Télétravail : quels impacts en bibliothèque ?

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Le centre régional de formation Médiat Rhône-Alpes (Université Grenoble Alpes) et l’ENSSIB ont organisé une journée d’étude à distance le vendredi 5 mars 2021 sur le thème du « Télétravail :quels impacts sur les pratiques managériales, le travail en équipe, les compétences et les organisations? ». En voici le programme et une restitution audio-visuelle (partielle) des interventions.

9h-9h30 – Accueil et introduction, par Jérôme Pouchol (Université Grenoble Alpes – Médiat Rhône-Alpes)

9h30-10h – Discours inauguraux, par :

  • Anne-Marie Boyer, conseillère pour le livre, DRAC Auvergne-Rhône-Alpes
  • Yves Moret, adjoint au chef du département de l’information scientifique et technique et réseau documentaire, MESRI.

10h-10h45 – Retours d’expérience : que peut-on retenir des ateliers de novembre 2020 et janvier 2021 sur le travail à distance pendant le premier confinement ?, par Muriel Coulon (Médiat Rhône-Alpes) et Julia Morineau (ENSSIB)

10h45-11h – Pause

11h-12h30Regards croisés sur la mise en place du télétravail comme nouvelles modalités de mise en œuvre des activités au sein des bibliothèques universitaires et territoriales

Avec la participation de :

  • Caroline Lafon, Directrice de la Direction de la documentation de l’université de Bordeaux
  • Johann Berti , Directeur du Service de la documentation d’Aix-Marseille université
  • Christophe Torresan, Directeur de la Médiathèque départementale du Puy de Dôme

Animation : Muriel Coulon (Médiat Rhône-Alpes) et Julia Morineau (Enssib)

12h30-13h45 Pause déjeuner

13h45-14h30Présentation du Baromètre Wimi-Ipsos du Travail Ouvert, première étude consacrée au télétravail dans la sphère publique, par Sarah Duhautois, Directrice Adjointe Corporate Reputation

14h30-15h30Dispositifs structurés de télétravail à l’échelle d’une collectivité : conseils et outils, par Pierre-Yves Genet, Directeur de Projets, Démarche Travailler Autrement, Coopération-Innovation-Transformation, Direction générale des services – Ville de Lyon

15h30-16h30Télétravail : les bénéfices et les risques individuels et collectifs du télétravail, par Emilie Vayre, Professeure de psychologie du Travail et des Organisations, à l’Université Lumière Lyon 2.

16h30-17hConclusion, par Pierre-Yves Cachard, Inspecteur général de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR)

Catherine Jackson répond à Bambou

Dans le cadre de ses différents entretiens réalisés avec des enseignants-chercheurs et des professionnels des bibliothèques, Bambou a le plaisir de recevoir en cette rentrée Catherine Jackson, qui nous livre son regard éclairé sur la réalité de la littérature professionnelle et sur ses perspectives d’évolution.

Catherine Jackson, votre parcours professionnel* n’est pas sans exprimer une forme de complémentarité entre la fonction de praticienne des bibliothèques et celle, présente, de chargée de mission pour les Presses de l’Enssib. La collection La Boite à outils, que vous dirigez depuis 2009, n’est-elle pas à l’image de cette double expérience, qui associe praxis et méthode, action et réflexion ?

Cette double articulation est à l’origine de la collection et correspond au profil de son
fondateur, Bertrand Calenge [1]. Alors directeur de l’IFB (qui rejoindra l’Enssib), il crée la collection la Boîte à outils (BàO) en 1995 dans le prolongement de l’activité pédagogique de l’institut, en particulier de la formation continue [2]. Sa double expérience, alors très singulière à l’échelle d’une collection, caractérisait fortement son activité de conservateur des bibliothèques, praticien de terrain et auteur de nombreux ouvrages de réflexion.
Le fait de créer une collection exclusivement dédiée à la profession et aux sciences de l’information et des bibliothèques, portée par l’école même, qui par-là inaugurait une fonction éditoriale inédite, témoigne de la relation fondamentalement pédagogique qu’il entretenait avec sa communauté professionnelle. Le titre même de la collection, la Boîte à outils, assumait la rupture avec la littérature universitaire traditionnelle tout en redéfinissant, métaphoriquement, l’entreprise didactique qu’il proposait.

Bertrand Calenge était une « boîte à idées », un inventeur de formes et un visionnaire. Par bien des aspects, la BàO a fait matrice pour un ensemble d’autres publications dans notre champ, qui s’en inspirent ou s’en distinguent.
Le cadre qu’il a déterminé dès la création de la collection reste opérant, et je me plais à le reconnaitre régulièrement :
– un prix fixe (actuellement 22€ pour la version imprimée), un nombre de pages régulier, des auteur-es payé-es et sous contrat
– un ouvrage thématique, toujours collectif, coordonné par un ou une professionnel-le des bibliothèques, la prise en compte à la fois des bibliothèques territoriales et des bibliothèques universitaires, voire d’autres lieux de la documentation (CDI, archives, fonds spécialisés…), des apports méthodologiques et techniques associés à des retours d’expériences concrets, attachés à tel ou tel établissement ou territoire.

En prenant la direction de cette collection [3], j’ai souhaité maintenir ce montage de registres et de variétés d’interventions. C’est à mon sens ce qui fait l’originalité de cette collection. Au fil des ans, et à mesure de l’émergence de thématiques plus transversales, mais toujours rapportées à la bibliothéconomie (comme l’innovation, le jeu, ou l’accueil des migrants) j’ai encouragé la participation et l’écriture d’autres acteurs, associés à nos activités ou partenaires – des journalistes, des personnels de musée ou de collectivités, des chercheur- es, des formateurs et formatrices, des artistes, des designers…


En parcourant la très grande richesse et diversité des titres qui composent à ce jour le catalogue de La Boite à outils, on mesure non seulement le nombre et la qualité des contributions ainsi réalisées, mais aussi, à travers elles, le cheminement et la vitalité d’un métier, dans ses composantes de plus en plus multiformes. Après 12 ans de publication continue, que retenez-vous de ce foisonnant parcours éditorial ? Que révèle-t-il de la réalité et de l’évolution de notre métier ?  

L’enthousiasme des auteur-es. Pour partager leurs pratiques, les stratégies qui ont fonctionné, les écueils à éviter, les outils utilisés, rendre compte du travail de terrain, renouveler les approches. Ce qui me frappe, dans nos ouvrages collectifs, c’est certes la diversité des établissements représentés mais plus encore le caractère humain de chaque projet exposé, l’investissement incroyable des professionnel-les dans leur activité, dans les grands établissements comme dans les petites bibliothèques. J’espère aussi que cet exercice d’intelligibilité de nos activités, qui passe par l’écriture et la tenue d’une collection, contribue à préserver une capacité d’expérimentation ou de décentrement, car il est difficile de composer avec les logiques de la reproduction institutionnelle.

Titres de la BaO

Comment éviter la tentation de la simplification, de la modélisation systématique ?

L’idée de la collection n’est pas d’éditer des « manuels », d’ériger ou de sanctifier seulement des « bonnes pratiques ». Ces apports sont nécessaires et étayent nos doctrines professionnelles mais nos titres s’attachent également à analyser la réalité du terrain, donnent à voir les contraintes, qui tiennent aux choix économiques et politiques de la tutelle, mais aussi aux structures, historiquement construites, et aux dispositions de la communauté professionnelle.
Je constate aussi combien il n’est pas inné de transposer une compétence professionnelle en un écrit intelligible, didactique.


De la genèse du projet à la production de l’objet éditorial (physique ou numérique), la chaîne de publication est un processus complexe qui comprend des phases de conceptualisation, de structuration, de concertation, de relecture, etc. Comment se détermine le choix d’un sujet ? Quelles sont pour vous les étapes les plus stimulantes de ce parcours éditorial ?

