à ces acquisitions (imprimées) ?
Qui seront les éditeurs d’un futur « Le Métier de bibliothécaire » ? Comment les URFIST et les CRFCB utilisent la littérature professionnelle et nos ouvrages ? Idem pour les Bibliothèques de département, les responsables formations, et les BU ? Comment nous, école, et éditeur, pourrions-nous mieux faire connaître les contenus de cette collection, créer un «désir de lecture », un nouveau public peut-être ?

Les réseaux sociaux, mémoires d’élèves et d’étudiant-es ou mémos, dossiers des services régionaux du livre ou des associations professionnelles, les revues (comme Archimag ou Arabesques qui se consolide ces derniers temps), les rapports de l’IGB… ne sont-ils pas plus conformes aux attentes et besoins de la profession que des ouvrages [9] ?

D’autant que ces pratiques de lectures professionnelles, qui se concurrencent entre elles, avec une veille qui s’élargit aux podcasts, vidéo, flux divers, s’inscrivent dans une sphère d’accès gratuit, très plébiscitée.

A titre personnel, je suis convaincue de la nécessité de la bibliodiversité pour assurer une « autre » [10] mémoire de l’histoire du métier et surtout garder vivant l’écosystème de nos bibliothèques.  Ne pas se suffire de la littérature grise mais soutenir des collections exigeantes, qui prennent des risques, des revues solides, est une condition de survie à mon avis pour les bibliothèques, si elles veulent exister activement dans la bataille des politiques publiques. Les bibliothécaires ne sont pas naturellement du côté de la transmission des savoirs, la diffusion des connaissances, il s’agit bien de choix institutionnels. Et l’éditeur public spécialisé est aussi là pour soutenir les efforts de réinvention [11] de son champ d’investigation et participer à la production de savoirs des bibliothèques.

Pour revenir à l’Enssib, sa direction est justement en train de repenser la nature de ses Presses et de ses collections, en prenant en compte les priorités stratégiques de l’établissement ainsi que l’évolution du paysage éditorial en science de l’information et des bibliothèques. Rendez-vous en 2021 !


Je tiens à remercier chaleureusement Jérôme Pouchol qui s’intéresse depuis longtemps, et de près, aux questions de l’édition et de la transmission, de m’avoir invitée à cet entretien et contrainte… à écrire sur ma pratique professionnelle.


*Après une formation en lettres modernes, un DEA d’études cinématographiques et différents postes dans le domaine des bibliothèques en lecture publique puis en BU, Catherine Jackson a été cheffe de projet pour la création du service Questions ? Réponses ! de l’Enssib, puis chargée de mission pour les Presses de l’Enssib, où elle dirige plus particulièrement la collection La Boite à Outils et est assistante d’édition pour la collection La Numérique.


[1] Voir notre ouvrage, paru dans la collection La Numérique, qui lui est consacré 

[2] « …/… L’objectif de cette collection est tout entier dans son titre : nous ne vous proposerons ni état exhaustif d’une question, ni synthèse d’une recherche. Ces petits manuels ont la modeste ambition d’offrir un cadre de réflexion, une méthodologie étayée par quelques analyses, procédures, avertissements, témoignages, échéancier. Nous espérons qu’ils seront manipulés, annotés, confrontés aux réalités des projets que vous menez dans vos bibliothèques. Bertrand Calenge, Directeur de l’IFB ». Note d’intention insérée dans le premier titre publié de la collection, Organiser le libre accès, François Larbre (dir.) 

[3] Mise en sommeil quelques années, la collection est relancée en 2008 par Anne-Marie Bertrand, alors directrice de l’Enssib.

[4] https://presses.enssib.fr/presses-en-quelques-mots

[5] L’Enssib publie les ouvrages des 3 collections des Presses, 2 revues : le Bulletin des bibliothèques de France (BBF) et Balisages et un carnet : DLIS

[6] On peut écouter l’intervention de Martine Poulain sur son activité d’éditrice – son texte gagnerait à être publié – avis aux revues et éditeur-rices !

[7] Passés les concours, la compétence rédactionnelle est peu valorisée chez les bibliothécaires, sauf curieusement lorsque qu’il s’agit « d’écrire sur le web ».

[8] Josiane Boutet, « Écrits au travail », in Béatrice  Fraenkel (dir.), Illettrismes. Variations historiques et anthropologiques, Paris, BPI-Centre Georges Pompidou, 1993

[9] « Le problème, c’est que lire un livre demande un temps fou. Or nous vivons dans une culture de la citation, pas de l’engagement. Le nouveau contenu, c’est le contexte. », Kenneth Goldsmith : https://usbeketrica.com/article/interview-kenneth-goldsmith

[10] Pour paraphraser le titre du formidable livre de Jean-Yves Mollier, Une autre histoire de l’édition française (La Fabrique, 2015).

[11] Je renvoie à un début de réflexion sur ces questions, abordée lors d’une journée d’étude organisée par l’Enssib : « Publier le métier, quelles perspectives ? » (Estivales, 2019, Enssib) 

Bertrand Calenge répond à Bambou

Il est des rencontres qui marquent et nourrissent une vie professionnelle, et celle de Bertrand Calenge en fait pour moi partie, comme pour beaucoup d’entre nous sans doutAVT_Bertrand-Calenge_9330e, qui avons pu lire, entendre, suivre, analyser, commenter… ses nombreux écrits et le long cours de sa réflexion professionnelle ; et encore aujourd’hui, alors qu’il prend très bientôt sa retraite, son tout dernier ouvrage¹ nous accompagne, continue d’interroger le présent et le sens de notre métier.

Au-delà de l’honneur que constitue pour moi la publication de cet échange sur Bambou, c’est aussi le plaisir de contribuer à la diffusion d’une pensée particulièrement féconde et exigeante, comme toujours bienveillante. Celle de Bertrand Calenge.

Qu’il en soit ici très vivement remercié.

« Bertrand Calenge, vous prenez votre retraite après un parcours professionnel particulièrement foisonnant. Quelles sont les expériences qui ont le plus compté dans votre carrière ? Êtes-vous heureux d’avoir choisi ce métier ? »

En plus de 40 années passées comme conservateur de bibliothèque, j’avoue avoir bénéficié d’une chance exceptionnelle : aux années maigres (les « seventies » giscardiennes) a vite succédé l’imagination libérée des années Lang, puis l’aventure de la décentralisation territoriale, puis le revival des bibliothèques universitaires. En même temps, la technicité du métier a migré du catalogue sur fiches aux outils numériques les plus sophistiqués. Et les bibliothèques sont réellement entrées sur la scène publique durant ces 40 ans, immense bénéfice d’image, mais aussi immense défi ! Autant dire que cette histoire n’a pas permis une seule seconde de pouvoir verser dans la routine !
Chaque poste que j’ai occupé a été une expérience unique. Mais évidemment je reste plus marqué par ce qui m’a sollicité le plus d’innovation et d’imagination. Trois expériences ont été majeures de mon point de vue :
– Servir, organiser et structurer un territoire, au plus intime de son mode de fonctionnement : mes années dans plusieurs bibliothèques départementales ont été magnifiques de ce point de vue, avec une tendresse particulière pour ce qui était alors la BCP de Saône-et-Loire, que j’ai eu la chance de créer, puis organiser pendant près de 10 ans.
– L’opportunité d’imaginer et créer l’Institut de formation des bibliothécaires, aventure qui a duré 6 ans avant la fusion de l’IFB dans l’Enssib, fut également passionnante, non seulement car elle accompagnait de profondes modifications des statuts des personnels, mais surtout parce qu’elle m’a obligé, avec mon équipe, à remettre à plat les compétences et savoir-faire nécessaires aux professionnels à la toute fin du XXe siècle.
– Avoir la possibilité d’innover pendant 10 ans dans ce très grand et très foisonnant établissement qu’est la BM de Lyon fut enfin une chance inouïe. J’ai pu à la fois approfondir les modalités d’évaluation d’un tel réseau, élaborer des outils de facilitation de la gestion professionnelle, et être étroitement associé voire conducteur de projets innovants qui ont contribué à faire rayonner cette bibliothèque riche autant de son patrimoine que de son activité quotidienne au service des Lyonnais et de sa capacité à l’imagination.

Fourviere et le bouquiniste
Fourvière et le bouquiniste

La curiosité est un beau défaut
La curiosité est un beau défaut

L'heure du journal
L’heure du journal

« Durant ce parcours, le métier de bibliothécaire a connu de profondes transformations. Quelles sont celles que vous retenez ? Faisons-nous toujours le même métier aujourd’hui qu’il y a 40 ans ? »

Avec du recul, je me rends compte qu’au fond mon activité s’est toujours orientée vers l’assistance et la formation aux bibliothécaires, et paradoxalement moins directement vers les publics. Cela est patent pour les trois expériences que j’ai citées, mais je pourrais en dire autant de deux autres, la rédaction en chef du BBF ou pour finir la direction des études de l’Enssib. C’est sans doute pour cette raison aussi que depuis le début de ma carrière je ne peux m‘empêcher de publier articles et livres à l’attention de mes collègues…
Les formes de ce métier ont énormément évolué, et pas seulement pour des raisons technologiques. Il me semble que les bibliothécaires ont plongé dans la ville comme toutes les tensions et passions urbaines se sont immergées dans la bibliothèque. Il en est ressorti quelques évolutions majeures : la nécessité de savoir communiquer, le souci prioritaire d’inscrire l’action professionnelle dans des politiques publiques, et une exigence de service au plus près des publics.
Ce qui me frappe le plus, c’est le double mouvement professionnel qui s’est fait jour :
– Les bibliothécaires ont appris à organiser rationnellement et à maitriser ce qui avant n’était que fruit d’une tradition des pratiques professionnelles, en termes d’évaluations, de processus, etc.
– Paradoxalement, plus les technologies numériques virtualisent en quelque sorte la bibliothèque et l’information, plus la société est en demande de médiation humaine professionnelle. Le bibliothécaire d’aujourd’hui doit être aussi bien versé dans le numérique qu’immergé dans la médiation, sans pour autant négliger cette autre exigence inchangée : qu’il soit curieux et cultivé…

sourire en terrasse
Sourire en terrasse

les deux vieux
Les deux vieux

Deux visages deux regards
Deux visages deux regards

« Vous avez initié les politiques documentaires en France et fortement contribué à leur développement, tant par vos publications que par les groupes et rencontres professionnels que vous avez initiés et animés. En 2015, soit plus de 20 ans après la parution de votre 1er ouvrage, les demandes de formation en Poldoc sont croissantes et ne se limitent plus désormais à la question des acquisitions et du désherbage. Comment expliquez-vous une si longue « gestation » ? »

Cette question rejoint pour moi la précédente : il a fallu mener de front un processus de réflexion structuré sur les modalités de l’action publique à travers les collections, et opérer un renversement de regard qui considère comme centrales non plus les collections elles-mêmes, mais les multiplicités de besoins et d’usages des publics. Double évolution / révolution qui ne pouvait en aucune façon s’opérer instantanément ! De plus, le bibliothécaire est naturellement un être pragmatique : il essaye, regarde l’expérience d’un autre, tente à son tour, modifie tel ou tel point, etc. Si le processus est long dans ces conditions, il présente l’avantage de conduire à des convictions et méthodes fermement maitrisées.
Les 20 années en question ont été aussi une randonnée découverte. Partir des acquisitions était une évidence, arriver jusqu’à la question de la médiation documentaire supposait un long voyage, que la MIOP est une des rares à avoir parcouru jusqu’au bout ! Or ce voyage n’est jamais accompli par tel ou tel penseur seul. En matière professionnelle, c’est un chemin à parcourir en équipes, avec les enthousiasmes stimulants, mais aussi avec les inévitables réticences ou lenteurs !

les bas de demi-saison
Les bas de demi-saison

élégance
Élégance

vision fugitive
Vision fugitive

« Les technologies du numérique se sont emparées des bibliothèques, tant en termes de sélection que de médiation des contenus. Cette réalité d’hybridation des collections rend l’exercice du métier plus complexe et n’est pas, en plus des autres transformations à l’œuvre (nouveaux supports et usages de lecture, transition bibliographique, mises en réseau d’établissements, etc), sans susciter des peurs, des résistances… Quel regard portez-vous sur cette évolution/révolution ? »

Je ne suis pas sûr que le terme de « peurs » convienne vraiment ici. Il m’apparait clair que les professionnels connaissent aujourd’hui leur accointance nécessaire – voire leur dépendance – aux technologies du numérique et l’acceptent. Au fond, je parlerais plutôt de vertige grandissant : la première et facile accoutumance aux outils professionnels (j’ai réalisé ma première base de données de thésaurus sur le minuscule écran vert d’un petit IBM en 1983 !) s’est faite aisément, la mutation des documents sous une forme numérique a pris plus de temps (encore que ce soit maintenant largement acquis en musique notamment), le fait que grâce au numérique toute information devienne document potentiel donne déjà le tournis (comment se retrouver dans l’abondance des big data, à défaut même de la maitriser ?), enfin l’immersion même des publics dans ces technologies introduit un nouveau défi, celui du partage, de la prise de parole. Ajoutons à cela que cette évolution se développe dans un contexte juridique et économique extrêmement tâtonnant voire sauvage, pour comprendre le vertige que j’évoquais. Et nous n’en sommes sans doute qu’au début !
Ceci dit, je me méfie de la sidération technologique, et je conserve à l’esprit que le bibliothécaire est d’abord un metteur en ordre et en sens, un gardeur de traces, et un médiateur actif. Il doit l’être avec ou sans les technologies numériques. Mais il est clair qu’il ne peut plus l’être aujourd’hui sans ces dernières, et qu’elles offrent voire suscitent des possibilités extraordinaires !