Chaque thématique est soumise et débattue au comité éditorial des Presses de l’Enssib, comme pour les autres collections [4]. Une partie des projets nous arrive directement par des collègues, avec leur note d’intention, parfois un pré-sommaire. La ou le collègue a en général mené à bien un ou plusieurs projets, au sein d’un établissement ou d’un réseau et souhaite partager son expérience, rendre compte des processus et des compétences à l’œuvre.
De mon côté, je suis toujours ravie quand une BàO se construit sur une proposition de collègue, car coordonner un ouvrage de cette nature est un gros travail et demande un engagement personnel conséquent. 

Il faut compter environ une année entre la construction du sommaire, le recrutement de l’équipe d’auteur-es, la mise en écriture, puis les relectures partagées, mises à jours des versions, pour aboutir à un tapuscrit prêt à entrer en fabrication (viendra ensuite l’étape de mise en page, relecture BAT, impression et commercialisation, puis la « vraie vie du livre » commencera avec sa diffusion et sa promotion).  Mon rôle est d’accompagner au mieux les responsables scientifiques de chaque titre pour construire un ouvrage dans l’esprit de la collection, d’entretenir un dialogue autour de l’écriture du livre.

Titres de la BaO

Une autre partie des titres provient de thématiques que je soumets au comité. C’est une démarche différente, au moins au départ. Pour cela, je fais feu de tout bois, avec une veille continue très large – d’informations, lectures et discussions professionnelles à l’observation des institutions politiques, culturelles et sociales en passant par les domaines de la recherche et des publication en SIB, et la fréquentation de la création contemporaine.

J’essaie d’identifier des sujets qui, soit n’ont pas été réinterrogés dans leur évolution depuis quelques années (la réinformatisation des bibliothèques, ou les résidences d’artistes par exemple), soit sont présents explicitement dans les pratiques des bibliothécaires et pour lesquels un ouvrage de première synthèse paraît pertinent (par exemple l’éducation artistique et culturelle ou le projet d’établissement), soit encore un thème émergent, pour les bibliothèques, mais documenté, saillant à l’échelle de la société (comme les pratiques participatives, les fake news, ou, à paraître, genre et bibliothèques).

Espérer répondre à des besoins professionnels, forcément plus ou moins bien identifiés, et proposer des titres plus exploratoires est un exercice qui me plaît, c’est toute la tension d’un catalogue d’éditeur, et, à mon sens, le rôle de l’éditeur-rice.

Cette programmation au long cours s’inscrit en priorité dans les domaines privilégiés de l’Enssib, école et éditeur académique [5] : les lignes de force de l’école (projet d’établissement, formations, initiale et tout au long de la vie, recherche, domaines d’expertises…) et les 2 autres collections de nos Presses (la collection Papiers, également relancée en 2008 et la collection La Numérique, créée en 2016). Par exemple, un ouvrage sur la science ouverte et les bibliothèques correspondrait mieux à la collection Papiers, qui publie des titres sur un spectre éditorial plus large (essais, état de l’art, recherche appliquée…), l’inclusion numérique, abordée dans la collection La Numérique via des études d’Emmaüs Connect, pourrait se décliner pour la collection la BàO, avec une dimension pratique ; l’axe historique est aussi à interroger, si les domaines de l’histoire du livre sont présents chez plusieurs éditeurs, publics et privés, l’histoire des bibliothèques, et de ses métiers, avec son volet prospectif, bénéficie de peu de visibilité.

Mais, heureusement, il n’y a pas d’algorithme pour monter une collection et développer un catalogue d’éditeur spécialisé, ni pour construire un livre, même avec un cahier des charges aussi contraignant que celui de la BàO. Il y a toujours une part de risque à prendre et à assumer, et une confiance à donner à ses auteur-es et aux lecteurs et lectrices de nos ouvrages, surtout dans nos niches de lectorat.

Cette collection publie une moyenne de 3 nouveautés par an, ce qui suppose beaucoup de sélection dans les sujets traités, et d’anticipation pour les différentes étapes d’élaboration. En effet, lorsqu’un thème, ses enjeux, son périmètre principal et angle d’attaque est validé par le comité, j’ai parfois du mal à trouver un-e coordinateur-rice partant-e pour s’engager dans l’aventure éditoriale.

Les collègues semblent, au fil des ans, de plus en plus submergé-es par leurs missions, et manquent de temps pour écrire et coordonner une publication, se permettre un pas de côté.

Par ailleurs, conduire des projets au cours d’une carrière, maitriser la gestion de projet, se spécialiser dans l’informatique documentaire ou le jeu vidéo, la médiation culturelle, l’encadrement ou les ressources électroniques … n’est pas forcément gage d’une posture réflexive sur ces activités et leur contexte, ou d’aptitude à coordonner une équipe d’une douzaine et plus de rédacteur-rices.
Participer à un livre, même « pratique », de type professionnel, relève du vaste ordre de l’écriture. La relation à l’écriture des collègues qui acceptent d’écrire est très variable, pour certain-es il y a des craintes à passer à l’acte, d’autres sont plus familier-es avec l’exercice. J’encourage beaucoup celles et ceux qui ne se « sentent pas capables » à se prêter à cette forme d’écriture, à se lancer, ré-écrire, faire relire, toutes catégories de personnels confondues. En général, l’exercice est profitable, apprécié et permet de prendre du recul sur sa pratique. Et « l’aptitude à l’écriture » [6] s’acquiert, je l’ai vérifié chez nombre de collègues ou d’auteur-es « récidivistes », au fil des ans et des livres.[7]

Le plus souvent, les titres de cette collection sont ensuite l’occasion de construire un stage Enssib de formation continue, avec une partie de l’équipe du livre, sur plusieurs sessions parfois. C’est ainsi un repartage de ses contenus, et une forme d’usage concret du travail effectué pour construire l’ouvrage. Cette collaboration régulière avec le service de FTLV de l’école témoigne d’une pertinence de notre collection.

Titres de la collection La Numérique
Titres de la collection La Numérique

Vous avez pu travailler avec un très grand nombre d’auteurs, aux profils très variés : chercheurs, enseignants, bibliothécaires, documentalistes, formateurs… Quels enseignements tirez-vous de ces multiples rencontres ? Peut-on considérer qu’il existe toujours un « vivier » de contributeurs potentiels ?    

Oui, bien sûr, potentiellement chaque bibliothécaire pourrait écrire. C’est aussi l’enjeu pour moi de cette petite collection originale : diversifier et renouveler les contributeur-rices, varier les profils. De même, rester vigilante à l’écart entre la doxa de la profession et la réalité des établissements.

Faire l’effort aussi d’aller chercher des collègues pas ou peu visibles sur les réseaux sociaux, qui n’ont pas eu l’occasion d’écrire. Je suis aussi vigilante à la présence de femmes dans les sommaires.

La question de « l’écriture professionnelle » m’intéresse beaucoup, c’est un sujet sensible. Je ne saurais la définir que par distinction : ce n’est pas une écriture « privée » ou littéraire, ni une écriture universitaire ou scientifique, les textes des BàO ne sont pas non plus des « Écrits au travail » [8], comme la pratique de l’écrit en situation de travail pour rédiger des rapports, règlements, documents d’évaluation, notes administratives, etc.
Peut-être des écrits « avec » et « à distance » du travail ? Et adressés prioritairement non pas à ses tutelles, hiérarchies mais à des confrères-lecteurs et lectrices dans une relation plus horizontale.

Je suis attentive au vocabulaire utilisé, à la clarté des titres et intertitres, aux effets de mode dans le style ou aux termes très connotés « administration », à la tentation parfois de normaliser les propos, de gommer l’ambiguïté de certaines situations ou leur complexité.

Le sommaire est longuement travaillé pour permettre une exploration du thème proposé, par facettes, qui doit permettre aux lecteur-rices de comprendre les enjeux à l’œuvre et d’établir leur propre feuille de route pour démarrer ou réactiver le projet dans son établissement. Il ne s’agit donc pas d’une addition de textes visant à épuiser la thématique mais d’un parti pris de départ, défini en amont avec la ou le responsable du volume. Pour autant, les formes d’écriture, les choix stylistiques des différentes contributions peuvent varier.  