acrobate : l'instant 1
Acrobate : l’instant 1

Verticales...
Verticales

quand j'étais danseur
Quand j’étais danseur

« On vous sait passionné de photographie, un domaine également très investi par le numérique. Peut-on faire là un parallèle avec l’évolution du livre ? »

Les contenus textuels du livre et les contenus iconiques de la photographie sont également traduisibles en bytes numériques, c’est ce qui les rend très proches. D’ailleurs, les bibliothèques sont nombreuses à acquérir, conserver et valoriser des fonds de photographies : la BM de Lyon – encore elle ! – dispose de près de 700 000 photographies dans ses collections, dont des milliers de chefs-d’œuvre, raretés inestimables qu’elle met en scène régulièrement. Néanmoins, je pense que le numérique a beaucoup plus bouleversé la photographie que le livre, d’abord parce que les formats de fichiers photo permettent d’obtenir et de conserver une énorme « épaisseur » d’information (la moindre image au format RAW de votre appareil photo pèse ainsi facilement plus de 40 MO : « une image vaut mille mots » dit un proverbe chinois !), ensuite parce que les technologies ont permis une immense appropriation sociale de la photographie, qui désormais a envahi la vie quotidienne, et s’échange quotidiennement sur les réseaux sociaux (le moindre téléphone portable est désormais doté d’un excellent appareil photo !) : ça, c’est véritablement innovant² ! D’ailleurs, la BM de Lyon, pour constituer ses collections photographiques régionales contemporaines, a recours aux dons numériques de nombreux contributeurs, qui en moins de 8 ans ont apporté plus de 10 000 clichés ! Je suis d’ailleurs fier de participer aujourd’hui personnellement à cette entreprise³.
Mon intérêt pour la photographie est ancien, effectivement, et je considère ce mode d’expression aussi puissant que le livre, tant par ses qualités documentaires que par ses possibilités narratives et esthétiques ! Cet intérêt se mêle en outre pour moi à la pratique photographique, activité à laquelle je peux me livrer de plus en plus, avec bonheur : c’est ma façon de raconter des histoires, moi qui n’ai guère de talent littéraire. Et j’apprécie particulièrement la photo de rue, qui me fait rencontrer mes contemporains avec une surprise toujours renouvelée et une émotion intacte. Au fond, ce sont ces personnes-là qu’en tant que bibliothécaire j’ai voulu servir pendant plus de 40 ans, et que je retrouve encore dans leur vie de tous les jours…. C’est une forme de respect et de continuité.

black stairs
Black stairs

Bienveillance barbue
Bienveillance barbue

Chaleur lyonnaise
Chaleur lyonnaise

¹La bibliothèque et la médiation des connaissances / Bertrand Calenge. Paris : Éditions du Cercle de la librairie, février 2015

²Ecoutez ce très intéressant podcast assez court (30’) de France Culture : « La mise en flux des images. Ce que le numérique fait à la photographie ».

³la collection Photographes en Rhône-Alpes

Les fantômes du funiculaire
Les fantômes du funiculaire

Reflet matinal
Reflet matinal

autophoto
Auto-photo

→ Voir la page Wikipédia consacrée à Bertrand Calenge

→ Voir le blog (« Carnet de notes ») de Bertrand Calenge

→ Voir les publications de Bertrand Calenge (catalogue BNF)

→ Voir le site Poldoc, conçu et animé par Bertrand Calenge

→ Voir toutes les photos de Bertrand Calenge sur Flickr

Koha à la bibliothèque du Saulchoir : retour d’expérience

Quelques mois après le déploiement de Koha à la bibliothèque du Saulchoir (Paris 13ème), Isabelle Séruzier*, chef de projet » Conversion rétrospective » et responsable de l’informatique documentaire, a bien voulu se prêter à notre jeu des questions-réponses et ainsi nous livrer son premier retour d’expérience.

Bambou : « Pourquoi la bibliothèque du Saulchoir a-t-elle fait le choix d’un logiciel libre et de Koha en particulier ? »
Isabelle Séruzier : « La bibliothèque du Saulchoir vient déjà du monde du « Libre ». Elle s ‘est informatisée en 1998 avec CDS/ISIS, logiciel distribué gratuitement par l’UNESCO
Elle a dû abandonner CDSisis qui ne gérait pas l’unicode, ne fonctionnait plus sur des postes en 64 bits et surtout n’était pas complètement UNIMARC (pas de gestion du label, non répétitivité des sous-champs …)
Cette première et unique expérience d’un logiciel libre nous a permis de définir les critères de choix du nouveau logiciel
– normalisé
– peu coûteux en mise en place et en maintenance
– libre et open source, pour ne pas dépendre d’une société pouvant à tout moment cesser le développement du produit, augmenter le coût de la maintenance ou l’interrompre, arrêter son activité
– implanté dans de nombreux sites et reposant sur une large communauté d’utilisateurs pour en garantir l’évolution et la pérennité
– pouvant être mis en place et maintenu par différents prestataires pour ne pas être tributaires d’un prestataire unique
Après avoir examiné différents logiciels libres (ABCD, J-ISIS, PMB), c’est Koha qui nous a paru correspondre le mieux à nos exigences. »

Bambou : « Comment s’est passée l’intégration (en termes technique, organisationnel…) ? »
Isabelle Séruzier : « Le passage à Koha comportait 2 volets, gérés très professionnellement et efficacement par Frédéric Demians (société Tamil)
– La migration des 70 000 notices saisies sous Isis
– La mise en place du logiciel dans la bibliothèque (modules catalogage, registre d’entrée des lecteurs et bulletinage) avec un choix tout à distance chez Tamil (hébergement, maintenance,  mises à jour et sauvegardes)
Pour la migration des notices, nous avons travaillé environ 6 mois sur une base test pour régler tous les problèmes de conversion des caractères accentués, faire migrer les données dans les sous champs appropriés et récupérer nos données locales.
Le passage en production fut très rapide. Il a consisté en une journée de formation du bibliothécaire administrateur, qui a pu ensuite former le personnel à la saisie. La bascule de CDS/ISIS vers Koha s’est ainsi faite du jour au lendemain. »

Bambou : « Quelles sont vos premières impressions sur le fonctionnement du logiciel ? Avez-vous des premiers retours de vos utilisateurs ? »
Isabelle Séruzier : « Les catalogueurs ont vite adopté de nouvelles habitudes de travail. Ils apprécient la simplicité d’utilisation de Koha, ses fonctionnalités (champs préremplis, plugins, dérivation de notices…), son caractère intuitif et sa convivialité.

L’administrateur apprécie d’avoir la main sur la page d’accueil de l’OPAC (pour y insérer les nouvelles de la bibliothèque, ajouter des liens…), de pouvoir ouvrir plusieurs instances de Koha (ce qui facilite la gestion du catalogue).
Les utilisateurs sont satisfaits d’avoir un catalogue en ligne à jour, qui contient tous les types de documents et dont l’interrogation est simple.
Les points faibles du logiciel sont pour nous la question des rapports et statistiques, complexes à maîtriser et indispensables pour nos rapports d’activité.
Difficile de faire des statistiques annuelles des nouveaux inscrits, des réinscriptions, d’établir les domaines de recherche de nos lecteurs, les diplômes préparés… »

Bambou : « Quels impacts ce choix logiciel a-t-il ou aura-t-il selon vous, notamment sur le plan de votre organisation, de vos choix stratégiques informatiques ? »
Isabelle Séruzier : « Nous avons trop peu de recul pour en avoir une vision claire.
Nous pouvons déjà dire que l’interopérabilité de Koha nous permet d’envisager :
– la collaboration avec d’autres bibliothèques dominicaines ce qui signifie une réduction des coûts de fonctionnement
– une participation simplifiée à des catalogues collectifs, améliorant notre visibilité

Bambou : « Quelles évolutions (fonctionnelles et/ou techniques) attendez-vous de Koha ? »
Isabelle Séruzier : « Nous attendons de Koha qu’il suive les évolutions des normes et de la technologie, garantie de cette interopérabilité qui nous parait fondamentale.
Concernant les améliorations pratiques, un affichage des résultats de recherche où l’affichage détaillé s’ouvrirait sous la notice abrégée serait plus confortable. Le mode d’indexation des données est parfois surprenant et sans rapport avec les mots recherchés. »

Bambou : « Envisagez-vous, à court ou moyen termes, de participer au développement fonctionnel du logiciel, de vous positionner comme un acteur-contributeur au sein de la communauté Koha ? »
Isabelle Séruzier : « Nous l’envisageons à moyen terme, quand sera achevé le chantier de la rétro-conversion.
Nous adhérons à l’esprit du Libre et sommes conscients que l’implication des utilisateurs est essentielle pour qu’il vive et se développe. »

Présentation de la bibliothèque du Saulchoir
Située dans le 13e arrondissement de Paris, elle est en France l’une des plus importantes bibliothèques privées et l’une des meilleures bibliothèques de sciences religieuses et d’histoire de la pensée médiévale.

Description des collections :

  • 250 000 monographies
  • 18 000 brochures, tirés à part
  • 6 700 titres de périodiques dont environ 400 vivants

Ce qui fait la richesse de la Bibliothèque du Saulchoir, c’est qu’elle est véritablement une « collection » documentaire qui, depuis sa fondation, est animée par l’esprit de l’Ordre des Prêcheurs : exigence scientifique, cohérence du fonds, refus total de toutes censures, reconstitution d’un fonds patrimonial (incunables, Renaissances, etc. livres anciens et livres précieux)
Son implantation, à Paris (depuis 1973), a un peu modifié l’ampleur de ses acquisitions, en particulier dans le domaine des sciences bibliques en raison de la présence de la BOSEB (Bibliothèque Œcuménique et Scientifique d’Etudes Bibliques de l’Institut catholique de Paris), mais même dans ce domaine, elle a toujours entretenu des grandes collections et son fonds ancien permet les travaux d’histoire de l’exégèse biblique.

Elle a aussi réuni un fonds spécialisé :

  • Une collection d’estampes populaires (en particulier d’histoire politique française de la fin du XIXème siècle,) de gravures et de dessins (l’œuvre du Père Besson, peintre dominicain décédé en 1861, inventaire de 1.500 pièces)
  • Quelques collection rares comme les 150 gravures de Dimitri Varbanesco, (l’un des membres de la deuxième école de Paris, à côté de Manessier, Le Moal, Bertholle, Etienne Martin, Elvire Jan, etc…)

Services
Elle offre 60 places assises en salle de lecture équipée d’un accès wifi, est ouverte au public 36 h par semaine et s’adresse à un public de religieux, étudiants, universitaires, chercheurs.
Les livres, titres de périodiques, brochures et tirés à part sont tous présents dans le catalogue.
Les notices de dépouillements des ouvrages collectifs, et des recueils factices seront intégrées fin 2013
Le financement de ce projet a été entièrement pris en charge par la Bibliothèque Nationale de France et la Fondation américaine Caritas Veritatis.

Adoption de Koha en mai 2011
– a permis la mise en ligne de l’intégralité du catalogue
– a permis d’intégrer le catalogue de la Commission Léonine et permettra d’intégrer celui de la bibliothèque du Centre d’études œcuméniques Istina dont l’informatisation est imminente
*

iseruzier@bibliothèquedusaulchoir.org

Koha à la BULAC : retour d’expérience

Quelques jours avant l’ouverture du symposium Koha (cru 2012), organisé par la BULAC (Bibliothèque Universitaire des Langues et Civilisations), Bambou saisit l’occasion d’interroger Corinne Hayet*, chef de projet Koha, pour un retour d’expérience d’intégration du logiciel Koha au sein de son réseau documentaire.

Bambou : « Pourquoi la BULAC a-t-elle fait le choix d’un logiciel libre et de Koha en particulier ? »

C.Hayet : « La BULAC a choisi de passer à un logiciel libre parce qu’elle ne trouvait pas de SIGB propriétaire disposant des fonctionnalités nécessaires à son module de communication. L’appel d’offre qu’elle a lancé en 2007 à ce sujet a d’ailleurs été déclaré infructueux, faute de réponse de la part des fournisseurs.
Le choix s’est porté sur Koha parce que c’est un logiciel nativement UTF8 (base de données). De plus, une étude réalisée par la société BibLibre en 2008 à la demande de la BULAC a montré que le passage à un logiciel libre, y compris avec des développements, ne coûterait pas plus cher à long terme qu’un SIGB propriétaire.
L’utilisation du logiciel libre est aussi une politique volontariste de la BULAC qui a recours aux logiciels libres dès que c’est possible : développement en 2009 d’un logiciel libre pour le déménagement et la gestion de l’implantation des documents dans ses magasins (OLIMP), outils de gestion interne (eGroupware, Cocktail, GLPI), équipement des postes professionnels avec Libre Office, postes publics de consultation sous Ubuntu et XBMC pour l’audiovisuel, bibliothèque numérique sous Omeka. »

……….
Bambou : « Vous avez financé des développements spécifiques pour adapter Koha à votre contexte. Quelles sont ces fonctionnalités ? »

C.Hayet : « Les développements réalisés ont donc principalement portés sur la création d’un module « communication » et d’un module « entrées et magasinage », sur l’amélioration de certaines fonctionnalités déjà existantes dans Koha (chargeur SUDOC, impression et exports avec utilisation de Jasper Report) ainsi que sur l’interfaçage avec les « briques » existantes ou non du SI (WebServices).
L’accent a ainsi été mis sur la réalisation d’un « SIGB intelligent » adapté au bâtiment et s’interfaçant avec des « briques » logicielles déjà en place ou prévues dans le futur système d’information (OLIMP pour la gestion dynamique des magasins, système de contrôle d’accès, allumage des voyants sur les tables de consultation, réservation d’espaces). »

………..
Bambou : « Comment s’est passée l’intégration du logiciel au sein de votre réseau (en termes technique, organisationnel…) ? »