Il y a parfois de belles surprises. Par exemple, le Mémento final, qui a pour but de reprendre les grandes étapes du projet, est traité de façon très inventive selon les coordinateur-rices.
J’avais relevé dans plusieurs Mémentos la récurrence de l’expression « À vous de jouer ! », qui caractérise bien l’esprit de la collection. Permettre, à partir de savoirs situés, une prise en main d’un sujet pour agir sur son territoire. 

Titres de la BaO

De ce point de vue, faire contribuer des personnes qui ne travaillent pas dans les bibliothèques est fructueux ; forcément, leur forme d’écriture décale, leur cadre de référence ouvre d’autres perspectives.

Les Glossaires font l’objet de beaucoup d’attention, et je propose parfois un Index, autant de facilitateurs de parcours de lecture. Faire tenir un programme aussi exigeant en 200 pages est une gageure. La BàO est une collection modeste dans ses moyens et son format et très ambitieuse dans ses attendus. Chaque titre édité est un beau tour de force pour la coordinatrice, ou le coordinateur du livre et son équipe d’auteur-es.

Il y aurait une étude à faire sur cette collection, qui rassemble plus de 600 auteur-es et va bientôt publier son cinquantième opus, et sur d’autres collections de cette nature. Qu’est-ce qui est dit ou se révèle de l’institution, de ses publics et de ses personnels, des métiers, qu’est-ce qui manque aussi… ?

Donc un vivier de contributeurs et de contributrices, oui. C’est plutôt la question du lectorat qui se pose, et de l’utilité de ce type de collection aujourd’hui.


Le paysage éditorial professionnel connaît aujourd’hui une mutation importante, marquée à la fois par des « suspensions » de collection (ex. la collection Bibliothèques du Cercle de la Librairie) et par une diversification de l’offre (avec notamment le développement des éditions pure player, à l’image de la collection La Numérique aux Presses de l’Enssib). Cette transformation à l’œuvre, en partie liée à l’évolution des pratiques de lecture, n’est pas sans provoquer une perte de lisibilité des différents modèles et processus éditoriaux, dans les secteurs de la littérature scientifique et professionnelle tout particulièrement. Quel regard portez-vous sur cette mutation ? Quel peut-être le rôle/la place de l’institution (à l’instar des Presses de l’Enssib) dans un tel contexte ?

Ce serait intéressant de disposer de données sur l’évolution des « pratiques de lecture » quant à la littérature de connaissance ou littérature professionnelle, dans nos domaines. Les usages, et les besoins, en prenant en compte plusieurs générations peut-être. Il y a peu d’études sur le sujet. Clotilde Vaissaire, formatrice et éditrice (éditions Klog) a fait un sondage, en 2019, à ce sujet : L’écrit, c’est fini ?
Elle livre ses impressions d’experte de l’information, et même si l’échantillon était faible, sa synthèse est à méditer.
Cela interroge l’évolution des compétences des professionnel-les des bibliothèques, les choix des organismes de formation et la nature des concours. De ce point de vue, le rôle de l’institution publique est bien sûr déterminant. Ce qui comprend la dimension économique d’une fonction éditoriale. Qui paie quoi, quel type de rentabilité souhaite-t-on, comment se fait la diffusion-distribution des ouvrages … ?

Les questions en vrac que je me pose :

La notion de « fonds pro » a-t-elle encore une réalité ? Y’a-t-il un budget fléché « fonds pro » dans les établissements ? Pour rester sur la collection de la BàO, comment circulent ces livres dans les établissements, qui les lit ou les consulte, hors préparation de concours, y’a-t-il des expériences d’appropriation collective dans les équipes ? Et maintenant que le Cercle de la librairie a mis fin à sa branche éditoriale, en particulier sa collection Bibliothèques, qu’est-ce qui va manquer aux collègues, et où va le budget précédemment accordé à ces acquisitions (imprimées) ?
Qui seront les éditeurs d’un futur « Le Métier de bibliothécaire » ? Comment les URFIST et les CRFCB utilisent la littérature professionnelle et nos ouvrages ? Idem pour les Bibliothèques de département, les responsables formations, et les BU ? Comment nous, école, et éditeur, pourrions-nous mieux faire connaître les contenus de cette collection, créer un «désir de lecture », un nouveau public peut-être ?

Les réseaux sociaux, mémoires d’élèves et d’étudiant-es ou mémos, dossiers des services régionaux du livre ou des associations professionnelles, les revues (comme Archimag ou Arabesques qui se consolide ces derniers temps), les rapports de l’IGB… ne sont-ils pas plus conformes aux attentes et besoins de la profession que des ouvrages [9] ?

D’autant que ces pratiques de lectures professionnelles, qui se concurrencent entre elles, avec une veille qui s’élargit aux podcasts, vidéo, flux divers, s’inscrivent dans une sphère d’accès gratuit, très plébiscitée.

A titre personnel, je suis convaincue de la nécessité de la bibliodiversité pour assurer une « autre » [10] mémoire de l’histoire du métier et surtout garder vivant l’écosystème de nos bibliothèques.  Ne pas se suffire de la littérature grise mais soutenir des collections exigeantes, qui prennent des risques, des revues solides, est une condition de survie à mon avis pour les bibliothèques, si elles veulent exister activement dans la bataille des politiques publiques. Les bibliothécaires ne sont pas naturellement du côté de la transmission des savoirs, la diffusion des connaissances, il s’agit bien de choix institutionnels. Et l’éditeur public spécialisé est aussi là pour soutenir les efforts de réinvention [11] de son champ d’investigation et participer à la production de savoirs des bibliothèques.

Pour revenir à l’Enssib, sa direction est justement en train de repenser la nature de ses Presses et de ses collections, en prenant en compte les priorités stratégiques de l’établissement ainsi que l’évolution du paysage éditorial en science de l’information et des bibliothèques. Rendez-vous en 2021 !


Je tiens à remercier chaleureusement Jérôme Pouchol qui s’intéresse depuis longtemps, et de près, aux questions de l’édition et de la transmission, de m’avoir invitée à cet entretien et contrainte… à écrire sur ma pratique professionnelle.


*Après une formation en lettres modernes, un DEA d’études cinématographiques et différents postes dans le domaine des bibliothèques en lecture publique puis en BU, Catherine Jackson a été cheffe de projet pour la création du service Questions ? Réponses ! de l’Enssib, puis chargée de mission pour les Presses de l’Enssib, où elle dirige plus particulièrement la collection La Boite à Outils et est assistante d’édition pour la collection La Numérique.


[1] Voir notre ouvrage, paru dans la collection La Numérique, qui lui est consacré 

[2] « …/… L’objectif de cette collection est tout entier dans son titre : nous ne vous proposerons ni état exhaustif d’une question, ni synthèse d’une recherche. Ces petits manuels ont la modeste ambition d’offrir un cadre de réflexion, une méthodologie étayée par quelques analyses, procédures, avertissements, témoignages, échéancier. Nous espérons qu’ils seront manipulés, annotés, confrontés aux réalités des projets que vous menez dans vos bibliothèques. Bertrand Calenge, Directeur de l’IFB ». Note d’intention insérée dans le premier titre publié de la collection, Organiser le libre accès, François Larbre (dir.) 

[3] Mise en sommeil quelques années, la collection est relancée en 2008 par Anne-Marie Bertrand, alors directrice de l’Enssib.

[4] https://presses.enssib.fr/presses-en-quelques-mots

[5] L’Enssib publie les ouvrages des 3 collections des Presses, 2 revues : le Bulletin des bibliothèques de France (BBF) et Balisages et un carnet : DLIS

[6] On peut écouter l’intervention de Martine Poulain sur son activité d’éditrice – son texte gagnerait à être publié – avis aux revues et éditeur-rices !

[7] Passés les concours, la compétence rédactionnelle est peu valorisée chez les bibliothécaires, sauf curieusement lorsque qu’il s’agit « d’écrire sur le web ».