C.Hayet : « La migration vers le SIGB Koha s’est traduite par la mise en place d’une structure projet (comité de pilotage, équipe de projet, groupes de travail, référentiel documentaire). Elle s’est faite parallèlement au transfert des collections et à l’emménagement dans un nouveau bâtiment.
Les développements ont été effectués par la société Progilone ou en interne (chargeur SUDOC, OPAC). La version de Koha à partir de laquelle ces développements ont été faits est la 3.02.00.004.
Ils ont été en priorité réalisés dans le code source de Koha (PERL). Toutefois, les fonctionnalités hors périmètre d’un SIGB classique ou pouvant être exécutées en local sur les postes professionnels ont été développées sur une technologie JAVA et intégrés visuellement dans l’interface de Koha.
La mise en production s’est faite de manière échelonnée en fonction des impératifs de service et d’installation dans le nouveau bâtiment : chargeur SUDOC, OPAC, recherche professionnelle, catalogage et bulletinage en mars 2011, acquisitions en novembre 2011, communication et magasinage-entrées entre décembre 2011 et janvier 2012. »

………..
Bambou : « Quelles sont vos premières impressions sur le fonctionnement du logiciel ? » Avez-vous des premiers retours de la part de vos utilisateurs (professionnels comme usagers)? »

C.Hayet : « Il s’agit d’un logiciel assez facile de prise en main et d’ergonomie. Les difficultés rencontrées tenaient moins à la prise en main de l’outil, qu’à l’appropriation de nouvelles procédures (communication, catalogage et exemplarisation, acquisitions) et d’un nouveau bâtiment. Un effort tout particulier a été porté à la formation, réalisée en interne par des formateurs-référents. »

………..
Bambou : « Quelles évolutions (fonctionnelles ou techniques) attendez-vous de Koha sur les courts et moyens termes ? »

C.Hayet : « Les principales évolutions attendues sont celles concernant les modules « acquisitions » et « périodiques ». Ce sont là les deux « points faibles » de Koha. Nous attendons d’ailleurs avec impatience de voir les développements qui ont été réalisés à ce sujet dans la version 3.8.
Nous attendons aussi un changement sur le moteur d’indexation qui peut présenter actuellement certaines faiblesses et étudions un passage à SOLR qui permettrait à terme la mise en place d’un outil de découverte. »

………..
Bambou : « Envisagez-vous de poursuivre votre action de contributeur au sein de la communauté Koha ? »

C.Hayet : « Oui, l’une de mes tâches prioritaires dans les prochains mois va être de mettre à disposition de la communauté les développements réalisés dans le cadre de notre marché. Nous savons que la fonctionnalité de pré-inscription, notamment, est déjà très attendue par d’autres établissements.
Nous réfléchissons également à poursuivre nos développement avec un module « conservation » pour la gestion des trains de reliure. »

*corinne.hayet@bulac.fr

en complément de l’entretien, voir la fiche-synthèse du projet Koha à la BULAC

quelques infos sur la BULAC :

  • Surfaces :
    • Magasins -> 5000 m²
    • 3 salles de lecture -> 5000m²
  • Lecteurs -> 7500 (au 27 avril 2012)
  • Volume total -> 1,5 millions, dont 200 000 en libre-accès
  • Communication :
    • Prêts -> 1500 prêts pour semaine
    • demandes de communication -> 1000 demandes par semaine
  • Ouverture du lundi au samedi de 10h à 22h.

De PMB à Koha : retour d’expérience de la BU de l’ICT

Bambou poursuit ses consultations auprès des utilisateurs du logiciel libre Koha en relatant cette fois-ci un cas un peu plus singulier puisqu’il s’agit là, non pas d’une migration d’un logiciel propriétaire vers Koha, mais de celle d’un logiciel libre (PMB) vers Koha (lequel, rappelons-le, est libre ET communautaire). On remercie donc Magali Hurtrel Pizarro, conservateur de la Bibliothèque Universitaire de l’Institut catholique de Toulouse, de nous livrer ce retour d’expérience, quelques mois seulement après la mise en service de Koha au sein de son établissement.

Bambou : « Pourquoi la Bibliothèque universitaire de l’Institut catholique de Toulouse a-t-elle fait le choix de changer de logiciel libre en passant de PMB à Koha ? »

Magali Hurtrel Pizarro : « Le choix de migrer de PMB à Koha a été principalement motivé par notre souhait de rejoindre le réseau du Sudoc. Ce passage de l’un à l’autre était un pré-requis dans la mesure où le logiciel PMB n’était pas pourvu d’une passerelle d’échange Sudoc-SIGB et que nous ne pouvions envisager d’en financer le développement. Les retours d’expérience positifs de structures documentaires universitaires, notamment du sud-est de la France, ou de l’Institut des sciences de l’homme, à qui je renouvelle mes remerciements pour leur disponibilité, nous ont permis de confirmer notre choix avec sérénité. Le choix du passage de PMB à Koha a facilité également notre connexion au portail Origène, meta-catalogue des bibliothèques des 5 instituts et universités catholiques françaises (http://origene.univ-cathofrance.fr/)

Principaux critères (entre autres) vus comme apportant une valeur ajoutée :

  • une meilleure gestion du format UNIMARC et des autorités matières RAMEAU
  • une gestion des liens pour signaler les filiations des ressources continues
  • une valorisation des nouveautés par le biais d’une requête pérenne (tag de notices). »

……….

Bambou : « Comment s’est passée l’intégration (en termes technique, organisationnel…) ? »

Magali Hurtrel Pizarro : « L’intégration réalisée en 2011 par la société TAMIL s’est très bien passée.En quelques mots, le projet s’est déroulé sur un an environ, de la rédaction du cahier des charges au choix du prestataire qui allait nous accompagner dans ce changement d’envergure, à la migration des données, et enfin à la mise en ligne de la nouvelle interface du catalogue « aux couleurs » de notre bibliothèque.

En termes techniques, les plus grandes difficultés semblent avoir été la récupération des notices « filles », propres à PMB et les bulletins de périodiques qui sont devenus des notices d’articles, interrogeables aujourd’hui par mot du titre.

En termes de fonctionnalités, ce projet a sollicité beaucoup d’ingéniosité de la part de Frédéric Demians (Tamil) pour répondre au plus près à nos attentes. Les liens de filiation entre notices de périodiques, notamment, est une grande réussite, particulièrement appréciée de nos lecteurs. Les transferts réguliers du Sudoc vers Koha sont opérationnels et nous avons réalisé la première partie de la localisation automatique de nos données (issues de PMB) dans le Sudoc.

En terme organisationnel, et dans la dynamique de deux déploiements simultanés, presque trois (Koha, Sudoc et Origène), nous ne pouvons que nous réjouir du chemin parcouru (à titre indicatif, la première informatisation de la bibliothèque de l’ICT date de 2005 avec PMB).

Cela a été un réel travail d’équipe ! De nouveau, un grand merci à Frédéric Demians (Tamil), l’équipe de l’ABES et aux bibliothèques de l’UDESCA« .

……….
Bambou : « Quelles sont vos premières impressions sur le fonctionnement du logiciel ? » Avez-vous des retours de vos utilisateurs ?

Magali Hurtrel Pizarro : « Nous sommes ainsi que nos utilisateurs globalement très contents. Une enquête de satisfaction portant notamment sur cette récente évolution sera prochainement distribuée à nos lecteurs. Nous aurons alors plus d’éléments de réponse.

Concernant les fonctionnalités prévues pour les utilisateurs, tout n’est pas encore finalisé. Nous pensons particulièrement au compte-lecteur que nous espérons mettre à disposition de nos étudiants et enseignants à partir de septembre prochain (en lien avec l’annuaire LDAP de l’établissement, en cours de déploiement)« .

……….
Bambou : « Quelles évolutions attendez-vous de Koha sur les court et moyen termes ?

Magali Hurtrel Pizarro : « Il nous manque un peu de recul pour véritablement nous projeter pour le moment, surtout dans un contexte de réflexion intense sur le web sémantique.Néanmoins, il semble que certains liens pourraient être développés (par exemple, entre les différents supports : texte imprimé et document numérique). Les fonctionnalités de recherche en OPAC pourraient aussi être améliorées, notamment concernant les autorités matière (termes « employé pour », etc. / « commence par » au lieu de « contient » seulement). A méditer donc… ».

……….
Bambou : « Envisagez-vous de participer au développement fonctionnel du logiciel, de vous positionner comme un acteur-contributeur au sein de la communauté Koha ? »

Magali Hurtrel Pizarro : « Oui, pour le bien commun, dans la mesure de nos moyens, bien sûr ! ».

……….

Quelques infos sur la BU de l’ICT

sa mission : répondre aux attentes de la communauté universitaire de l’ICT non seulement en matière de documentation mais aussi en terme de méthodologie de recherche.

sa collection :

  • 20 000 volumes en libre-accès, 250 000 ouvrages en magasin consultables sur demande, ainsi que 300 titres de revues, reflétant les domaines d’enseignement de l’I.C.T.
  • une collection patrimoniale évaluée à 25 000 volumes qui présente des trésors tels le Livre des Rois, quelques incunables et autres fonds essentiellement religieux.
  • le fonds du Centre d’Etudes Africaine, Arabe et Asiatique qui comprend de nombreux ouvrages dans les domaines des missions, de la théologie et de l’anthropologie culturelle.
  • 5000 prêts / an

ses services :

  • Aide à la recherche et orientation du lecteur
  • Postes informatiques dédiés à la recherche documentaire
  • Accès WIFI et Internet
  • Photocopieuse et impression de vos résultats de recherche à partir des ordinateurs de la B.U. (vente de la carte à la B.U)
  • Prêt entre bibliothèques (PEB)

ses publics : 2000 étudiants environ

 

le release manager de Koha 3.8 répond à Bambou

Paul Poulain*, nouveau release manager du SIGB Koha (version 3.8), et également co-fondateur de la société BibLibre, a bien voulu nous éclairer sur le mode de gouvernance qui structure et anime désormais la communauté internationale des développeurs du logiciel libre Koha

Bambou : « Vous êtes actuellement le release manager de la version 3.8 communautaire de Koha. Pouvez-vous nous préciser en quoi consiste cette fonction ? »

Paul Poulain : « La communauté Koha rassemble des contributeurs des quatre coins du monde. Un travail de coordination est donc nécessaire pour que les contributions s’assemblent de la manière la plus harmonieuse possible. Afin qu’un nouveau contributeur puisse identifier « qui fait quoi », un certain nombre de responsabilités doivent être nominatives. Parmi celles-ci :

  • le Release Manager = il est responsable de la coordination des travaux en vue du développement de la version du logiciel qui sera diffusée à la prochaine publication. Depuis 18 mois, notre cycle de publication est basé sur le principe « Time Based Release », c’est à dire 1 publication tous les 6 mois (fin avril et fin octobre). Le contenu de la publication n’est donc pas défini à l’avance : ce qui est prêt est publié. Ce qui ne l’est pas est repoussé au cycle suivant. C’est justement le rôle du Release Manager de coordonner et trancher en cas de difficulté.
  • le Release Maintainer = il est responsable de la maintenance de la dernière version stable publiée (à ce jour, la version 3.6)
  • le QA manager = il est chargé de définir et contrôler la qualité technique du code qui « rentre » dans l’application. Ce rôle est très important même si invisible, car c’est grâce à la QA que l’application reste « lisible » et « maintenable ». Le QAM est assisté de QA Assistants, qui l’aident dans sa tache de contrôle.
  • Dans les autres responsabilités, citons le « documentation manager » (responsable de la documentation -en anglais-) le « translation manager » (responsable du site sur lequel sont faites les traductions) et le « packaging manager » (responsable de la fabrication et publication des « paquets » Koha pour différentes distributions de Linux -à commencer par Debian-) »

Bambou : « Comment êtes-vous désigné et par qui ? »

Paul Poulain : « Généralement 2 mois avant une release, une page de wiki est ouverte par quelqu’un (n’importe qui), pour demander « qui est candidat à quel rôle pour la prochaine version? ». Pour la prochaine version, la page est visible ici. N’importe qui peut être candidat et, s’il y a plusieurs candidats, un vote est organisé. Il n’y a eu que très rarement besoin d’un vote jusqu’à présent. En effet, ces différentes responsabilités ne sont pas des sinécures, elles demandent beaucoup d’investissement, et ne rapportent rien, sauf des complications dans son quotidien !
Pour la prochaine version (baptisée 3.10 pour l’instant), vous pourrez constater que nous avons encore plusieurs postes vacants, dont celui de QA Manager, le précédent QAM ne souhaitant pas poursuivre.
Pour ce qui me concerne, j’ai postulé pour rester Release Manager parce que j’estime qu’un seul cycle de 6 mois, c’est trop peu. Je me porterai peut-être volontaire pour un 3eme cycle dans 6 mois, mais ce n’est pas sûr, et en tous cas sûrement pas pour un 4eme ! Pour l’instant, j’ai encore de nombreuses idées que je souhaite mettre en place. »

Bambou : « Quel temps consacrez-vous à cette activité ? »

Paul Poulain : « Lorsque j’ai posé ma candidature, nous (la direction de BibLibre) avions convenu que j’y passerai un mi-temps. Dans les faits, j’y consacre un peu plus qu’un mi-temps. Et je ne travaille pas que 35H par semaine. Par contre, je réussis à préserver mes week-ends de manière très stricte et j’y passe quelques soirées, mais j’évite que ce soit fréquent. Le travail possible est tellement important que 2 personnes pourraient y consacrer un plein temps sans difficulté ! »

Bambou : « Quels sont les critères d’acceptation ou de refus d’un patch soumis par les développeurs ? »

Paul Poulain : « Pour être inclus dans Koha, un « patch » (= des lignes de code source qui corrigent un bug ou ajoutent une fonctionnalité) doit passer plusieurs étapes:

  • être soumis via la plateforme, avec un formalisme décrit sur notre wiki communautaire
  • être testé par une tierce personne du point de vue fonctionnel. Lorsqu’un testeur (n’importe qui, il n’y a pas besoin de s’inscrire pour ce faire) a testé le patch et constaté qu’il règle bien le problème décrit ou ajoute la fonctionnalité annoncée va « signer » le patch, toujours sur la plateforme
  • être passé au tamis de la QA. la personne de l’équipe de QA qui va regarder le patch va vérifier s’il respecte nos règles de développement, notamment la conformité avec nos « coding guidelines« 
  • enfin, le Release Manager va vérifier une dernière fois le patch et l’inclure dans Koha. Le RM a le « mot de la fin » dans tous les cas. S’il estime qu’il serait utile qu’une autre personne teste le patch, que son intégration est « dangereuse » pour la stabilité du code en général,… il peut le refuser. Certains me demandent combien de patches je rejette, je dirais qu’1 patch par semaine, au maximum, pose problème.

Dans la plupart des cas le rejet n’est pas définitif. Lorsqu’un patch ne « revient pas » après avoir été rejeté une première fois, c’est généralement parce que celui qui l’a soumis ne répond pas à nos demandes. Dans ce cas, il arrive parfois qu’une autre personne prenne le patch en charge, mais c’est assez peu fréquent.
Ajoutons que les patches qui correspondent à une correction de bug ne posent généralement pas de problèmes importants et qu’il arrive que j’accepte des corrections de bugs importants même si la solution proposée n’est pas idéale techniquement. L’efficacité prime. »

Bambou : « Pensez-vous que le modèle de gouvernance actuel est satisfaisant ou en attendez-vous des évolutions, au regard notamment de l’expansion considérable de Koha sur le plan international ? »

Paul Poulain : « C’est une question très large, et également très sensible… Comme toutes les communautés Open Source -ou presque-, l’écosystème Koha fonctionne sur le principe de la « méritocratie« .
Certaines communautés ont une organisation s’apparentant à des cercles concentriques, avec un noyau ayant une autorité et des droits plus importants que les cercles périphériques. La communauté Koha est strictement basée sur le principe « 1 personne = 1 voix ». Cela signifie qu’il faut toujours être convaincant lorsque l’on porte une idée.
Cette situation me convient plutôt, mais elle aboutit parfois à des blocages lorsqu’il n’y a pas de consensus. Et le blocage signifie que l’on ne change rien à une situation dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle n’est pas bonne.
Heureusement, ce genre de blocage est rare, et en général, celui qui apporte une idée sur la balance, avec la réalisation de cette idée, est bien accueilli !
Un autre souhait que je pourrais formuler serait que plus de bibliothécaires s’impliquent dans la gouvernance du projet. Il y a quelques profils « mixtes » (Katrin -allemande-, Liz et Owen -américains- ou Magnus -norvégien-), mais la plupart des participants réguliers et assidus ont un profil de développeur. »

Bambou : « Quelles sont vos motivations à exercer une telle responsabilité, au-delà des compétences techniques qui sont les vôtres ? »

Paul Poulain : « Vaste question… à laquelle je peux donner plusieurs réponses, toutes sincères et vraies. Tout d’abord, j’ai fait mienne la devise suivante : « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ». Au final, je préfère aller plus loin que plus vite. Par ailleurs, BibLibre est le plus gros contributeur de Koha. Il m’a donc paru logique que nous poussions notre participations aussi au niveau « RM ». Il m’a aussi semblé que j’avais quelques idées qu’il serait plus facile de mettre en œuvre en étant Release Manager, « en tenant la barre » en quelque sorte.
Enfin, je suis un « libriste », avant d’être un « chef d’entreprise ». BibLibre ayant la taille et les moyens d’investir dans cette œuvre commune, il nous a semblé que c’était cohérent avec notre « mission » d’entreprise. »

*Ingénieur en Informatique, Paul Poulain a travaillé pour l’assurance maladie et, à la fin des années 1990, dans une start-up du secteur de la vente en ligne. Il s’implique dans des projets de logiciels libres depuis 1998. Contributeur aux développements de Koha depuis 2001, il s’est engagé à temps plein dans ce projet dès 2002. Il en est l’un des plus importants développeurs, ayant en particulier mis en œuvre la gestion des formats MARC. Dans ces différentes activités, Paul Poulain a ainsi œuvré depuis 2001 à faire connaître les logiciels libres dans le monde des bibliothèques.
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Koha au SCD Limoges : retour d’expérience

Bambou poursuit ses consultations auprès des utilisateurs du logiciel libre Koha en interrogeant cette fois-ci nos collègues du SCD Limoges. Nous remercions ainsi Pierre Angot et tous les membres de son équipe de nous faire ce généreux et stimulant retour d’expérience, qui ne manquera pas d’intéresser celles et ceux qui, dans le contexte des réseaux de bibliothèques universitaires en particulier, s’interrogent sur le choix d’un nouveau SIGB et d’une nouvelle démarche entrepreneuriale.

Bambou : Pourquoi le SCD Limoges a-t-il fait le choix d’un logiciel libre et de Koha en particulier ?

SCD Unilim : Depuis 1998, le SCD utilisait Absys, dont la dernière évolution date de 2006. Il commençait donc clairement à dater. De plus, la maintenance prenait fin en décembre 2010. L’appel d’offre était ouvert. Nous avons mis l’accent sur les fonctionnalités attendues, sans évoquer un logiciel libre ou privateur. La première option avait été évoquée en interne mais nous ne souhaitions pas préjuger de la qualité des offres qui allaient être soumises. L’analyse a été faite module par module puis l’équipe projet a confronté les résultats afin de pouvoir noter en toute équité les prestataires. Deux solutions sortaient du lot en termes de fonctionnalités immédiatement disponibles et de gestion de projet. La solution propriétaire était une solution performante sans doute adaptée à un environnement plus lourd que celui du SCD de Limoges. L’offre retenue (Koha par la société prestataire BibLibre) alliait différents avantages : une réponse très adaptée aux demandes formulées en termes de fonctionnalités (disponibles sans développements grâce à Solr), des possibilités de personnalisation de l‘OPAC, le respect du calendrier demandé, ainsi que le coût adapté aux capacité du SCD. Si le choix s’est d’abord fait sur les fonctionnalités, nous avons été ravis de voir que toutes les analyses concordaient à placer en tête une solution libre.

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Bambou : Comment s’est passée l’intégration (en termes technique, organisationnel…) ?

SCD Unilim : A la base, une équipe de trois personnels du SCD était sur le projet : Stéphanie Bouvier (ancienne administratrice et chef de projet, actuellement au SCD d’Angers), Véronique Siauve (coordinatrice Sudoc et catalogage), Marie Lissart (conservatrice, responsable de la section santé et de la documentation électronique). Deux autres personnels sont impliqués : Jean-Louis Gayot (informaticien détaché du SCI, assure des tâches de maintenance ainsi que la liaison avec le SCI) et Laurent Léger (webmaster du SCD, à qui nous devons l’OPAC). En août, Pierre Angot (contractuel sans expérience mais avec une grosse motivation ^^) a remplacé Stéphanie à la tête du projet ; il sera lui même remplacé en avril prochain par Frédéric Durand (qui a participé au projet Koha à Lyon 2, actuellement en formation post-concours à l’enssib). Fin novembre, l’équipe a été augmentée de deux membres : Isabelle Massacrier (communication interne et périodiques) et Carine Deschamps (acquisition et catalogage). Il est à noter que la direction a donné carte blanche à l’équipe en lui accordant une confiance totale. Le travail préparatoire s’est déroulé sur une très courte période. Il a été réalisé principalement par Stéphanie et Véronique. Un premier travail de nettoyage et de rationalisation de la base de données a été réalisé fin 2010-début 2011 lors de l’intégration des catalogues de l’IUFM (sous Cassiopée) dans Absys, travail réalisé sans aucune aide des prestataires-old. L’idée était que les données soient propres pour un transfert simplifié. L’extraction et la préparation des données ont été faites en interne dans Access. Le plus gros du travail a été mené sur les périodiques afin de faciliter la reprise rapide du bulletinage. Ainsi, les fascicules et collections ont-ils été repris avec un traitement préalable en interne, par requêtes SQL, pour nettoyer le passif, mais aussi des notes précisant le type de chronologie, et les numérotations et chronologies supposées pour chaque collection. Les requêtes utilisées peuvent être fournies à la demande à adminkoha@unilim.fr. Au niveau de l’infrastructure, notre service informatique nous a proposé un hébergement des serveurs sous la forme de machine virtuelle (Vmware). Nous disposons d’une paire de machine : Koha et Solr, avec une version en pré-production de chacune. Nous tournons sur la version 3.2 de Koha (branche biblibre/Solr) et la 1.4 de Solr. Le calendrier, ultra resserré, s’est déroulé de la manière suivante :

  1. Mi-octobre à mi-décembre 2010 : rédaction du CCTP
  2. Début janvier 2011 : publication de l’appel d’offre.
  3. Début avril 2011 : notification.
  4. Mi août : changement d’administrateur.
  5. Fin aout/début septembre : formation des utilisateurs professionnels.
  6. Passage officiel en production le 19 septembre (officieusement le 16 ou le 17).
  7. Formations des étudiants dès le 26 septembre.
  8. Courant octobre, mise en place (par Laurent, après 4 semaines de travail acharné) de notre OPAC perso et premiers tests de la Moulinette SUDOC avec SolR.
  9. Novembre à janvier : déploiement des développements spécifiques (OAI, CSS smartphone, import de notre base de documentation électronique).
  10. Fin décembre 2011 : arrêt de la maintenance d’Absys. On peut considérer que, côté SCD, ce calendrier a été stimulant même si le projet aurait gagné à une répartition des tâches sur plus de personnels. Un temps plus long aurait peut être permis de réfléchir à une harmonisation plus grande des pratiques (… ou pas !). Même si certaines opérations ont été sportives et ont causé des sueurs froides, aucun bibliothécaire n’aura été blessé durant l’épreuve ^^. Nous apprécions le travail avec Biblibre, notamment avec Laurence Lefaucheur, chef de projet compétente et fiable. Nous avons un point hebdomadaire, où nous abordons principalement les derniers développements en cours, ainsi que les bugs qui se posent. En interne, nous multiplions les informations à destination des collègues. Afin d’assurer une bonne communication sur l’avancement, le chef de projet envoie régulièrement des messages par liste de diffusion. Un espace (Budypress) a également été déployé en interne afin de proposer des procédures et pour répondre aux questions les plus fréquentes. La dimension sociale de cet outil étant sous-exploité, il évoluera vraisemblablement (Dokuwiki, ou intégration dans l’intranet par ex).

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Bambou : Quelles sont vos premières impressions sur le fonctionnement du logiciel ?

SCD Unilim : L’impression globale est excellente. Même s’il faut avouer que nous nous sommes posés des questions à l’issue des formations pro. Nous avons senti quelques craintes au niveau de l’absence de cloisonnement des différents modules comme c’était le cas pour Absys. Ces appréhensions ont été levées dès le premier jour d’utilisation. Les seules véritables interrogations ont concerné le module périodiques. Mais la gestion des périodiques est complexe à mettre en œuvre quel que soit le système choisi. Le lancement prochain du module acquisition risque fort d’entraîner aussi une prise en main difficile. Il constitue une double nouveauté sur le plan du logiciel et sur le plan des usages. Nous avons noté des rattachements erronés de prêt à des lecteurs mais en supprimant la préférence système d’auto-complétion, le problème a diminué. Au quotidien, quelques éléments reviennent souvent. Les prêts et retours sont plus lents que sous Absys, malgré une mise en queue efficace de l’indexation Solr. Par lenteur, j’entends que nous avons le temps de tamponner la date de retour et de démagnétiser le document avant son enregistrement. La recherche d’exemplaires fait l’objet de plaintes régulières, mais là il nous faut attendre une évolution de Solr. Le module catalogage, beaucoup plus ergonomique que celui d’Absys, donne entière satisfaction. On regrette cependant de ne pouvoir dupliquer un exemplaire existant et de ne pouvoir modifier directement (en un clic) un exemplaire précis. Enfin, l’interface pro va nécessiter quelques ajustements au niveau du XSLT afin d’assurer une présentation plus performante et ergonomique, et d’améliorer l’affichage des notices bibliographiques. Du côté administration, aucun problème à soulever. L’outil est très simple à prendre à main et là, c’est l’administrateur actuel qui parle, celui pour qui ce travail est sa première expérience en bibliothèque et qui n’avait jamais bossé sur un SIGB. Nous avons un reproche, mais qui n’est pas spécifique à Koha, et qui concerne les statistiques. Le recours au SQL est trop fréquent, les collègues ne sont pas autonomes pour des statistiques courantes. Travailler sur un outil libre est très satisfaisant, nous pouvons l’adapter à nos besoins, et corriger nous même certains points. C’est ce qui nous a notamment permis de lancer un OPAC personnalisé. Même si, à terme, cette bonne idée au départ risque de s’avérer lourde pour Laurent. La réactivité de Biblibre joue aussi un rôle dans ce ressenti. Pour terminer sur ce point, il y a quand même une ombre noire au tableau : des plantages quasi hebdomadaires depuis octobre suite a une saturation de la mémoire de la machine par un script (aléatoire). Pour faire simple, toute la RAM physique est consommée avant de saturer la SWAP. Fatalement, à un moment donné, le serveur lève les pouces et déclare forfait. Il semble que depuis la dernière mise à jour de l’OS du serveur, l’OOM killer soit plus efficace. Le système reprend la main tout seul. Toute notre attention s’est portée sur ce problème depuis novembre. Hélas, pour le moment, rien de concluant puisque nous ne parvenons pas à reproduire les conditions qui occasionnent la saturation de la mémoire par un script.