[8] Josiane Boutet, « Écrits au travail », in Béatrice  Fraenkel (dir.), Illettrismes. Variations historiques et anthropologiques, Paris, BPI-Centre Georges Pompidou, 1993

[9] « Le problème, c’est que lire un livre demande un temps fou. Or nous vivons dans une culture de la citation, pas de l’engagement. Le nouveau contenu, c’est le contexte. », Kenneth Goldsmith : https://usbeketrica.com/article/interview-kenneth-goldsmith

[10] Pour paraphraser le titre du formidable livre de Jean-Yves Mollier, Une autre histoire de l’édition française (La Fabrique, 2015).

[11] Je renvoie à un début de réflexion sur ces questions, abordée lors d’une journée d’étude organisée par l’Enssib : « Publier le métier, quelles perspectives ? » (Estivales, 2019, Enssib) 

La véracité de l’information : quel enjeu pour les bibliothèques ? [captation audiovisuelle]

Pour celles et ceux qui n’ont pas pu assister à la journée d’étude du 28 novembre dernier, organisée par Médiat Rhône-Alpes, en voici la captation audiovisuelle complète, divisée en 2 parties :

Perso 071

La 1ère partie comprend les interventions de :
Hervé Le Crosnier pour l’introduction
Grégoire Borst « Le cerveau en développement face aux Fake news »
– Julien Giry « Quelles réponses aux théories du complot et au conspirationnisme »
– Gérald Bronner « Une révolution pédagogique contre la démocratie des crédules »

Perso 075

– Pierre Haski  « Fake news, désinformation, liberté d’informer : le nouveau défi. »

Rose-Marie Farinella « Ateliers de détection d’intox à l’école primaire »

Anne Cécile Hivernât « Les ateliers EMI à la BML »

 

Pour en savoir + sur le sujet :

 

La véracité de l’information : quel enjeu pour les bibliothèques ?

Un évènement professionnel à ne pas manquer, que cette journée d’étude organisée le jeudi 28 novembre prochain à l’Université Lyon 1 par Médiat’Rhône-Alpes et consacrée au développement de l’esprit critique face à la diffusion de l’information sur Internet. Enseignants-chercheurs, journaliste et bibliothécaires présenteront ainsi tour à tour leurs travaux et actions menés dans ce domaine, en engageant le débat inter-disciplinaire et les échanges avec la salle.

Ceci n’est pas une fake news, venez nombreux !

Le programme de la journée :

En matinée

  • 9H30 : Introduction d’Hervé Le Crosnier, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la documentation à l’Université de Caen Basse-Normandie, éditeur chez C&F éditions
  • 10H00-10H30 : Grégoire Borst, Professeur de Psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l’éducation à l’Université Paris Descartes « Le cerveau en développement face aux Fake news »
  • 10H30-11H : Julien Giry, Docteur en sciences politiques et chercheur associé à l’université Rennes 1 « Quelles réponses aux théories du complot et au conspirationnisme »
  • 11H-11H45 : Gérald Bronner, Professeur de sociologie à l’université Paris Diderot « Une révolution pédagogique contre la démocratie des crédules »
  • 11H45-12H30 : Table-ronde (+ questions de la salle) avec les 3 intervenants, animée par Hervé Le Crosnier

Après-midi

  • 14H00-14H45 : Pierre Haski, journaliste-chroniqueur à France Inter, Président de l’association Reporters Sans Frontières « Fake news, désinformation, liberté d’informer : le nouveau défi. »
  • 14H45-15H30 : Rose-Marie Farinella, Professeur des écoles à l’école de Taninges « Ateliers de détection d’intox à l’école primaire »
  • 15H30-16H15 : Anne Cécile Hivernât, Bibliothécaire à la bibliothèque municipale de Lyon « Les ateliers EMI à la BML »
  • 16H15-16H30 : Échanges avec la salle
  • 16H30-17H : Conclusion de la journée

Publics : Personnel des bibliothèques des collectivités territoriales & Personnel des bibliothèques de l’enseignement supérieur

Date limite d’inscription : Vendredi 15 novembre 2019

Coût : gratuit

Lieu : Université Lyon 1 Bibliothèque Universitaire Sciences – Auditorium (RDC) 20, Avenue Gaston Berger 69100 VILLEURBANNE 

Calenge par Bertrand […] – Conférence enregistrée

Pour celles et ceux qui n’ont pu assister à la très belle rencontre professionnelle (à la fondation Gulbenkian, le 26 nov. 2018) autour du blog et de la mémoire de Bertrand Calenge, vous pouvez l’écouter ici dans son intégralité

FireShot Capture 001 - Calenge par Bertr_ - https___gulbenkian.pt_paris_evento_calenge-par-bertrand_

Vocation bibliothécaire

Depuis 2009 que la MIOP mijote des dossiers documentaires aux petits oignons… il était temps de concocter un spécial « bibliothécaire » !
Ce dossier a pour objectif d’accompagner les étudiants et agents des filières territoriales et d’État dans leurs projets de métier ou d’évolution professionnelle. Il pourra également intéresser le grand public, aux côtés des autres dossiers numériques diffusés sur notre portail documentaire. Rencontrera-t-il alors une audience aussi large que notre dossier phare ? On compte un peu sur vous pour cela 🙂

Si vous découvrez ce type de contenus numériques sur le portail de notre réseau, une petite séance de rattrapage s’impose. Les habitués reconnaîtront la matrice caractéristique et éprouvée des dossiers documentaires de la MIOP.

En voici les principales rubriques :

Les « notions clefs »

Cette approche métier dresse un parcours semblable à celui de tout fonctionnaire : préparation aux concours, recherche d’emploi pour les territoriaux, prise de fonction et formation continue. Mais à la différence d’autres professions ou filières, le métier de bibliothécaire requiert autant de culture générale que de technicité, autant de connaissance que de maîtrise, sans compter les ressorts relationnels, qui comptent plus que jamais dans la qualité des services aujourd’hui offerts à la population ; et cette exigence professionnelle s’inscrit dans un cadre de politique publique de plus en plus contraignant et complexe à appréhender, dans ses composantes budgétaires, administratives, technologiques, socio-culturelles, etc.

La sitothèque

Loin d’être exhaustive, celle-ci comprend les sites et blogs les plus utiles pour tout bibliothécaire en herbe ou en mobilité professionnelle, en termes de formation initiale et continue.

Humour & quizz

Cette rubrique est riche de la créativité des bibliothécaires, une profession qui compte de remarquables talents d’humoristes. Et notre profession ne laisse manifestement pas indifférent, tant elle fait partie de l’imaginaire collectif.

Pour les plus joueurs d’entre vous, un petit quizz sur les bibliothèques teste votre culture professionnelle. Une bonne manière de se détendre en travaillant !

A vous de découvrir les autres rubriques…

NB. Cette synthèse du métier ne se veut évidemment pas exhaustive*, et elle gagnera à s’enrichir de vos observations et autres recommandations (voir « Laisser un commentaire »).

* Ce dossier bénéficiera d’une réactualisation semestrielle, pour mieux rendre compte de la vitalité et de l’évolution de notre profession. Il sera également diffusé sur d’autres sites professionnels. N’hésitez pas à le partager à votre tour.

Mutualiser les pratiques documentaires : bibliothèques en réseau

bao38_projet_0Au risque de faire de l’ombre aux tout derniers Goncourt, Femina, Renaudot et autres Pulitzer, je ne résiste pas à vous annoncer cet « A paraître » de La Boite à outils (Presses de l’enssib), qui traite d’une question Ô combien d’actualité dans nos métiers des bibliothèques et de la documentation, celle de la mutualisation des pratiques, des organisations et des services.

14 professionnels participent à cette contribution collective, soit autant de pistes de réflexion et de réalités de travail qui témoignent de la vitalité et de la diversité des formes de l’action mutualiste.