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Bambou : Avez-vous des premiers retours de vos utilisateurs ?

SCD Unilim : Nous n’avons que peu de retours des usagers sur l’OPAC, seulement quelques félicitations de certains lecteurs. Cette question nous incite à prévoir une enquête en ce sens. Cela nous permettra aussi de mettre en relief certains outils auxquels nos usagers n’étaient pas habitués. Néanmoins, ils réagissent de façon très régulière (cela durera-t-il ?) aux messages envoyés automatiquement par Koha : messages d’excuse en cas de retard, demandes de prolongation ou avertissement dans le cas d’un ouvrage déjà rendu et non enregistré par la bibliothèque. Sans oublier les messages indignés de la part de certains usagers (vous savez, ceux qui demandent un traitement de faveur). Ces réactions ne sont pas anormales ; jusqu’à présent, aucune de ces tâches n’étaient automatisées. Les étudiants ont beaucoup apprécié de pouvoir modifier leurs coordonnées personnelles. Mine de rien, il s’agit d’une amélioration de service à l’échelle de l’université et non du seul SCD puisque nous avons obtenu un accès à la base Apogée, qui nous permet de faire les mises à jour directement. L’absence de retours négatifs nous laisse croire à une bonne appropriation par les lecteurs de ce nouveau service.

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Bambou : Quelles évolutions (fonctionnelles ou techniques) attendez-vous de Koha ?

SCD Unilim : Tout d’abord, certains de nos développements sont à enrichir. Le premier concerne la version smartphone, qui au lieu d’une modification de la feuille de style risque de s’orienter vers un  dédié à ces terminaux. Nous continuons à envisager des développements sur le module acquisition (devis en cours) : duplication d’un budget d’une année à l’autre, transfert par lots des lignes de commande d’un bon à un autre, rattacher une ligne de commande au module adhérent avec envoi de mails, personnalisation des bons de commande,… L’usage quotidien a révélé quelques évolutions intéressantes à envisager. Comme évoquée précédemment, la recherche d’exemplaire n’est pas ergonomique : en recherchant par code-barre, on aboutit à la notice bibliographique. Des demandes reviennent pour aboutir directement à l’exemplaire. Il serait intéressant de pouvoir créer des abonnements pour les périodiques morts sans être obligés de paramétrer l’échéancier. De même, pouvoir arrêter proprement un abonnement serait appréciable, car actuellement, il reste ouvert avec un ultime numéro en attente. Enfin, le module bilans et statistique est une faiblesse. Il devrait couvrir la majorité des besoins, le recours au SQL ne se faisant qu’en cas de demande particulière (ESGBU, au hasard). Or, actuellement, c’est l’inverse. L’utilisation d’un outil externe (Birt ou Jasper Report) est envisagée afin de palier cela, mais avouons que c’est dommage.

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Bambou : Envisagez-vous de participer au développement fonctionnel du logiciel, de vous positionner comme un acteur-contributeur au sein de la communauté Koha ?

SCD Unilim : Il nous semble important de rendre à la communauté ce qu’elle nous a donné. C’est la suite logique qui découle de notre choix initial. Il serait dommage de ne pas le faire, car le SCD possède les compétences en interne (ce qui, somme toute, est assez rare dans nos établissements) et la volonté (idem). Afin d’initier cela nous avons des discussions en local avec la Bfm pour envisager des développements conjoints en 2012, qui soient compatibles avec les évolutions communautaires de Koha. L’administrateur du SIGB doit avoir ce rôle : implication dans la communauté via la/les listes (fr + en), développements validés par la communauté Koha, participation aux symposiums, participation au Hackfest Biblibre, participation à Kohala, participation à la traduction en français, peut être production de documents d’aide, contact avec les différentes bibliothèques ayant choisi Koha (nous n’osons pas parler de collaboration…). C’est une une longue liste, mais c’est surtout pour énumérer toutes les possibilités d’implication entrevues, sans vouloir dire qu’il fallait faire tout ça

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Quelques informations sur le SCD Limoges

L’Université de Limoges est une université pluridisciplinaire qui couvre tout le territoire de la région Limousin : des sites universitaires sont implantés sur les trois départements (Haute-Vienne, Corrèze et Creuse).

En 2009-2010, la communauté se composait de 14 000 étudiants et 1 500 personnels. Le SCD regroupe quatre bibliothèques universitaires et quinze bibliothèques associées ou intégrées. Les catalogues des bibliothèques de l’IUFM ont été intégrés en 2010. Entre soixante-dix et quatre-vingt personnes sont susceptibles d’utiliser quotidiennement l’interface professionnelle du SIGB.

Le SCD Unilim en chiffres (décembre 2011) :

  • Nombre de notices biblio : 327 500, dont 310 800 à l’import
  • Nombre d’exemplaires : 460 000, dont 450 000 à l’import
  • Nombre d’adhérents (emprunteurs) : 6 800

→ Voir la carte des BU de Limoges

→ Voir les e-ressources du SCD Limoges

→ Voir les fonds précieux du SCD Limoges

 

la MIOP choisit WebKiosk

La MIOP a mis en service la dernière brique open source de son système d’information documentaire avec le logiciel WebKiosk, une solution (conçue par la société Aésis Conseil) qui présente de nombreuses qualités techniques et fonctionnelles* et qui offre des perspectives de développement communautaire sur le moyen terme (à l’image, en France, des 3 sociétés supports autour de Koha).

Et comme ce fut le cas avec lesdites sociétés (voir ici et ), Bambou a souhaité mieux connaître ces nouveaux acteurs du libre en interrogeant Franck Goirand et Marco Simondot, les 2 dirigeants de la société Aésis Conseil

Bambou : Quels sont vos domaines d’expertise, vos profils ?

Franck Goirand : De formation ingénieur informatique industrielle, j’ai d’abord été administrateur système pendant 6 ans dans une société de télécommunication puis chef de projet grands comptes chez un éditeur de logiciel propriétaire pendant 5 ans. Une faillite de cette société éditrice, laissant par conséquent tous ses clients sans aucun support sur la solution vendue, m’a amené à réfléchir sérieusement sur le fonctionnement des logiciels dits « propriétaires ». A partir de cette réflexion, nous avons créé avec Marco la société Aesis Conseil en septembre 2003, spécifiquement dédiée à la promotion du logiciel libre aussi bien dans les sociétés privées que dans les administrations. Le logiciel AesisGDM devenu par la suite WebKiosk (distribué sous en GPL) est né en 2004 par la demande de l’un de nos clients historiques.

Marco Simondo : De formation « analyste développeur », j’ai d’abord été développeur pendant 3 ans dans une société de télécommunication (la même que Franck). Ensuite, j’ai été administrateur système pendant 6 ans chez un éditeur d’un logiciel propriétaire spécialisé dans la télédistribution et la gestion de parc. Dans cette fonction j’ai acquis une bonne connaissance des systèmes Unix des différents éditeurs (IBM, SUN, HP). Après la mise en liquidation de la société, nous avons décidé avec Franck de fonder Aesis Conseil, en profitant de l’essor et de la professionnalisation des solutions libres pour les entreprises et les administrations. L’esprit communautaire et le bouillonnement permanent de cet univers constituent pour moi un magnifique défi à relever au quotidien.

Bambou : Vous avez résolument opté pour les solutions libres. Pour quelle(s) raison(s) ?

Marco Simondo : Nous pouvons dire que les logiciels libres apportent une valeur ajoutée incontestable en matière de contenu fonctionnel et de « développement technique durable ». Il est en effet possible de proposer aujourd’hui des solutions clé-en-main s’articulant autour de composants divers, tous issus du libre (le système d’exploitation, les applications proposées aux usagers, l’application métier, etc.). Les destinataires de ces solutions ne sont pas de simples acheteurs de prestations mais des partenaires avec lesquels il faut évaluer les besoins, les contraintes, les attentes des usagers et du personnel des bibliothèques. Le logiciel libre permet de faire évoluer ces besoins dans le sens d’une plus grande autonomie et d’une meilleure qualité des services proposés à tous les acteurs (DSI, personnel, usagers, élus).

Franck Goirand : D’un point de vue personnel, cela vient principalement de mon expérience personnelle passée dans une boite éditrice de logiciels professionnels qui, en faisant faillite, a laissé des employés et des clients sur le carreau. Pour ces derniers, c’était un grand désarroi de se retrouver avec des solutions logicielles sans aucun support. L’aventure m’a donc apporté une grande remise en question et d’autres considérations entrent dans ma réflexion. Imaginons, par exemple, que l’on souhaite acheter une voiture et que le vendeur tienne le discours suivant :

  • Vous ne pourrez pas sortir de la région avec votre voiture.
  • Vous devrez obligatoirement faire le plein dans nos stations services.
  • Dites-nous combien vous prévoyez de passagers car vous devez payer un montant supplémentaire pour chacun.
  • L’entretien devra être effectué seulement dans notre garage.

Soyons honnêtes, personne n’accepterait de telles conditions d’utilisation, pourtant elles sont souvent rencontrées dans le monde du logiciel propriétaire.
D’un point de vue économique, le marché global des logiciels a profondément évolué, nul ne peut le nier. Le modèle dit « propriétaire » qui s’est imposé pendant des années soulève divers problèmes éthiques et financiers. Se posent en effet les questions de la dépendance du client aux technologies du prestataire (pas d’accès au code source) ainsi que celle d’une obsolescence parfois programmée dans l’optique avouée de maintenir des licences à jour et (trop ?) compétitives, ce qui nuit fortement aux intérêts des acquéreurs et des « petits » prestataires.

Bambou : Le logiciel WebKiosk est manifestement très adapté au monde des bibliothèques. Pourquoi avoir ciblé ce type d’environnement professionnel ?

Franck Goirand : Le modèle Open Source est doublement favorable aux bibliothèques publiques et privées. Non seulement les coûts liés à l’acquisition d’un logiciel libre ne portent pas sur une quelconque licence, mais de surcroît les acquéreurs sont en mesure de disposer des sources de la solution. Les quatre libertés du logiciel libre que sont celles d’exécuter, d’adapter, de redistribuer et d’améliorer les programmes sont un gage de liberté et d’identité pour les bibliothèques. Étant des lieux de culture par excellence, nous savons que les considérations bibliothéconomiques engagent les différents acteurs du numérique à prendre en compte les spécificités de chaque établissement.

Marco Simondo : Il faut bien comprendre que WebKiosk n’est pas seulement une solution de sécurisation des postes. Du moment qu’un usager s’installe devant un ordinateur dans sa médiathèque, tout le confort est disponible. Qui sont les utilisateurs finaux de nos solutions ? Ce sont les adhérents et le personnel des médiathèques ! Ces personnes ne sont pas forcément des informaticiens : d’un côté, ce sont des usagers auxquels cette simple formule doit s’appliquer : 1 besoin = 1 application. De l’autre côté, les personnels des médiathèques sont notamment des bibliothécaires et des animateurs d’espace multimédia. Comme ce sont les utilisateurs finaux de nos solutions, ils doivent se sentir à l’aise et utiliser des outils bien conçus en terme d’ergonomie. Malheureusement, nous avons constaté que la plupart des offres propriétaires n’étaient pas toujours satisfaisantes à ce niveau car elles répondent à des objectifs commerciaux rigides.

Bambou : Au-delà de vos actions de prestataire, comptez-vous favoriser un développement communautaire autour du logiciel WebKiosk ?

Franck Goirand : Chaque bibliothèque est unique et désire à cet effet proposer des services singuliers à ses usagers. Favoriser un développement communautaire autour du logiciel WebKiosk ne peut se faire qu’en mutualisant les demandes les plus fréquentes parmi nos clients. Pour les divers contributeurs, notre plate-forme communautaire de développement est ouverte à tout le monde par le biais du forum sur le site du projet WebKiosk.

Marco Simondo : Je complèterai la remarque de Franck en précisant que le développement de WebKiosk s’articule autour de fonctionnalités et de modules complémentaires. Les fonctionnalités répondent à une logique pratique commune. Nous estimons que tous les utilisateurs de WebKiosk ont intérêt à bénéficier de ces outils, c’est le cas par exemple de la consultation des statistiques d’utilisation des postes. Toutefois, les modules complémentaires n’intéressent pas forcément tous les utilisateurs, c’est le cas de la gestion d’un « BiblioBus », de l’interfaçage avec tel ou tel SIGB (comme Koha) ou bien encore du portail captif WiFi pour le public. Toutes les médiathèques n’ont pas les mêmes besoins, nous concentrons donc nos efforts en fonction des demandes les plus récurrentes et pertinentes afin d’assurer une solution de base fonctionnelle et évolutive.

Bambou : Quel regard portez-vous sur l’évolution de WebKiosk et, plus largement, sur celui des produits open source en bibliothèque ?

Marco Simondo : WebKiosk, comme toute solution Open Source, évolue vers davantage de progrès technique. Ce modèle ne suppose pas de brider les utilisateurs (finaux ou acquéreurs) dans l’unique but d’accroître une dépendance qui les enfermerait davantage dans leur solution. Et plus le temps passe, plus ce sentiment d’interdépendance prend de l’ampleur. Les élus, les responsables informatiques, les directeurs de bibliothèques et de médiathèques prennent de plus en plus conscience de ce « sac de nœud » involontaire dans lequel ils se retrouvent trop souvent liés. L’objectif d’une bibliothèque n’est pas de dépenser l’intégralité de son budget dans une solution non pérenne. Son objectif, c’est notamment celui d’apporter la culture et l’accès à l’informatique à ses usagers.

Franck Goirand : Effectivement, nous parlons d’évolution au sens générique et non d’une évolution, votre formulation est bien choisie. A l’heure où les gouvernements ouvrent les données publiques, où l’interopérabilité devient une règle de plus en plus normalisée, et où les bibliothèques tendent vers plus de médiation numérique, alors WebKiosk, Koha et tous les logiciels Open Source en général constituent et constitueront sans cesse cette évolution qu’attendent les bibliothèques publiques pour relancer la fréquentation de leurs établissements dans le cadre d’une expérience orientée usager.