En voici la présentation liminaire, ainsi que le sommaire :

Dans un contexte marqué par des mutations profondes et accélérées du paysage culturel institutionnel, les acteurs des bibliothèques et de la documentation sont incités à repenser l’organisation de leurs activités dans un cadre et un esprit plus transversaux et mutualistes. En matière de pratiques documentaires, cet impératif de mise en commun, parfois facteur de tensions dans la restructuration nécessaire des établissements, offre aussi aux professionnels une opportunité pour renouveler leur environnement et leurs méthodes de travail.

Trois axes seront ici appréhendés, dans des réalités d’organisation et niveaux d’élaboration très divers : mutualiser en réseau d’établissements ; mutualiser en partage de contenus ; mutualiser en communauté d’acteurs.

Sommaire

Mode d’emploi, par Jérôme Pouchol

Partie I : Mutualiser en réseaux d’établissements

  • Mutualiser les acquisitions : un levier de mise en œuvre du projet de service du réseau des médiathèques de Plaine Commune, par Bertille Lambert
  • Pratiques mutualisées en réseau : de responsable documentaire à responsable de département, par Patrizio Di Mino
  • Pour une approche concertée du développement documentaire dans le réseau de la MD63, par Christelle Bonny
  • La mutualisation des pratiques documentaires au sein des établissements de la montagne Sainte-Geneviève, par Hélène Chaudoreille et Laurence Tarin
  • Conduire le changement en réseau : la trousse du mutualiste, par Muriel Coulon et Isabelle Martin

Partie II : Mutualiser en partage de contenus

  • Veille collaborative et politique documentaire, par Véronique Mesguich
  • Eurêkoi – il suffit de demander : vers un modèle de service public coopératif, par Silvère Mercier
  • Mutualiser les métadonnées d’autorité. L’exemple d’IdRef (Sudoc) comme projet de mutualisation de référentiels, par François Mistral
  • La mutualisation des contenus collaboratifs au service de la médiation en bibliothèque publique : le projet Babelthèque, par Pierre Frémaux

Partie III : Mutualiser en communauté d’acteurs

  • Le réseau Must : mutualiser dans une démarche d’intelligence collective, par Stéphane Chevalier
  • Mutualiser le SIGB : l’expérience Koha, par Pascale Nalon
  • Mutualisation des pratiques pédagogiques en milieu universitaire. La formation des doctorants et des enseignants-chercheurs, par Catherine Bertignac
  • Construire des services avec et pour la recherche : le projet DRIS, par Élise Chapoy
  • Candide, un chaudron, un pré et un vivier : un nouveau réseau social  professionnel, par Marie-Christine Jacquinet

Mémento, par Jérôme Pouchol

Glossaire

Index

Bibliographie

 

Bertrand Calenge répond à Bambou

Il est des rencontres qui marquent et nourrissent une vie professionnelle, et celle de Bertrand Calenge en fait pour moi partie, comme pour beaucoup d’entre nous sans doutAVT_Bertrand-Calenge_9330e, qui avons pu lire, entendre, suivre, analyser, commenter… ses nombreux écrits et le long cours de sa réflexion professionnelle ; et encore aujourd’hui, alors qu’il prend très bientôt sa retraite, son tout dernier ouvrage¹ nous accompagne, continue d’interroger le présent et le sens de notre métier.

Au-delà de l’honneur que constitue pour moi la publication de cet échange sur Bambou, c’est aussi le plaisir de contribuer à la diffusion d’une pensée particulièrement féconde et exigeante, comme toujours bienveillante. Celle de Bertrand Calenge.

Qu’il en soit ici très vivement remercié.

« Bertrand Calenge, vous prenez votre retraite après un parcours professionnel particulièrement foisonnant. Quelles sont les expériences qui ont le plus compté dans votre carrière ? Êtes-vous heureux d’avoir choisi ce métier ? »

En plus de 40 années passées comme conservateur de bibliothèque, j’avoue avoir bénéficié d’une chance exceptionnelle : aux années maigres (les « seventies » giscardiennes) a vite succédé l’imagination libérée des années Lang, puis l’aventure de la décentralisation territoriale, puis le revival des bibliothèques universitaires. En même temps, la technicité du métier a migré du catalogue sur fiches aux outils numériques les plus sophistiqués. Et les bibliothèques sont réellement entrées sur la scène publique durant ces 40 ans, immense bénéfice d’image, mais aussi immense défi ! Autant dire que cette histoire n’a pas permis une seule seconde de pouvoir verser dans la routine !
Chaque poste que j’ai occupé a été une expérience unique. Mais évidemment je reste plus marqué par ce qui m’a sollicité le plus d’innovation et d’imagination. Trois expériences ont été majeures de mon point de vue :
– Servir, organiser et structurer un territoire, au plus intime de son mode de fonctionnement : mes années dans plusieurs bibliothèques départementales ont été magnifiques de ce point de vue, avec une tendresse particulière pour ce qui était alors la BCP de Saône-et-Loire, que j’ai eu la chance de créer, puis organiser pendant près de 10 ans.
– L’opportunité d’imaginer et créer l’Institut de formation des bibliothécaires, aventure qui a duré 6 ans avant la fusion de l’IFB dans l’Enssib, fut également passionnante, non seulement car elle accompagnait de profondes modifications des statuts des personnels, mais surtout parce qu’elle m’a obligé, avec mon équipe, à remettre à plat les compétences et savoir-faire nécessaires aux professionnels à la toute fin du XXe siècle.
– Avoir la possibilité d’innover pendant 10 ans dans ce très grand et très foisonnant établissement qu’est la BM de Lyon fut enfin une chance inouïe. J’ai pu à la fois approfondir les modalités d’évaluation d’un tel réseau, élaborer des outils de facilitation de la gestion professionnelle, et être étroitement associé voire conducteur de projets innovants qui ont contribué à faire rayonner cette bibliothèque riche autant de son patrimoine que de son activité quotidienne au service des Lyonnais et de sa capacité à l’imagination.

Fourviere et le bouquiniste
Fourvière et le bouquiniste

La curiosité est un beau défaut
La curiosité est un beau défaut

L'heure du journal
L’heure du journal

« Durant ce parcours, le métier de bibliothécaire a connu de profondes transformations. Quelles sont celles que vous retenez ? Faisons-nous toujours le même métier aujourd’hui qu’il y a 40 ans ? »

Avec du recul, je me rends compte qu’au fond mon activité s’est toujours orientée vers l’assistance et la formation aux bibliothécaires, et paradoxalement moins directement vers les publics. Cela est patent pour les trois expériences que j’ai citées, mais je pourrais en dire autant de deux autres, la rédaction en chef du BBF ou pour finir la direction des études de l’Enssib. C’est sans doute pour cette raison aussi que depuis le début de ma carrière je ne peux m‘empêcher de publier articles et livres à l’attention de mes collègues…
Les formes de ce métier ont énormément évolué, et pas seulement pour des raisons technologiques. Il me semble que les bibliothécaires ont plongé dans la ville comme toutes les tensions et passions urbaines se sont immergées dans la bibliothèque. Il en est ressorti quelques évolutions majeures : la nécessité de savoir communiquer, le souci prioritaire d’inscrire l’action professionnelle dans des politiques publiques, et une exigence de service au plus près des publics.
Ce qui me frappe le plus, c’est le double mouvement professionnel qui s’est fait jour :
– Les bibliothécaires ont appris à organiser rationnellement et à maitriser ce qui avant n’était que fruit d’une tradition des pratiques professionnelles, en termes d’évaluations, de processus, etc.
– Paradoxalement, plus les technologies numériques virtualisent en quelque sorte la bibliothèque et l’information, plus la société est en demande de médiation humaine professionnelle. Le bibliothécaire d’aujourd’hui doit être aussi bien versé dans le numérique qu’immergé dans la médiation, sans pour autant négliger cette autre exigence inchangée : qu’il soit curieux et cultivé…

sourire en terrasse
Sourire en terrasse

les deux vieux
Les deux vieux

Deux visages deux regards
Deux visages deux regards

« Vous avez initié les politiques documentaires en France et fortement contribué à leur développement, tant par vos publications que par les groupes et rencontres professionnels que vous avez initiés et animés. En 2015, soit plus de 20 ans après la parution de votre 1er ouvrage, les demandes de formation en Poldoc sont croissantes et ne se limitent plus désormais à la question des acquisitions et du désherbage. Comment expliquez-vous une si longue « gestation » ? »