A ce sujet, nous profitons de cette petite entrevue pour vous livrer l’un de nos développements futurs : le support de WebKiosk sur les tablettes tactiles numériques ! Si vous voulez voir un aperçu de ce projet, nous vous invitons à regarder cette vidéo de présentation du système Ubuntu sur tablette.

* Caractéristiques techniques et fonctionnelles du logiciel Webkiosk

Accès Internet avec session individuelle et conservation des données utilisateurs.

Attribution de temps limites d’utilisation afin de garantir une bonne rotation des usagers sur les postes.

Filtrage d’Internet contre les sites avec des contenus inappropriés aux jeunes.

Statistiques d’utilisation des postes (Affichage en temps réel des statistiques hebdomadaires d’un utilisateur).

Gestion des comptes utilisateur via une interface d’administration Web.

Attribution de quotas temps (temps de consultation Internet, temps d’utilisation de la bureautique), de quotas disque et d’un forfait de pages à imprimer (hebdomadaire ou renouvelable).

Alertes notifiées aux utilisateurs lors du dépassement d’un des seuils (temps de connexion épuisé, nombre de pages disponibles insuffisantes pour l’impression demandée, place sur disque insuffisante, …).

Mise à jour quotidienne des filtres Internet. Gestion de listes blanches et listes noires en temps réel.

Gestion des postes par espace offrant une vue organisé de la médiathèque.

Système de contrôle des temps de réservations journalier et hebdomadaire.

Visualisation en temps réel de la disponibilité des postes.

Service d’impressions : filtrage par utilisateur ; visualisation des documents au format PdF ; envoi des documents par email ; choix de l’imprimante de sortie pour les opérateurs.

Paramétrages spécifiques à la Médiathèque Ouest Provence :

  Synchronisation des identifications d’accès avec la base des adhérents Koha
  Durée des sessions journalières : 105 minutes par jours (1h15 + 30m)
  Pages d’impression : forfait hebdomadaire, 10 pages gratuites / jour, 70 par semaine
  Espace disque personnel: 100 Mo par usager
  Wi-Fi : développement de la gestion d’une QoS spécifique intégrée à la solution WebKiosk pour les postes connectés en Wifi au travers du portail captif ; limitation de la bande passante globale affectée aux usagers en Wifi (priorisation de la navigation pour les postes publics) ; limitation du temps de connexion des usagers en Wifi ; limitation du nombre d’usagers simultanés connectés en Wifi ; Possibilité de mettre en place un monitoring de l’usage de la bande passante via des outils de type Ntop ou autres afin d’ajuster en suite le paramétrage de QoS.

Koha à la BM de Romorantin : retour d’expérience

Un an après le déploiement de Koha au sein de la médiathèque municipale Jacques Thyraud de Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher), Stéphanie Cabrera, chargée de l’informatique, a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses pour nous livrer son premier retour d’expérience.

Bambou : « Pourquoi la BM de Romorantin a-t-elle fait le choix d’un logiciel libre et de Koha en particulier ? »

Romorantin : « Nous utilisions le progiciel AB6 (v.6.1) et ne constations aucune évolution du produit depuis quelques années ; une nouvelle version avec migration obligatoire étant annoncée, nous avons entamé une réflexion pour un changement de SIGB et étudié les propositions de plusieurs prestataires concernant des logiciels libres et propriétaires.
Pourquoi le choix du libre ? Nous voulions une certaine indépendance par rapport à notre prestataire et un outil qui soit pérenne, que la communauté des développeurs et utilisateurs de Koha nous garantissait.
Koha s’est imposé pour ses fonctionnalités, son ergonomie et sa simplicité d’utilisation. L’existence de trois prestataires de services spécialisés dans le suivi du logiciel a été un critère déterminant dans notre choix. »

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Bambou : « Comment s’est passée l’intégration (en termes technique, organisationnel…) ? »

Romorantin : « Le projet s’est concrétisé en quatre mois. Le cahier des charges a été rédigé pendant l’été 2010 puis l’appel d’offres a suivi. En août, la société BibLibre a remporté le marché. La réunion de lancement a eu lieu en septembre, s’en sont suivis trois mois de paramétrages assurés par deux bibliothécaires à plein temps.
BibLibre a formé l’ensemble du personnel début décembre 2010 pour un passage en production immédiat. »

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Bambou : » Quelles sont vos premières impressions sur le fonctionnement du logiciel ? Avez-vous des retours de vos utilisateurs ? »

Romorantin : « Les utilisateurs professionnels se sont rapidement appropriés leur nouvel outil de travail, notamment les modules de circulation et de catalogage, le module d’acquisition a été plus difficile à appréhender. Koha s’avère simple d’utilisation, ergonomique et efficace mais l’affichage de certaines données ou bugs en anglais pose encore quelques problèmes de compréhension.
Nous avons eu divers soucis de gestion des relances et réservations papier pendant quatre à cinq mois, ce qui nous a conduit à travailler autrement.
Nous sommes actuellement en phase de test du vendangeur avec passage en production en 2012.
Côté public, les usagers utilisent l’OPAC natif de Koha, installé pour le moment, pour les suggestions d’achat et les réservations en ligne. »

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Bambou: « Quelles évolutions attendez-vous de Koha sur les court et moyen termes? »

Romorantin : « Nous souhaiterions récupérer les jaquettes CD et DVD via un web-service. La gestion des postes budgétaires pourrait être améliorée, les rappels de commandes étant peu fiables.
Enfin, un moteur d’indexation plus efficace (avec indexation en direct) serait souhaitable. »

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Bambou : « Envisagez-vous de participer au développement fonctionnel du logiciel, de vous positionner comme un acteur-contributeur au sein de la communauté Koha ? »

Romorantin : « Nous ne possédons pas actuellement les moyens techniques ou financiers pour participer au développement de Koha, c’est la raison pour laquelle nous avons adopté le SIGB tel quel. Koha est en effet facilement exploitable pour les bibliothèques ayant des moyens financiers limités et des compétences informatiques restreintes. La remontée quotidienne des bugs fait partie du retour utilisateur indispensable à l’évolution de tout logiciel.
Nous sommes également disposés à témoigner de notre expérience avant de pouvoir nous investir davantage. »

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Bambou : « Quels impacts ce choix logiciel a-t-il ou aura-t-il, selon vous, notamment sur le plan de votre organisation, de vos choix stratégiques informatiques ? »

Romorantin : « Nous avons décidé de continuer à travailler avec des outils libres, dans notre pratique professionnelle quotidienne et dans le cadre des ateliers d’initiation informatique que la Médiathèque organise pour ses usagers.
Notre futur portail documentaire (actuellement développé sous WordPress, plateforme de publication libre) sera configuré avec le CMS Drupal. »

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→ Quelques chiffres sur la médiathèque Jacques Thyraud  :

  • 1 structure
  • 14 agents
  • 3 sections (adultes, jeunesse, musique et cinéma)
  • 58 000 visiteurs
  • 75 000 prêts/an

Koha à Beauvais : retour d’expérience

Quelques mois après le déploiement de Koha au sein du réseau des médiathèques du Beauvaisis, son directeur Édouard Chevrel a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses pour nous livrer son premier retour d’expérience.

Bambou : “Pourquoi le réseau des médiathèques du Beauvaisis a-t-il fait le choix d’un logiciel libre et de Koha en particulier ?”

Édouard Chevrel : “Le choix d’un logiciel libre est devenu pour nous une évidence, pour 2 raisons :

Tout d’abord, nous avions un SIGB propriétaire qui n’avait plus de perspectives d’évolution, n’étant plus commercialisé depuis plus de trois ans.

Notre ancien fournisseur a connu une réorganisation qui a eu pour conséquence une érosion de ses effectifs en France, une hotline externalisée en dehors de l’U.E et un nouveau SIGB moins intéressant fonctionnellement que son ancienne offre.

Pour éviter de reproduire cette situation et se retrouver « prisonnier » d’un fournisseur, nous avons donc privilégié pour notre ré-informatisation un SIGB libre.

Pour finir, les SIGB libres sont pour nous une alternative viable, avec un aspect communautaire où les bibliothèques impulsent de nouvelles fonctionnalités au profit de tous. Plus la communauté est grande, plus le logiciel sera pérenne dans le temps avec des améliorations régulières en rapport avec les nouvelles pratiques de notre public.

Le choix de Koha s’est fait en interne avec nos bibliothécaires. Pour cela, nous avions sélectionné deux SIGB libres (Koha – PMB) en bibliothèques qui se démarquaient des autres. En effet, leurs fonctionnalités égalaient celles des progiciels propriétaires, voire même les dépassaient sur certains aspects ; aspects qui étaient ceux sur lesquels nous voulions justement mettre l’accent (flux d’information, ergonomie de recherche et d’interface, diffusion sélective de l’information, intégration web, etc.).

Après 3 mois de test des deux progiciels, Koha s’est avéré correspondre au mieux à nos besoins en terme de fonctionnalité professionnelle mais aussi sur les fonctionnalités pour nos lecteurs (flux RSS, interface clair, assistance de la communauté, gestion multi-sites avancée…)”

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Bambou : “Comment s’est passée l’intégration (en termes technique, organisationnel…) ?”

Édouard Chevrel :“Suite au test, nous avons fait un appel d’offre pour le déploiement, l’adaptation et la maintenance du SIGB Koha. Deux sociétés ont répondu à notre appel d’offre, la société BibLibre ayant été retenue.

La partie technique du projet s’est étalée sur 4 mois du 17 janvier 2011, date de la première réunion de travail avec notre prestataire, au 19 mai jour de l’ouverture au public avec Koha.

Pour la partie organisationnelle, nous avons créé une équipe pilote du projet avec un informaticien et une bibliothécaire du réseau. Ensemble, nous avons pu balayer tous les aspects de la ré informatisation en lien avec les équipes. Nous avons initié les agents à la pratique de Koha dès la phase de test. Cela a ainsi permis la tenue de réunions concrètes, par pôle (prêt/retour/inscription, acquisition, catalogage, périodique…) permettant ainsi de constater pleinement, pour chaque module, les adaptations à prévoir et les formations à mettre en place pour que chaque agent se saisisse des nouvelles fonctionnalités.

Cette période de préparation a aussi nécessité un large nettoyage de notre base bibliographique, ce qui a été entrepris par une de nos équipes jusqu’à la migration définitive de notre base sur Koha. Nous avons ainsi pu gagner en clarté sur notre catalogue pour un meilleur confort pour nos usagers.

La migration des données s’est déroulée sans accroc grâce à notre chef de projet Stéphane Delaye chez BibLibre qui connait très bien la structure de notre ancienne base de données.

La réussite de cette migration doit également aux qualités de nos équipes en interne tant au niveau de son encadrement et de ses formations que des groupes de vérificateurs qui ont testé les différents jeux de données à chaque itération dans Koha, nous faisant part des ajustements à entreprendre.

La méthode de formation choisie a été la suivante : notre prestataire a formé un groupe de 10 agents pour chaque module (circulation/périodique/recherche…). Ce sont ensuite ces agents qui ont assisté le responsable informatique et la responsable bibliothécaire pour former leurs collègues. Une documentation a été spécialement créée et adaptée à notre structure par notre équipe d’encadrement pour chaque module.

Notre service informatique nous a aussi épaulé pendant toutes les grandes phases d’intégration car nous avions décidé de ne pas fermer le réseau pendant la ré-informatisation. Il nous a également assistés lors des premiers jours d’utilisation de Koha au public

…….

Bambou : “Quelles sont vos premières impressions sur le fonctionnement du logiciel ?”

Édouard Chevrel :“La première impression ressentie est un sentiment de liberté. Nous pouvons exploiter au maximum les capacités du SIGB et nous avons une assistance réactive par notre prestataire avec qui notre responsable informatique est en lien permanent. Celui-ci est également en soutien quotidien des agents pour qui la façon de procéder a radicalement changée. De nouveaux réflexes sont à adopter tant pour eux que pour les usagers.

Nous pouvons dorénavant proposer à nos lecteurs de nouveaux services. Ainsi, ils ont maintenant la réelle gestion de leur compte. Ils ont la possibilité de choisir leur lieu de retour de documents mais également de retrait de réservation. Ils peuvent également prolonger eux-mêmes leurs emprunts, faire des suggestions d’achat…

L’OPAC 2.0 de Koha est très bien conçu, avec un volet « lecteur » très développé notamment pour la recherche «  recherche tous mots », possibilités de critères de recherches, création de paniers lecteurs, abonnement à des flux RSS…”

…….

Bambou : “Avez-vous des retours de vos utilisateurs ?”

Édouard Chevrel :“Nous avons pu remarquer que très peu de lecteurs connaissaient les possibilités de notre ancien SIGB en ligne. Il y a encore un gros travail pédagogique à effectuer vers nos usagers qui n’ont pas tous les réflexes d’utilisateurs liés à internet. Ainsi, depuis l’utilisation de Koha, nous communiquons beaucoup avec les lecteurs sur les nombreuses offres de notre nouveau système et nous les incitons fortement à se créer un compte.

Depuis mai, nous constatons un accroissement significatif des réservations et renouvellement en ligne de document, notre système de navette entre sites est de plus en plus sollicité. Ces nouveaux services sont donc très bien accueillis par nos usagers, malgré encore quelques ajustements en interne.”

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Bambou : “Quelles évolutions attendez-vous de Koha ?”

Édouard Chevrel :“Nous attendons de Koha de nouvelles fonctionnalités comme un approfondissement de l’OPAC en proposant une recherche par facettes, une liste incrémentée de nouveautés mais aussi des fonctionnalités qui manquent encore au niveau professionnel afin de faciliter le travail interne comme le changement automatique de statut dans les périodiques, une meilleure gestion des renvois d’autorités et une interface un peu plus conviviale serait la bienvenue !”