Cette question rejoint pour moi la précédente : il a fallu mener de front un processus de réflexion structuré sur les modalités de l’action publique à travers les collections, et opérer un renversement de regard qui considère comme centrales non plus les collections elles-mêmes, mais les multiplicités de besoins et d’usages des publics. Double évolution / révolution qui ne pouvait en aucune façon s’opérer instantanément ! De plus, le bibliothécaire est naturellement un être pragmatique : il essaye, regarde l’expérience d’un autre, tente à son tour, modifie tel ou tel point, etc. Si le processus est long dans ces conditions, il présente l’avantage de conduire à des convictions et méthodes fermement maitrisées.
Les 20 années en question ont été aussi une randonnée découverte. Partir des acquisitions était une évidence, arriver jusqu’à la question de la médiation documentaire supposait un long voyage, que la MIOP est une des rares à avoir parcouru jusqu’au bout ! Or ce voyage n’est jamais accompli par tel ou tel penseur seul. En matière professionnelle, c’est un chemin à parcourir en équipes, avec les enthousiasmes stimulants, mais aussi avec les inévitables réticences ou lenteurs !

les bas de demi-saison
Les bas de demi-saison

élégance
Élégance

vision fugitive
Vision fugitive

« Les technologies du numérique se sont emparées des bibliothèques, tant en termes de sélection que de médiation des contenus. Cette réalité d’hybridation des collections rend l’exercice du métier plus complexe et n’est pas, en plus des autres transformations à l’œuvre (nouveaux supports et usages de lecture, transition bibliographique, mises en réseau d’établissements, etc), sans susciter des peurs, des résistances… Quel regard portez-vous sur cette évolution/révolution ? »

Je ne suis pas sûr que le terme de « peurs » convienne vraiment ici. Il m’apparait clair que les professionnels connaissent aujourd’hui leur accointance nécessaire – voire leur dépendance – aux technologies du numérique et l’acceptent. Au fond, je parlerais plutôt de vertige grandissant : la première et facile accoutumance aux outils professionnels (j’ai réalisé ma première base de données de thésaurus sur le minuscule écran vert d’un petit IBM en 1983 !) s’est faite aisément, la mutation des documents sous une forme numérique a pris plus de temps (encore que ce soit maintenant largement acquis en musique notamment), le fait que grâce au numérique toute information devienne document potentiel donne déjà le tournis (comment se retrouver dans l’abondance des big data, à défaut même de la maitriser ?), enfin l’immersion même des publics dans ces technologies introduit un nouveau défi, celui du partage, de la prise de parole. Ajoutons à cela que cette évolution se développe dans un contexte juridique et économique extrêmement tâtonnant voire sauvage, pour comprendre le vertige que j’évoquais. Et nous n’en sommes sans doute qu’au début !
Ceci dit, je me méfie de la sidération technologique, et je conserve à l’esprit que le bibliothécaire est d’abord un metteur en ordre et en sens, un gardeur de traces, et un médiateur actif. Il doit l’être avec ou sans les technologies numériques. Mais il est clair qu’il ne peut plus l’être aujourd’hui sans ces dernières, et qu’elles offrent voire suscitent des possibilités extraordinaires !

acrobate : l'instant 1
Acrobate : l’instant 1

Verticales...
Verticales

quand j'étais danseur
Quand j’étais danseur

« On vous sait passionné de photographie, un domaine également très investi par le numérique. Peut-on faire là un parallèle avec l’évolution du livre ? »

Les contenus textuels du livre et les contenus iconiques de la photographie sont également traduisibles en bytes numériques, c’est ce qui les rend très proches. D’ailleurs, les bibliothèques sont nombreuses à acquérir, conserver et valoriser des fonds de photographies : la BM de Lyon – encore elle ! – dispose de près de 700 000 photographies dans ses collections, dont des milliers de chefs-d’œuvre, raretés inestimables qu’elle met en scène régulièrement. Néanmoins, je pense que le numérique a beaucoup plus bouleversé la photographie que le livre, d’abord parce que les formats de fichiers photo permettent d’obtenir et de conserver une énorme « épaisseur » d’information (la moindre image au format RAW de votre appareil photo pèse ainsi facilement plus de 40 MO : « une image vaut mille mots » dit un proverbe chinois !), ensuite parce que les technologies ont permis une immense appropriation sociale de la photographie, qui désormais a envahi la vie quotidienne, et s’échange quotidiennement sur les réseaux sociaux (le moindre téléphone portable est désormais doté d’un excellent appareil photo !) : ça, c’est véritablement innovant² ! D’ailleurs, la BM de Lyon, pour constituer ses collections photographiques régionales contemporaines, a recours aux dons numériques de nombreux contributeurs, qui en moins de 8 ans ont apporté plus de 10 000 clichés ! Je suis d’ailleurs fier de participer aujourd’hui personnellement à cette entreprise³.
Mon intérêt pour la photographie est ancien, effectivement, et je considère ce mode d’expression aussi puissant que le livre, tant par ses qualités documentaires que par ses possibilités narratives et esthétiques ! Cet intérêt se mêle en outre pour moi à la pratique photographique, activité à laquelle je peux me livrer de plus en plus, avec bonheur : c’est ma façon de raconter des histoires, moi qui n’ai guère de talent littéraire. Et j’apprécie particulièrement la photo de rue, qui me fait rencontrer mes contemporains avec une surprise toujours renouvelée et une émotion intacte. Au fond, ce sont ces personnes-là qu’en tant que bibliothécaire j’ai voulu servir pendant plus de 40 ans, et que je retrouve encore dans leur vie de tous les jours…. C’est une forme de respect et de continuité.

black stairs
Black stairs

Bienveillance barbue
Bienveillance barbue

Chaleur lyonnaise
Chaleur lyonnaise

¹La bibliothèque et la médiation des connaissances / Bertrand Calenge. Paris : Éditions du Cercle de la librairie, février 2015

²Ecoutez ce très intéressant podcast assez court (30’) de France Culture : « La mise en flux des images. Ce que le numérique fait à la photographie ».

³la collection Photographes en Rhône-Alpes

Les fantômes du funiculaire
Les fantômes du funiculaire

Reflet matinal
Reflet matinal

autophoto
Auto-photo

→ Voir la page Wikipédia consacrée à Bertrand Calenge

→ Voir le blog (« Carnet de notes ») de Bertrand Calenge

→ Voir les publications de Bertrand Calenge (catalogue BNF)

→ Voir le site Poldoc, conçu et animé par Bertrand Calenge

→ Voir toutes les photos de Bertrand Calenge sur Flickr

« L’enfant et le numérique » par Serge Tisseron

Après les communications de Pierre Mounier sur “La culture est-elle soluble dans l’e-book? Les enjeux de la métamorphose du livre à l’ère numérique”, de Dominique Cardon sur “Les sociabilités numériques”, de Thierry Baccino sur “la lecture numérique”, et celle de Lorenzo Soccavo sur “De l’imprimé au numérique”, Bambou vous recommande de visionner celle de Serge Tisseron* que nous avons eu le plaisir d’accueillir, le 30 janvier dernier, à Miramas. Une conférence qui avait pour titre « L’enfant et le numérique« .

*Serge Tisseron est psychiatre et directeur de recherche à l’université Paris VII Denis Diderot. Auteur de nombreux essais, il a publié plusieurs ouvrages sur la thématique de l’enfant et des écrans. Depuis 2007, il développe le concept «3-6-9-12». Selon cette théorie, à chaque âge correspondrait un usage des écrans.

Sélection bibliographique des ouvrages de Serge Tisseron :

  • Apprivoiser les écrans et grandir : 3-6-9-12, Erès, 2013
  • L’enfant et les écrans, Le Pommier, 2013
  • L’enfant au risque du virtuel, Dunod, 2012
  • Faut-il interdire les écrans aux enfants, Mordicus, 2009
  • Les dangers de la télé pour les bébés, Erès, 2009
  • Qui a peur des jeux vidéos, Albin Michel, 2008
  • Manuel à l’usage des parents dont les enfants regardent trop la télévision, Bayard, 2004
  • Les enfants sous influence. Les écrans rendent-ils les jeunes violents, A. Colin, 2000

→ Le blog de Serge Tisseron

Pour approfondir la question :

Journée d’étude Poldoc – Appel à communications

poldocLe groupe Poldoc, créé en 1999, s’intéresse aux politiques documentaires dans les bibliothèques ; il a fondé un site de ressources mutualisées sur les outils des politiques documentaires.
Après quelques années de moindre activité coïncidant paradoxalement avec un développement important des problématiques de politique documentaire dans les établissements, un groupe d’acteurs dans ce domaine a décidé de relancer ce groupe, lieu toujours indispensable de coordination et de mutualisation. L’année 2014 verra les premiers signes de cette renaissance, avec refonte du site Poldoc et une nouvelle journée d’étude : Quelles politiques documentaires en environnement hybride ?

Thème général :
Une perplexité aujourd’hui récurrente dans la définition d’une politique documentaire est l’articulation possible des différents types de ressources, imprimés et numériques notamment, dans un contexte de moyens financiers et humains limités. Le concept de « bibliothèque hybride », né au Royaume-Uni du rapport Follett en 1993, apparait encore pertinent au travers du constat de la réalité des ressources documentaires des bibliothèques. Ce mariage complexe d’une offre numérique et de collections matérielles pose des problèmes de gestion cohérente, de choix stratégiques, de services de médiation, rendus plus complexes du fait de la diversité des usages comme des tensions en moyens.
La journée d’étude se propose de refléter l’approche contemporaine de ces enjeux et de nourrir la réflexion à travers des contributions venues de tous horizons.

Thématiques :
Sont recherchées les approches qui aborderont le caractère hybride des ressources physiques et numériques dans ses dispositions de convergence ou de conflit :
– l’organisation de la documentation en réseau(x), intégrés ou non
– la question de l’évaluation des ressources, tant en termes de pertinence que d’usages
– la structuration de l’information bibliographique et textuelle
– les interfaces d’accès et les procédures de recherche
– l’intégration dans des procédures et documents homogènes
– la pertinence ou non de la discrimination complémentarité / substitution
– la médiation des ressources et la visibilité du numérique dans le physique et réciproquement
– l’intégration dans le(s) modèle(s) économique(s) de la bibliothèque
– les questions relatives au dilemme entre encyclopédisme, spécialisation ou différenciation
– les compétences, activités et conditions d’exercice des responsables documentaires
– les nouveaux enjeux de la demande dans ce contexte hybride

Les propositions de contribution :

  • doivent être accompagnées d’une brève présentation qui présente sommairement le sujet traité, et des qualités et coordonnées de la personne qui propose la contribution
  • doivent être conçues pour des interventions d’1 heure maximum
  • doivent être adressées avant le 1er mai 2014 au groupe Poldoc (à l’adresse : bertrand.calenge@enssib.fr )
  • le comité d’organisation étudiera les propositions et donnera sa réponse au plus tard le 1er juin 2014.

NB. l’accès à la journée d’étude sera gratuit sur inscription préalable

Contact : Bertrand Calenge (bertrand.calenge@enssib.fr)
Site internet de l’événement : http://poldoc.enssib.fr/
Adresse événement : ENSSIB
17-21 bd du 11 novembre 1918
69623 Villeurbanne Cedex
France

« De l’imprimé au numérique » / Lorenzo Soccavo

Après les communications de Pierre Mounier sur “La culture est-elle soluble dans l’e-book? Les enjeux de la métamorphose du livre à l’ère numérique”, de Dominique Cardon sur “les sociabilités numériques” et de Thierry Baccino sur “la lecture numérique”, Bambou vous recommande de visionner celle de Lorenzo Soccavo, que nous avons eu le plaisir d’accueillir, le 7 juillet dernier, à la Médiathèque de Miramas. Une communication qui avait pour titre « De l’imprimé au numérique : enjeux et perspectives pour les bibliothèques »

*Lorenzo Soccavo est consultant indépendant (PLE-Consulting) en prospective du livre et de l’édition à Paris. Il travaille avec les professionnels de la filière graphique et avec ceux des filières numériques, afin de les rapprocher et de les accompagner dans l’évolution du livre et de son marché. Son Livre Blanc sur la Prospective du Livre et de l’Edition est consultable sur le site de la bibliothèque numérique de L’ENSSIB.

Les plateformes de Lorenzo Soccavo :

Ouvrages disponibles à la MIOP :

 Articles et livres en ligne :

Pour aller plus loin (ou à côté), voir aussi :

Nouvelle année, nouveaux ateliers (jeunesse) à la MIOP !

Atelier web JeunesseEn octobre 2010, le département jeunesse initiait 2 ateliers internet dédiés aux 7-11 ans, adhérents à la MIOP. Réalisés sur l’ensemble des pôles jeunesse du réseau, ils ont accompagné plus de 400 enfants dans la découverte et l’appropriation du net. Au terme de plus de trois ans d’activité et fort d’une évaluation complète de ce service, deux constats se sont imposés :
– L’atelier « Communiquer sans danger » a été plébiscité, souvent sur prescription des parents, alors que « Google et Cie » n’a pas recueilli l’adhésion attendue.
– Les contenus de formation, sans devenir totalement obsolètes, ont valu d’être réactualisés, tout en considérant l’évolution des usages et des outils.

Lors du dernier trimestre 2013, trois groupes de travail se sont alors mobilisés pour mettre à jour les fiches pédagogiques, les mémentos et le lexique commun, ainsi que pour élaborer une 3ème offre d’atelier, suite logique des deux premiers, avec pour objectif plus stratégique de relancer l’intérêt pour celui consacré à la recherche. Ces 3 ateliers, d’une durée de 45 mn, sont aujourd’hui en activité sur le réseau, animés par les bibliothécaires jeunesse qui en ont eux-mêmes travaillé les contenus.

En voici les principales caractéristiques :

L’atelier « Communique sans danger » propose aux enfants de déjouer les pièges du net en étant conscients des dangers potentiels. Internet est un fabuleux vecteur de communication dont il est nécessaire de connaître les codes, les outils et les usages. L’atelier détaille donc précisément tous les moyens de communication à disposition des internautes, sensibilise les enfants aux risques encourus et décrit les bons réflexes à adopter et les précautions à prendre. Il incite l’enfant à être responsable et réellement acteur de sa communication. Les vidéos, jeux et quizz facilitent, par leur côté ludique, la compréhension et l’appropriation de cet univers vaste et passionnant. Un mémento, le poster de la CNIL sont distribués à la fin de la séance. Par ailleurs, un guide à l’usage des parents est aussi disponible au sein des pôles jeunesse.

L’atelier « Bien chercher pour bien trouver sur internet » se présente comme une initiation à la recherche documentaire sur le web. En effet, comment s’y retrouver dans les milliards de pages proposées sur la toile? Il aborde donc en premier lieu les différents types d’informations disponibles sur internet. Les outils consacrés à la recherche sont ensuite passés en revue pour apprendre à bien les utiliser. Un focus sur le portail de la MIOP et sur l’Espace jeunesse est également proposé. Préalablement à l’atelier, au moment de l’inscription, l’enfant est invité à préciser son thème de recherche. Ainsi, l’atelier et les différentes notions abordées prennent tout leur sens. Les résultats de recherches sont ensuite triés, évalués, vérifiés et collectés pour une exploitation optimale. Une clé USB est indispensable pour sauvegarder ces résultats. Un mémento est distribué à la fin de la séance.