…….

Bambou : “Envisagez-vous de participer au développement fonctionnel du logiciel, de vous positionner comme un acteur-contributeur au sein de la communauté Koha ?”

Édouard Chevrel :“Ce n’est pas exclu, c’est principalement le but du libre, Il est cependant encore trop tôt pour se prononcer mais revenez dans un an le temps que nous nous approprions complètement Koha.

→ le réseau de la Beauvaisis en chiffres :

  • 6 structures
  • Surface totale des bâtiments : 5285m²
    • médiathèque centrale (3200m2)
    • 4 annexes (Saint Jean 680 m2, Argentine 429m2, Saint Lucien 630m2, Milly-sur-Thérain 200m2)
    • 1 relais livre (Saint Just 146m2)
  • Prêts / an : 260.000
  • Adhérents actifs : 8700
  • 150.000 visiteurs
  • Action culturelle (rencontres, expositions, lectures et ateliers…) : 15000 visiteurs /an”

voir l’OPAC du réseau de la Beauvaisis

Koha à la BDP de la Meuse

Quelques mois après le déploiement de Koha au sein de BDP de la Meuse, sa directrice –Evelyne Hérenguel- a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses pour nous livrer son 1er retour d’expérience.

Bambou : « Pourquoi la BDP de la Meuse a-t-elle fait le choix d’un logiciel libre et de Koha en particulier ? »
E.Hérenguel : « La BDM a fait le choix d’un logiciel libre après un appel d’offre lancé pour la ré-informatisation de son progiciel métier, la mise en ligne de son catalogue et la création du catalogue collectif des bibliothèques de la Meuse.
Nous souhaitions un catalogue « nouvelle génération » avec contenus enrichis, la possibilité de pouvoir à terme faire de la recherche fédérée et surtout un catalogue collectif fédéré.
Notre étroite collaboration avec le service informatique du département nous a permis d’envisager la possibilité d’un logiciel libre sous réserve de respecter les contraintes d’une consultation MAPA sur tests.
Il s’est avéré que le prestataire qui répondait le mieux à nos attentes fonctionnelles et techniques proposait une solution libre. Deux sociétés se sont associées pour répondre au marché, à savoir Biblibre qui développe de nombreuses prestations autour de Koha et AFI qui adhère aux valeurs du libre et qui avait comme atout d’être déjà implanté en BDP (68).
Notre sensibilisation au logiciel libre a été progressive, dès 2005 après une rencontre passionnante avec Jérôme Pouchol qui nous avait présenté Koha. Puis en 2009, avant d’établir notre cahier des charges, nous avons échangé avec des collègues également ouvert aux problématiques du libre dont Nicolas Morin, rencontré lors d’une formation sur les catalogues nouvelle génération. Et enfin, l’engagement pour le libre d’un jeune stagiaire en licence informatique qui a contribué à la rédaction de notre cahier des charges nous a également influencés.
Par ailleurs, choisir un logiciel libre, a été, en dehors des contraintes techniques et fonctionnelles, une décision stratégique. En effet, le contexte géographique du département de la Meuse, très rural (31 habitants au km2 avec seulement 2 villes de plus de 10 000 habitants et 3 de plus de 4000 habitants) nous a incité à privilégier la coopération et la mutualisation des ressources tant au niveau départemental que national : pouvoir bénéficier des développements financés par d’autres bibliothèques nous semble dans le contexte actuel particulièrement pertinent et économique. »

Bambou : « Comment s’est passée l’intégration (en termes technique, organisationnel…) ? »
E.Hérenguel : « Travailler avec François Charbonnier de Biblibre a été un vrai bonheur, pourtant l’intégration des données n’était pas évidente compte tenu de l’âge de notre ancien SIGB. Nous attendons la mise en place du vendangeur. Le grand changement réside en la suppression physique du serveur logiciel dans nos locaux puisque nous avons fait le choix du « tout hébergé », ce qui allège la gestion des traitements quotidiens comme les sauvegardes. »

Bambou : « Quelles sont vos premières impressions sur le fonctionnement du logiciel ? Avez-vous des retours de vos utilisateurs ? »
E.Hérenguel : « La prise en main du logiciel Koha est intuitive et le personnel n’a pas rencontré de problèmes à ce niveau. En revanche, changer de logiciel implique souvent de s’interroger sur ses pratiques et habitudes de travail, pratiques que l’on a souvent adaptées d’ailleurs au logiciel précédent. Nous sommes donc en pleine réflexion d’optimisation et d’adaptation aux fonctionnalités de Koha. Vous allez être obligé de nous interroger à nouveau prochainement. »

Bambou : « Quelles évolutions attendez-vous de Koha sur les court et moyen termes ? »
E.Hérenguel : « Notre réponse est un peu difficile car nous avons choisi une solution mixte avec deux prestataires et à priori seules les évolutions sur le SIGB nous concernent. Là aussi c’est un peu tôt pour répondre mais nous nous regrettons déjà de ne pas pouvoir bénéficier des récents développements que vous avez financés sur Babelthèque. »

Bambou : « Envisagez-vous de participer au développement fonctionnel du logiciel, de vous positionner comme un acteur-contributeur au sein de la communauté Koha ? »
E.Hérenguel : « Nous souhaitons participer au développement fonctionnel du logiciel par le financement de fonctionnalités nouvelles et être acteur au sein de la communauté Koha, cependant, nous n’oserions prétendre à l’appellation de contributeur du moins pour l’instant en l’état de nos compétences actuelles. Nous sommes cependant très impatients d’intégrer la communauté Koha. »

Bambou : « Quels impacts ce choix logiciel a-t-il ou aura-t-il selon vous, notamment sur le plan de votre organisation, de vos choix stratégiques informatiques ? »
E.Hérenguel : « Le choix de ce logiciel aura un impact important pour le développement de l’informatisation de notre réseau. Nous pourrons effectivement dupliquer « le petit Koha » spécialement conçu pour les bibliothèques de proximité et l’installer sur les postes informatiques mis à disposition par le Conseil général. Nous pourrons ainsi équiper dans les 3 années à venir une quarantaine de bibliothèques qui n’auraient jamais eu les moyens d’acquérir un logiciel propriétaire. Les seuls coûts qui restent à la charge des communes sont la connexion à Internet et la maintenance informatique relative au matériel et au SIGB ; nous assumerons tous les frais liés au portail. »

Quelques chiffres sur la BDP  55
Ressources

  • 14 agents
  • 280 000 € de budget de fonctionnement
  • 160 000  documents
  • 89876 habitants desservis sur 194 218 habitants

Activité

  • 80 000 prêts
  • 120 bibliothèques
  • 28 sessions de formation / an
  • 91 interventions / an en action culturelle

Claire Scopsi répond à Bambou

Pour accompagner ces nouvelles rencontres autour de Koha, Bambou a choisi d’interroger Claire Scopsi, Maître de conférence en sciences de l’information et de la communication (Institut National des Techniques de la Documentation ; CNAM, Paris), et plus particulièrement spécialisée sur la gestion de projets open source en bibliothèque et centre de documentation.

Bambou : Quelle est aujourd’hui la place du logiciel libre dans le secteur des bibliothèques et de la documentation ?

Claire Scopsi : Il est malaisé d’évaluer la proportion de logiciels libres sur le parc installé de logiciels pour bibliothèque ou documentation puisqu’on ne peut s’appuyer sur le nombre de licences commercialisées et l’offre d’accès en ligne (SAAS) qui se développe ne contribue pas à éclaircir la question. L’enquête annuelle de Tosca consultants*, qui repose sur un questionnaire envoyé aux éditeurs ou intégrateurs, situait à environ 30% la part des logiciels libres pour bibliothèques distribués en 2009. Ce chiffre est conforté par la croissance de 30 à 40% annoncée par les éditeurs libres (PMB services, Nuxeo) ou les SSLL (Smile). Par ailleurs, la période de crise a tendance à généralement favoriser les logiciels libres considérés à tort ou à raison par de nombreux décideurs comme des solutions « low cost ». C’est donc un phénomène intéressant que l’on peut tenter d’expliquer. L’informatique documentaire a été très fortement transformée depuis 15 ans par les solutions du net, full web, ouvertes et interopérables, les logiciels libres y ont facilement trouvé leur place  (notamment les logiciels de gestion de contenus). En bibliothèque, j’attribuerais plutôt le succès du libre à une identité culturelle commune : la pratique professionnelle en réseau, la gratuité, la gouvernance des standards sont des valeurs dans lesquelles bibliothécaires et partisans du libre se reconnaissent également. Cette dimension culturelle est importante : les domaines d’activité où la confidentialité et la sécurité prédominent sont moins consommateurs de solutions libres.

Enfin les secteurs de la documentation et des bibliothèques ont besoin de solutions souples, intégrables dans les solutions globales de l’entreprise (le portail par exemple). Cela profite aux systèmes ouverts.

…………..

Bambou : Un éditeur de SIGB a récemment choisi d’emboîter le pas de l’open source en ouvrant son propre produit. Quel est votre regard sur ce type de stratégie ?

Claire Scopsi : EverTeam a fait ce choix avec Open Flora en 2010, mais ce n’est pas un précurseur. L’éditeur propriétaire AFI avait déjà « basculé » dans le libre en 2007 avec, il est vrai, un portail inédit réalisé à l’aide de briques libres, et en 2010 Alchemy a rendu libre son logiciel Phraseanet, présent sur le marché des photothèques depuis une vingtaine d’années sous licence propriétaire. Il s’agit bien d’une stratégie de marché car les logiciels  libres/open source constituent un méta marché : les organismes qui optent pour ce modèle en font un choix préalable et ne comparent et ne consultent le plus souvent que des logiciels libres. Proposer son produit sous licence libre est donc un moyen d’entrer sur un marché moins concurrentiel et en croissance mais aussi de bénéficier des réseaux du libre : salons spécialisés, intégrateurs libres, blogs et publications consacrées au libre.

L’intérêt pour l’usager est que cette pratique élargit rapidement le choix de logiciels matures sous licence libre. Mais si ces produits sont indubitablement des LOS, puisqu’ils respectent les critères de la Free Software Fundation ou de l’Open Source Initiative, il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils adoptent tout de suite la « culture libre » collaborative et communautaire ! Ils fonctionneront plutôt comme des éditeurs libres en conservant le contrôle total sur les développements.

………….

Bambou : Quelles sont, selon vous, les principaux enjeux (technologiques, économiques…) auxquels vont être confrontés, à moyen terme, les éditeurs ou développeurs de logiciels (propriétaires ou libres), dans le secteur de l’info-doc ?

Claire Scopsi : La crise financière est bien sûr un facteur important car elle ne favorise pas les investissements en recherche et développement. Les logiciels libres ou propriétaires peuvent  contourner le problème  en faisant appel à des briques libres pour réduire les coûts de certains développements. C’est ainsi que plusieurs SIGB intègrent le CMS Drupal. Dans ce contexte de récession, l’émergence du modèle FRBR, qui touche la structure des données, donc le cœur des logiciels de bibliothèque, va peser lourd. Quelques éditeurs libres ou propriétaires annoncent ou proposent déjà ce modèle qui risque de recomposer le marché. Les conditions de survie pour les produits reposent moins sur le modèle économique que sur la « souplesse » technique du logiciel, c’est-à-dire sa capacité à modifier son modèle de structuration avec peu de développement, ainsi que sur la capacité d’investissement de l’éditeur ou de la communauté. Certains renonceront sans doute.

……………

Bambou : Que vous inspire l’essor fulgurant du logiciel Koha et le type de modèle (communautaire) qui le caractérise ?

Claire Scopsi : Koha est né il y a une douzaine d’années, mais son adoption sur le marché français a été assez rapide depuis 2005. Parmi les SIGB libres déployés en France de façon significative, Koha est le seul qui ne soit pas produit par un éditeur mais par une communauté internationale. C’est sa force et peut être sa faiblesse. Sa force car, puisqu’il n’appartient à personne, il appartient à tous et sa communauté lui est très attachée. Cela a été décisif pour surmonter des phases de fork ou d’évolution technique délicates. Mais la gouvernance d’un développement collaboratif international est complexe, les choix y sont plus lents, et dans les périodes de fort renouvellement technologique, la communauté devra veiller à rester efficace et se mobiliser pour financer les évolutions.

……………

Bambou : Pensez-vous qu’un nouveau modèle économique, issu du libre, puisse s’établir, voire s’imposer, à brève ou moyenne échéance ?

Claire Scopsi : Non… parce que le temps des mutations économique est un temps long. Si le modèle libre doit s’imposer, cela prendra des dizaines et des dizaines d’années avec sans doute des périodes de ralentissement ou même de retour en arrière. La forte croissance du logiciel libre (+ 40% annuels) ne doit pas faire oublier qu’il ne représente que 7% de l’économie logicielle de la  France qui est le premier pays utilisateur de solutions libres. Il est plus facile d’afficher une forte croissance lorsqu’on part de très bas. En revanche, je crois vraiment que les logiciels libres peuvent à court terme modérer et assainir le marché en venant challenger les logiciels propriétaires et les contraindre à contenir ou réduire les prix de licences. C’est positif à condition que les prix des prestations, eux, ne s’envolent pas. Pour les utilisateurs, le libre est une alternative à l’offre traditionnelle « coût de licence/contrat de maintenance ». Il y a aujourd’hui toute une gamme de solutions offrant plus ou moins de services, dans laquelle on peut choisir en fonction des moyens et de l’organisation de son entreprise.

* Ces études sont disponibles sur le site de Tosca consultants

En complément :

les actes du symposium Koha 2010

les logiciels libres en bibliothèque : les 6 interventions en ligne (Grenoble, mai 2009)

Mener un projet open source en bibliothèque” / Jean François Ferraille, Ludovic Méchin, Claire Scopsi, Paris : Cercle de la Librairie, 2007

Koha : le SCD Lyon 2 répond à Bambou

Bambou poursuit ses consultations auprès des utilisateurs du logiciel libre Koha en interrogeant cette fois-ci nos collègues Camille Espiau-Bechetoille et Dominique Cottart du Service Informatique Documentaire du SCD Lyon 2. Un grand merci donc à ces deux professionnels particulièrement actifs dans l’open source documentaire (Camille Espiau-Bechetoille est membre du groupe de travail sur les SIGB libres et Dominique Cottart de l’association Kohala).

Bambou : “Pourquoi le SCD Lyon 2 a-t-il fait le choix d’un logiciel libre et de Koha en particulier ?”

SCD Lyon 2 : “Le choix de Koha s’est fait après une longue réflexion de plusieurs années sur les SIGB libres entamée avec un groupe rhône-alpin. Ce groupe de travail avait pour objet d’étudier la possibilité de travailler avec un SIGB libre dans le supérieur et de comparer les différentes solutions possibles. En effet, les systèmes propriétaires arrivaient en bout de course, les éditeurs nous proposaient leurs nouveaux outils à des prix trop élevés, et parallèlement les solutions libres nous semblaient arriver à maturité. Koha a été retenu en raison de son adossement au moteur d’indexation Zebra qui permettait de manipuler des volumes d’enregistrements tels qu’on en trouve dans les universités, et en raison du dynamisme de sa communauté. A partir de là Lyon 3, Saint Etienne, et Lyon 2, pour qui la nécessité d’une réinformatisation était plus urgente, ont décidé de mutualiser leurs efforts afin de se partager les coûts des développements nécessaires pour rendre koha opérationnel dans le cadre de l’enseignement supérieur.

Dans le même temps, après plus de 15 ans de travail avec un système propriétaire (Loris d’Ever), le SCD avait acquis de l’expérience dans la maintenance de tels outils. Il y a eu aussi une volonté politique très affirmée d’utiliser un logiciel que l’on pourrait s’approprier pleinement et dont on aurait une maîtrise complète.”

Bambou : “Comment s’est passée l’intégration (en termes technique, organisationnel…) ?”

SCD Lyon 2 : “Le travail s’est donc fait en commun avec Lyon 3 et Saint-Etienne. Nous nous sommes partagés les modules à travailler (tests et rédaction des CCTP) : Lyon 3 pour la circulation; Saint-Etienne pour les périodiques et les acquisitions; et Lyon 2 pour l’OPAC et le catalogage. Chacun de nous a écrit et lancé (après relecture et correction commune) un appel d’offre concernant ses modules, étant stipulé dans le cahier des charge que les développements effectués devraient être à la disposition de la communauté. Cette étape du travail a été très importante et très fructueuse. Elle a créé une synergie entre nos trois établissements, et nous permet aujourd’hui de s’entraider sur les difficultés que nous pouvons rencontrer avec Koha.

En ce qui concerne notre méthode de rédaction des cahiers des charges, nous avons constitué des groupe de travail avec les collègues catalogueurs et les collègues qui sont au prêt. Lors de séances d’une demi journée, ils testaient les fonctionnalités de Koha sur une maquette et proposaient des améliorations, des modifications ou relevaient des bugs.

Ensuite, du coté de Lyon 2, nous avons essayé de jouer la carte du libre à part entière, a savoir que nous n’avons demandé que des développements (maintenant assurés par la société Progilone), et avons décidé d’assurer nous-même le déploiement, le paramétrage, l’installation et la configuration des serveurs, la formation des collègues et enfin la migration des données. Le choix a aussi été fait de passer entièrement sous koha, pour tous les modules et de ne pas continuer à faire une partie du travail sous l’ancien système.”

Bambou : “Quelles sont vos premières impressions sur le fonctionnement du logiciel ?” Avez-vous des retours de vos utilisateurs ?”

SCD Lyon 2 : “La première réponse est complètement positive. On a démarré entièrement sons koha à date prévue (1er janvier 2011) et il n’y a pas eu du drame !! Les collègues qui sont au service public ont même pris l’outil très rapidement en main.

En revanche, dès qu’on essaie de faire des choses plus pointues, cela devient parfois délicat. Par exemple, le module périodiques est très rigide, et on attend avec impatience les développements de Saint-Etienne. Le module acquisition, aussi nous a obligés à modifier notre façon de travailler…mais c’est le lot de toute réinformatisation.”

Bambou : “Quelles évolutions (fonctionnelles ou techniques) attendez-vous de Koha ?”

SCD Lyon 2 : “La maintenance du moteur d’indexation Zebra est quand même un peu ésotérique et la création d’index est réservée aux initiés. De plus, le fait qu’il n’indexe pas en direct est un handicap…

En ce qui concerne l’enseignement supérieur, une interface graphique du chargeur SUDOC serait la bienvenue. Un travail sur les statistiques également…sans pour autant faire de Koha une usine à gaz….

Nous portons aussi beaucoup d’attention aux développements des services aux lecteurs via l’OPAC, et il y a encore beaucoup de travail à ce niveau là : les flux RSS ne semblent pas assez performants pour assurer aux lecteurs une véritable veille sur les nouveautés qu’ils désirent, la mise en place des pénalités par jour n’est pas encore finalisée…

Et, comme nous le disions plus haut, le module des périodiques (et même la structure de la base de données : on ne peut créer d’état de collections sans fiche d’abonnement, ce qui pose problème pour les périodiques morts ou électroniques) mérite un gros travail…”

Bambou : “Envisagez-vous de participer au développement fonctionnel du logiciel, de vous positionner comme un acteur-contributeur au sein de la communauté Koha ?”

SCD Lyon 2 : “Comme beaucoup (voir tous) d’entre nous, nous avons peu de moyens. Ceci étant, nous nous efforçons de contribuer au “mouvement” Koha à la hauteur de ces modestes moyens : organisation d’un symposium* en 2011 dans les locaux de Lyon 2, participation aux listes de discussion lorsque nous pouvons apporter notre pierre à l’édifice, relais de certaines informations Koha sur le site web sigb libres… En ce qui concerne la partie informatique, nous ne contribuons pas directement au développement du programme, mais nous avons demandé à notre prestataire Progilone d’assurer cette partie afin que les développements effectués soient un jour intégrés dans la version communautaire.

Enfin, nous comptons nous impliquer dans l’association kohala et dans la promotion de koha en recevant les collègues intéressés, et en mettant notre jeune expérience à leur entière disposition”

* Symposium Koha : 26 et 27 mai 2011, Université Lumière Lyon 2 (billet spécifique à venir sur Bambou)

Koha (très bientôt) à la BFM de Limoges

Avant même la mise en production (programmée au 27 mai prochain) de Koha au sein du réseau de la Bibliothèque francophone multimédia de Limoges, Daniel Legoff, son directeur, a bien voulu nous livrer ses premières réflexions sur le projet.

Bambou : “La Bfm de Limoges devant très bientôt passer sous Koha. Pourquoi avoir donc opté pour un logiciel libre et celui-ci tout particulièrement ?”

Daniel Legoff : “La Bfm de Limoges s’est retrouvée fin 2009 avec la perspective de changer de SIGB dans la mesure où celui que nous utilisons arrivait en fin de vie et qu’on nous annonçait la fin de sa maintenance. Le produit de remplacement vendu par la société Ever Ezida nous semblait si peu abouti (Flora) que nous avons choisi de chercher ailleurs.

Le choix entre SIGB propriétaire ou libre s’est fait à la fois sur la base de la philosophie du libre, à laquelle est sensible notre collectivité, de la présence dans la Bfm d’une équipe informatique dédiée, de l’existence de produits arrivant à maturité, et aussi bien sûr du coût de l’opération.

Je connaissais PMB pour l’avoir implanté dans de petites bibliothèques d’un réseau BDP, mais il nous semblait inadapté à une grosse structure comme la nôtre : une centrale et cinq annexes, le dépôt légal imprimeur de la région Limousin, un fonds francophone avec de la GED, un portail régional, le centre de documentation du Musée des Beaux-Arts, la médiathèque du Conservatoire, des projets autour de l’OAI

Depuis un certain temps (nous étions présents en observateurs à la réunionde présentation de Koha à l’Ecole des Mines en 2007), nous regardions l’évolution de Koha. La sortie de la V3 et le fait que Koha commençait à être implanté dans des BU et une BM comme celle de Nîmes nous a fait franchir le Rubicon, sans oublier l’expérience des valeureux pionniers d’Ouest-Provence

……
Bambou : “Où en êtes-vous du projet ? Les prochaines échéances ?”

Daniel Legoff : “De septembre 2009 au printemps 2010, nous avons travaillé à la préparation du cahier des charges. Nous souhaitions, non seulement basculer d’un SIGB à l’autre, mais en profiter pour remettre à plat et affiner des fonctionnements précédents, avec notamment un travail de fond sur les localisations des documents.  Nous avons aussi défini une “moulinette BnF” pour qu’au basculement, nos notices soient le plus possible proches de celles la BnF, notamment pour ce qui est des autorités »

Mais bien sûr cela n’a pas été sans peine et sans arbitrages, beaucoup de collègues argumentant sur la nécessité de conserver telle ou telle information dans « leurs » notices, voire telles ou telles notices entières dans leur domaine !

Cela a aussi été bien sûr l’occasion de « nettoyer » nos bases documents (cotes bizarres, erreurs de types de documents,..) et usagers (inscrits sans sexe –si, si !-, problèmes de saisie de noms d’écoles, de communes,..). Ce genre d’erreurs se multiplie évidemment lorsqu’on a 500 000 documents et 50 000 inscrits.

La société Biblibre a été retenue pour le marché de prestations de services autour de Koha, et depuis  septembre 2010, nous travaillons en bonne intelligence avec eux, pour un basculement après formation prévu très précisément le 26 mai prochain”

…….
Bambou : “Pensez-vous contribuer au développement fonctionnel et/ou communautaire de Koha ?”

Daniel Legoff : “Nous avons inscrit dans notre appel d’offre des demandes de développements qui nous semblaient fondamentaux : un “vendangeur” de notices BnF, pour permettre aux bibliothécaires de se concentrer sur leurs talents d’indexeurs plutôt que de catalogueurs, des envois de courriers papier et non pas seulement électroniques, l’affichage transparent pour l’usager de notices bibliographiques à l’issue d’une recherche liée à une autorité sans passer par l’affichage de la dite autorité, la pré-saisie d’éléments identiques lorsque l’on exemplarise une série de documents à la suite (on ne voulait pas re-saisir à chaque fois bibliothèque, localisation, typdoc, lorsque ces notions restaient les mêmes dans une session donnée).

Et bien entendu, tous ces développements seront proposés à la communauté Koha”

…….

Bambou : “Avez-vous travaillé « seuls » sur ce projet où en concertation, voire en co-travail avec d’autres établissements ?”

Daniel Legoff : “Nous avons pas mal dialogué avec nos collègues de Nîmes, qui nous précédaient d’un an dans la démarche et par exemple pour ce qui est du vendangeur, nous avons pu négocier une baisse de tarif de la part du prestataire, les Nîmois ayant pratiquement au même moment la même demande. Le basculement vers Koha de plusieurs SCD nous a aussi rassuré quant aux capacités à gérer les périodiques, point noir classique des SIGB. Si les SCD s’en sortent, nous devrions nous aussi pouvoir le faire !”

……..
Bambou : “Quels impacts ce choix logiciel a-t-il ou aura-t-il selon vous, notamment sur le plan de votre organisation, de vos choix stratégiques informatiques ?”

Daniel Legoff : “Nous avons travaillé avec trois cercles concentriques :

– l’ingénieur informatique de la Bfm et moi-même dans le dialogue avec Biblibre sur les éléments techniques et financiers, le calendrier.

– un groupe de huit personnes, vite surnommés les Koalas, choisis comme représentatifs de tous les aspects du fonctionnement de la Bfm, par les documents traités (adultes, jeunesse, périodiques, documents audio visuels), par les problématiques de réseau (centrale ou annexes) complétés par nos deux valeureux techniciens informatiques. Les Koalas ont mené à bien avec moi  en dialogue avec le reste des équipes, le long et douloureux travail de “nettoyage” des bases puis la longue opération de définition des spécifications, les tests sur les bases tests installées chez Biblibre, les choix de paramétrage (ah, le choix des index !!). C’est une affaire qui aura duré un an et demi !

–  au-delà du groupe des Koalas, une équipe de 30 personnes qui sera en charge de la formation de l’ensemble des agents. La tâche n’est pas simple à organiser, compte tenu de l’effectif global de 140 personnes et de l’actualité des concours fin mai.

Il est clair qu’au lendemain du 26 mai, les compétences et l’esprit d’équipe remarquable accumulés par les Koalas après ces longues journées de travail en commun resteront un atout pour la suite, même si on espère que le rythme ralentira quelque peu. Les équipes auront donc dans leur environnement proche des collègues susceptibles de les épauler dans leurs pratiques, de refaire des formations sur des points de détails, bref de rassurer ceux pour qui ce basculement risque d’être source de difficultés.

Et après des vacances d’été bien méritées, nous nous attèlerons à la réflexion sur la refonte du site web et à son articulation avec Koha, et les réseaux sociaux.

Mais chaque chose en son temps !”

……….

En complément,

voir les autres entretiens avec les utilisateurs de Koha : Infothèque, Nîmes, Lyon3

voir les entretiens avec sociétés prestataires de service autour de Koha : Biblibre et Tamil, Progilone

voir les actes du symposium Koha (Miramas, mai 2010)

voir le programme du prochain symposium Koha à Lyon 2 (les 26 et 27 mai 2011)

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