Le nouvel atelier « Ton premier diaporama » a pour objectif d’initier l’enfant à la découverte et à l’utilisation d’un logiciel libre et gratuit : OOo4KIDS. Cet atelier n’est accessible que si l’enfant a participé à la formation « Bien chercher pour bien trouver sur internet ». L’enfant est alors invité à créer son propre diaporama et ainsi proposer une version illustrée et animée des recherches effectuées lors de l’atelier précédent. Une clé USB est indispensable pour sauvegarder et emporter le résultat de ce travail. Un mémento est distribué à la fin de la séance.Flyer (verso) ateliers web Jeunesse

Un lexique commun aux trois ateliers est aussi distribué à la fin de chaque séance.

Pour accompagner ces nouveaux services, une campagne de communication a été lancée. Les nouveaux flyers ronds, dont le recto n’a pas changé, indiquent sur leur verso l’ensemble des propositions de formation à destination des enfants.

Après quelques jours de fonctionnement, l’intérêt déjà manifesté par ce public est des plus encourageants 🙂

La culture est-elle soluble dans l’ebook ? / Pierre Mounier

Après la communication de Dominique Cardon sur “les sociabilités numériques” puis celle de Thierry Baccino sur “la lecture numérique”, je ne saurais trop vous recommander d’écouter l’intervention de Pierre Mounier*, que nous avons eu le plaisir d’accueillir, le 29 novembre dernier, à la Médiathèque de Miramas. Cette communication a pour titre “La culture est-elle soluble dans l’e-book? Les enjeux de la métamorphose du livre à l’ère numérique”.

En voici le contenu synthétique :

“Presque 600 ans après l’invention de l’imprimerie, le livre connaît une nouvelle révolution technologique en se dématérialisant au sein des réseaux numériques. La montée en puissance des “liseuses” et “tablettes multimédia” annonce un tournant majeur dans l’histoire du livre. L’horizon est aujourd’hui un peu obscurci par, d’un côté les slogans marketing qui mettent en avant les avantages pratiques des nouvelles machines, et de l’autre les crispations luddites autour de la “sensualité du livre” et de l’“odeur du papier”. Pourtant, cette métamorphose du livre numérique porte d’autres enjeux, éminemment politiques. Car si le livre est un produit marchand, fruit d’une industrie spécialisée, il est aussi, et peut-être d’abord un vecteur privilégié de partage des savoirs et de l’expression artistique ; en un mot de la culture. Cette tension de l’économie et de la culture, cristallisée sous le terme problématique d’“industrie culturelle” est réactivée à l’occasion du passage du livre au numérique. Et c’est bien à la lumière de cette question qu’il faut décrypter tous les débats autour du prix du livre et de son mode de distribution, du “piratage” (ou partage ?) des œuvres, du rôle des acteurs traditionnels (éditeurs, libraires, bibliothèques) mais aussi nouveaux (moteurs de recherche, médias sociaux) de la chaîne du livre, de l’évolution des usages de lecture, et jusqu’aux formats d’encodage des ouvrages.”

…et la restitution audio-visuelle intégrale sur Bambou, avant diffusion sur l’espace professionnel du portail de la MIOP :

*Pierre Mounier est ingénieur d’études à l’EHESS où il anime un séminaire consacré aux humanités numériques avec Marin Dacos. Il est également directeur adjoint du Centre pour l’édition électronique ouverte CLEO/Revues.org.

Il est co-animateur de Blogo-Numericus (le blog du site Homo Numericus, dont il est le fondateur) .

→ Pour aller plus loin (ou à côté), voir aussi :

Les sociabilités numériques par Dominique Cardon

Dans le cadre d’un cycle* de conférences consacrées à la culture numérique, la MIOP a invité le sociologue Dominique Cardon**, pour une communication centrée sur les relations entre les usages des nouvelles technologies et les pratiques culturelles et médiatiques. Cette communication (passionnante !), réalisée en mars 2012 à l’auditorium de la médiathèque de Miramas, a été enregistrée sous forme audio-visuelle, en 2 parties. Bambou vous propose de la visionner dans son intégralité, avant diffusion sur l’espace professionnel du portail de la MIOP.

Les sociabilités numériques (1ère partie) / Dominique Cardon

Les sociabilités numériques (2ème partie) / Dominique Cardon
* Nos 2 prochaines conférences (septembre et novembre 2012):
– « Lecture numérique : réalité augmentée ou diminuée ? » / Thierry Baccino
– « La culture est-elle soluble dans l’ebook ? Les enjeux de la métamorphose du livre à l’ère numérique » / Pierre Mounier
**Dominique Cardon est sociologue au Laboratoire des usages de France Télécom R&D et chercheur associé au Centre d’étude des mouvements sociaux de l’École des Hautes Études en Sciences sociales  (CEMS/EHESS).

Développer la médiation documentaire numérique

Un ouvrage à ne pas manquer ! (en toute objectivité ;)) que ce dernier opus de la Boite à Outils paru ce jour aux Presses de l’ENSSIB, sous une forme totalement inédite (à la fois imprimée et numérique).

Et dont voici le sommaire :

  • Mode d’emploi
    par Xavier Galaup
  • Partie 1. le périmètre de la médiation numérique documentaire 
    • La médiation numérique dans le cadre d’une politique documentaire raisonnée : l’exemple de la MIOP
      par Jérôme Pouchol
    • Définition et enjeux de la médiation numérique documentaire
      par Cécile Gardiès et Isabelle Fabre
    • La médiation numérique et les musées : entre autonomie et prescription
      par Geneviève Vidal
    • Le blog bibliomab, une approche de la médiation documentaire numérique du patrimoine
      par Léo Mabmacien
    • Services de questions-réponses en ligne et médiation documentaire numérique : des outils de médiation documentaire à plusieurs facettes
      par Claire Nguyen
  • Partie 2. Construire son projet de médiation numérique documentaire
    • Définir son projet : 5 grandes étapes
      par Franck Queyraud
    • Construire la médiation documentaire par les publics : les portails thématiques de l’infothèque
      par Véronique Mesguich
    • Scénariser le catalogue et contextualiser la recherche documentaire
      par Bernard Strainchamps
    • Eléments pour une évaluation de la médiation documentaire numérique
      par Xavier Galaup
  • Partie 3. Se former et accompagner les équipes
    • Inclure la médiation documentaire numérique dans le travail d’équipe
      par Didier Desmottes
    • Acquérir une culture numérique et utiliser les outils de la médiation documentaire numérique
      par Thomas Chaimbault
    • Comment lancer et faire fonctionner un blog de bibliothèque ? Quelques pistes concrètes à partir de l’exemple du buboblog
      par Perrine Helly
    • Chermedia, l’agora des bibliothécaires du cher : un outil de lien social et de médiation culturelle et numérique
      par Christine Perrichon
    • Points d’actu ! Une voix singulière
      par Bertrand Calenge
  • Partie 4. Interagir en ligne, produire des contenus, partager
    • Silence on joue ! Le médiateur, les jeux vidéo et les fonds documentaires
      par Julien Devriendt
    • Les coups de coeur 2.0 de la médiathèque de Quimperlé
      par Pascal Thibault
    • Netvibes : la trousse à pharmacie du Scd de Lyon 1
      par Marie-Gabrielle Chautard
    • Un exemple de médiation documentaire numérique autour du centenaire de Jean Carbonnier (1908-2003) : du colloque à l’exposition virtuelle et à la numérisation
      par Noëlle Balley et Sébastien Dalmon
    • Utiliser et intégrer les réseaux sociaux littéraires pour la médiation documentaire numérique des bibliothèques
      par Alexandre Lemaire
    • La médiation dans le catalogue enrichi et participatif du portail de l’astrolabe
      par Philippe Diaz
  • Mémento
    par Xavier Galaup
  • Glossaire
  • Bibliographie
  • Liste des illustrations
  • Liste des auteurs
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